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Migrants du Diciotti : l'Italie lance un ultimatum à la Commission européenne

Revue de presse 24.08.2018

Luigi di Maio, vice-président du Conseil italien, a donné jusqu'au vendredi 24 août à la Commission européenne pour trouver un accord sur la répartition des migrants bloqués à bord du navire Diciotti dans le port de Catane, en Sicile. En cas d'échec, l'Italie menace de renvoyer les migrants en Libye. 

Le navire Diciotti.

Le navire Diciotti. Photo : Flickr - Crédits : Didier Didairbus

Cela fait une semaine que le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini "refuse de laisser débarquer les passagers du Diciotti" [Courrier international]. "Ce bateau des garde-côtes italiens a secouru, dans la nuit du 15 au 16 août, 190 migrants, dont 13 ont été hospitalisés d’urgence". Le navire est ensuite resté "plusieurs jours en mer avant d’être autorisé lundi 20 août à accoster dans le port de Catane". Mais le ministre de l’Intérieur a "refusé de laisser débarquer les migrants tant que d’autres pays européens ne se seraient pas engagés à les prendre en charge". Posant un ultimatum à la Commission européenne dimanche 19 août, Matteo Salvini avait alors menacé : "ou vous vous décidez sérieusement à aider l'Italie, ou nous serons contraints de les ramener en Libye, pour mettre fin une fois pour toutes au business des trafiquants".

Pour faire face, 12 Etats membres se retrouvent ce vendredi 24 août, à Bruxelles afin de trouver une solution. Challenges rapporte que Luigi di Maio a déjà menacé qu'en cas d'échec, il serait "prêt à suspendre la contribution italienne au budget de l'UE à compter de l'année prochaine". "L'affaire du Diciotti est une illustration supplémentaire des tensions entre l'Italie et ses partenaires européens depuis l'arrivée au pouvoir début juin à Rome de la coalition formée par la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles". D'après Le Figaro, "la Commission européenne a annoncé qu'elle travaillait sur une solution similaire à celle trouvée la semaine dernière avec Malte pour les passagers de l'Aquarius". Malte avait alors accepté d'accueillir "le navire humanitaire affrété par l'ONG SOS Méditerranée dans le cadre d'un accord européen qui prévoit la répartition de la majeure partie des 141 migrants à son bord vers cinq pays européens, dont la France et l'Espagne".

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Contestations en Italie

Comme l'explique Courrier international, "cette crise pèse sur l’entente entre les deux formations au gouvernement. Dans les rangs du Mouvement 5 Etoiles, certains, comme le président de la Chambre, Roberto Fico, désapprouvent la ligne dure du ministre de l’Intérieur". Il proposait à cet égard de laisser débarquer tous les migrants en Italie. Une demande à laquelle Matteo Salvini a répondu vigoureusement, indiquant : "Le ministre de l'Intérieur, c'est moi" [Les Echos]. L'opposition s'indigne également de la "propagande et de la récupération politique" mis en œuvre par Matteo Salvini, qu'elle qualifie de "preneur d'otages".

D'après Courrier international, même le premier ministre italien Giuseppe Conte s'est manifesté pour tenter d'assouplir la ligne dure de Matteo Salvini, en demandant que "les mineurs non accompagnés qui étaient à bord soient autorisés à débarquer pour rejoindre une structure d’accueil". Mais cela n'a pas été facile : "M. Salvini en est venu à brandir la menace d’une démission, ce qui reviendrait à faire éclater une crise au gouvernement". De plus, Challenges rapporte que le procureur italien Luigi Patronaggio "a inspecté le navire Diciotti mercredi et a annoncé qu'il ouvrait une enquête contre X pour détention de migrants contre leur gré". Le ministre de l'Intérieur a répondu encore une fois par une bravade : "s'ils cherchent un responsable, qu'ils viennent me chercher et qu'ils me mettent en prison" [Les Echos].

Colère chez les garde-côtes et les ONG

Chez les garde-côtes aussi la colère gronde. Dans un entretien au Corriere della Sera, le lieutenant Antonello Ciavarelli s’est alarmé d’une situation "incompréhensible et même gênante" [Le Monde]. Et il ajoute : Vittorio Alessandro, un garde-côte à la retraite, s'est également emporté  : "si vraiment on ne veut plus sauver les gens, il faut changer les règles, et je veux voir si la personne qui s’en charge dormira bien la nuit". Et il ajoute : "si c’est un bateau de croisière qui est en détresse, qu’est-ce qu’on fait ? Cela reviendrait à dire que toutes les vies n’ont pas la même valeur".

Challenges rappelle que "l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) ou bien encore l'ONG Médecins sans Frontières ont réitéré jeudi leurs appels pour que les migrants du Diciotti puissent débarquer". Adolfo Di Stefano, le leader du Réseau antiraciste du port de Catane, où est retenu le Diciotti, a pour sa part du mal à comprendre les raisons du climat xénophobe qui s’est installé dans sa ville : "avant, on pouvait accueillir les migrants à la sortie du bateau, on leur distribuait le règlement de Dublin [sur l’accueil des demandeurs d’asile]. Maintenant, on ne peut pas s’en approcher".