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Migration : l'alerte italienne entendue par l'Union européenne

Revue de presse 07.07.2017

Réunis en Estonie à Tallinn jeudi 6 juillet, les ministres de l'Intérieur des 28 ont évoqué la situation préoccupante de l'Italie. Depuis le début de l'année, celle-ci accueille les trois quarts des migrants traversant la Méditerranée.

Immigration

Une pression migratoire insoutenable pour l'Italie

"Depuis le début de l’année, plus de cent mille migrants ont traversé la Méditerranée dans l’espoir de gagner l’Europe. L’Italie, à elle seule, en a accueilli plus des trois quarts", détaille Arte. "Dans le même temps, au moins 2 150 personnes sont mortes en mer". A ce rythme, l'année 2017 s'annonce la plus meurtrière de toutes [Le Monde]. Rien qu'entre le 1er et le 3 juillet 2017, "85 183 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Italie, 16% de plus qu'en 2016 à la même période", ajoute Arte.

Une situation due en partie à l'accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie, qui a dissuadé "les migrants souhaitant se rendre en Europe. Ils savaient qu’ils risquaient d’être renvoyés en Turquie", analyse le spécialiste de la Turquie Jean Marcou [Arte]. La fermeture de la route des Balkans, ajoutée aux politiques anti-migrants menées par des pays comme la Hongrie n'ont pas aidé. "Les voisins européens de la Grèce" ont fermé leurs frontières tout en refusant de participer au système de répartition de l'Union européenne. "Résultat : les flux migratoires se sont quasi-exclusivement concentrés vers la côte italienne et ont massivement délaissé la Grèce. Autre conséquence : les migrants empruntent un chemin de plus en plus dangereux", dénonce encore la chaîne franco-allemande.

D'après Amnesty International, les Vingt-Huit sont en grande partie responsable de la catastrophe humanitaire : "les Etats européens tournent progressivement le dos à une stratégie de recherche et de secours qui réduisait la mortalité en mer, au profit d’une stratégie qui se solde par des milliers de noyades", écrit Jean Dalhusien, directeur de l'ONG pour l'Europe [La Tribune de Genève].

L'Italie, seule face à cette situation, a durci le ton "après le sauvetage de 12 000 personnes en 48 heures seulement, fin juin". Elle "considère que d’autres ports européens devraient les accueillir", et "face aux refus français et espagnol, [elle] a menacé de fermer ses ports aux bateaux étrangers des ONG" [Le Temps].

La Commission européenne présente un plan d'action

"Ce cri d’alarme a été entendu par la Commission européenne" [Arte]. Après une réunion à Paris entre les ministres de l'Intérieur français, allemand et italien, "les 28 ministres de l’Intérieur de l’Union européenne se sont réunis jeudi 6 juillet [en Estonie], pour trouver des solutions à l’arrivée croissante de migrants sur les côtes italiennes par la Méditerranée" [Ouest France].

La Commission européenne a présenté un plan d'action, qui vise à "réduire la pression migratoire" en Italie. Elle s'engage "notamment à augmenter ses financements pour l’Afrique, à soutenir les garde-côtes libyens et à accélérer la répartition des migrants de l’Italie vers les autres pays membres" [Le Temps].

En échange de cet effort, l'Union européenne demande à l'Italie de rédiger un code de conduite pour les ONG, d'honorer ses engagements en matière de relocalisation, de mettre en œuvre sa "loi Minniti" sur la gestion des migrants ainsi que d'accélérer les retours. En ce qui concerne le code sur les ONG, les ministres ont "'salué' l'initiative italienne" [RFI].

"Selon l’UE, cette présence des humanitaires simplifierait la tâche des trafiquants", souligne La Tribune de Genève. "Rome les accuse même de collusion ouverte avec les passeurs, sans cependant apporter la moindre preuve. De quoi susciter l’ire des organisations de secours", ajoute le journal.

A l'issue de la réunion, l'Italie s'est déclarée satisfaite qu'il y ait "eu une reconnaissance de la question posée par l’Italie". "C’est un résultat très positif. La présidence et tous les Etats membres s’engagent à soutenir la solidarité et la responsabilité dans notre politique migratoire", s'est également enthousiasmé le commissaire européen aux Migrations, Dimitris Avramopoulos [La Tribune de Genève].

Pourtant, "l’appel de Rome à rediriger des bateaux de secours vers d’autres ports européens, comme ceux de Barcelone ou Marseille, est resté lettre morte. Berlin et Paris n’ont en effet pas soutenu cette proposition", rappelle le journal suisse.

Une réponse européenne préoccupante pour les ONG

"D’ailleurs, vu d’Italie, le sommet de Tallinn apparait bien dérisoire", note Arte, qui parcourt les titres de presse italiens : "le 4 juillet, la Stampa titre 'Macron déçoit l’Italie' et enchaîne : 'la France n’ouvrira pas ses ports, et l’Espagne est sur la même ligne'. La Repubblica parle d’un 'demi-accord' et La Verità résume : 'L’Europe nous claque les ports au nez'. Le quotidien Il Giornale conclut : 'Nous sommes seuls'."

En effet, l'UE est prête à apporter son soutien à l'Italie pour les "réfugiés politiques", comme les Syriens, les Irakiens ou les Erythréens, mais n'est disposée à fournir aucun effort pour les "migrants économiques" [Arte]. Pourtant, parmi les personnes qui foulent le sol italien, seules 8% sont éligibles au statut de réfugié politique.

Pour les ONG, l'Union européenne se trompe de priorités. "Les gouvernements de l'UE préfèrent privilégier le démantèlement des réseaux de passeurs et empêcher les départs de bateaux depuis la Libye", résume Amnesty international [Arte]. "Au lieu de s’en prendre aux ONG, les Etats devraient surtout s’intéresser aux garde-côtes libyens, accusés d’actes de contrebande et d’avoir tiré sur des migrants", objecte de son côté l’eurodéputé Vert italien Marco Affronte, cité par Le Monde.

Les ONG, directement visées par le plan d'action, s'inquiètent. "Il faudrait que l’on parle enfin de manière sérieuse de la situation des migrants en mer. Le premier sujet à aborder par les États devrait être la sécurité des personnes qui risquent leur vie pour venir chez nous", s'indigne Tommaso Fabbri, chef de mission en Italie pour Médecins sans frontières dans Ouest France.

Alors que le plan de la Commission encourage la création d'un centre de coordination et de sauvetage maritime en Libye, les ONG s'inquiètent "de mauvais traitements aux personnes récupérées et ramenées" dans ce pays, rapportés par plusieurs témoignages. "La légitimité même de l’action libyenne dans les eaux internationales fait l’objet d’abondantes discussions juridiques", note Le Monde. "En effet, les conventions régissant le droit de la mer prévoient que les naufragés secourus dans les eaux internationales soient débarqués 'en lieu sûr'. Or les témoignages sur les conditions effroyables de détention des migrants en Libye (violence, viols et tortures systématiques) permettent de douter que ce critère puisse être considéré comme rempli", précise le journal.