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Migrants : les Etats accordent leurs violons sur la gestion des frontières

Revue de presse 24.09.2015

Réunis en sommet, les Vingt-Huit ont décidé hier d'octroyer au moins un milliard d’euros supplémentaire pour les agences de l’ONU venant en aide aux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie. Une décision qui intervient au lendemain de l’accord sur la répartition de 120 000 réfugiés entre les différents Etats de l’UE.

Informal meeting of Heads of State or Government - September 2015

1 milliard d’euros sera alloué aux agences de l’ONU qui aident les réfugiés, principalement le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM), "a confirmé Donald Tusk à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles sur la crise migratoire" [Libération / AFP]. Les Etats membres vont aussi assister le Liban, la Jordanie et la Turquie "et d’autres pays" pour faire face à la crise syrienne au travers d’un fonds régional dont la dotation va être augmentée "de façon substantielle", selon lui [Libération / AFP].

Par ailleurs, continue Libération, des centres d’accueil et d’enregistrement des migrants seront mis en place en Italie et en Grèce -  "d’ici la fin novembre". Ces "hotspots (…) doivent permettre d’identifier, d’enregistrer et de prendre les empreintes digitales des migrants arrivants, avec une aide logistique d’agences de l’UE". C’est à partir de ces lieux que seront "relocalisés" des réfugiés vers d’autres Etats membres et que devront être renvoyés vers leurs pays d’origine ceux qui seront considérés comme des migrants illégaux, sans besoin d’une protection internationale. Toutefois, note Le Monde, "une évidente confusion règne quant à la mission exacte de ces structures".

La Commission a préparé une "feuille de route", résumable en deux volontés majeures : gérer les migrants déjà aux portes de l'Union et freiner leur afflux. Elle préconise ainsi "l'envoi d'équipes d'intervention rapides européennes, composées de gardes-frontières, de policiers, de juristes et d'interprètes" et insiste sur "la création de centres d'enregistrements et de tri en Italie et en Grèce, les deux principales portes d'entrée du sud de l'UE" rapporte Le Figaro, qui précise que 100 millions d'euros vont être alloués "pour l'aide d'urgence aux États membres de l'UE confrontés aux arrivées de demandeurs". Euractiv évoque également le "projet 'd'un corps de garde-côtes et garde-frontières européens'".

Avant même le début du Sommet, plusieurs évènements sont venus secouer la sphère européenne. Dans le camp des institutions, la Commission a lancé un message fort aux Etats membres au travers de "quarante procédures d’infraction contre dix-neuf pays de l’Union européenne pour n’avoir pas respecté la mise en place de règles européennes communes en matière de droit d’asile" [Le Monde]. L'Express précise que "la France, l'Allemagne, ou encore la Belgique sont notamment concernés par ce rappel à l'ordre".

La Cour de justice de l'UE risque de connaître de nombreux dossiers ayant trait à la crise des migrants. En parallèle du déclenchement des procédures en manquement, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, compte contester "en justice la décision de l'Union européenne sur des quotas de répartition des migrants entre Etats membres" en prenant soin de préciser que la Slovaquie n'appliquerait pas la décision sur la répartition des réfugiés, votée mardi à la majorité qualifiée par les ministres de l'Intérieur [Challenges / Reuters].

En réaction à ce clair refus de participer au dispositif européen, le parti socialiste européen a annoncé envisager l’exclusion de ses rangs de Robert Fico, rapportent Les Echos.

L'élan de cohésion n'est cependant pas total, les Etats ayant discuté de la "possibilité d'autoriser les Etats de la zone euro à accroître leurs déficits publics compte tenu des coûts liés à la crise migratoire, mais n'ont pas trouvé de position commune" [Challenges].

A la suite de ces annonces, les réactions ont été nombreuses. Dans un éditorial publié par l'Humanité, Jean-Emmanuel Ducoin dénonce les mesures arrêtées : "Les comptes d’apothicaire sont indignes. […] Des résolutions viennent enfin d’être prises par l’UE, des chiffres sont avancés. Nous savons ces chiffres insuffisants. Et c’est cet insuffisant-là qui taraude tous les artisans de la main tendue et du réveil des consciences". Pour Laurent Wauquiez (Les Républicains), la réunion est à "l’image de 'l’Europe des Shadoks', où 'on vide la mer avec un dé à coudre'" [Libération].

Néanmoins des décisions ont été prises au niveau de l'Europe, il s'agit dorénavant pour les Etats membres de respecter la cohésion. François Hollande a ainsi menacé de sanctions les pays qui refusent d'être solidaires [L'Opinion].

Certaines réticences se font toujours vivement remarquer, mais l'Europe semble s'orienter vers la prise de position commune. Pour Le Figaro, "l'Union européenne est comme ça. […] Comme lors des épisodes précédents, c'est la fatigue des chamailleurs qui pousse la crise 'européenne' vers son tournant, plutôt qu'un retour collectif à la raison". Jean Quatremer présente la chose différemment dans son blog pour Libération, pour lui les mots clés sont "approfondissement et solidarité : à chaque crise, l’Europe a toujours apporté la même réponse, contrairement à ce que prétendent les esprits chagrins, rejetant à chaque fois le repli dans le réduit national".

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