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Migrants de Calais : un rapport du Sénat veut mettre fin aux accords du Touquet

Revue de presse 15.09.2016

Tandis que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve veut lancer un plan de démantèlement de la "jungle" de Calais, deux sénateurs remettent en cause l'existence même des accords du Touquet, qui lient la France et la Grande-Bretagne. Par ailleurs, une partie de la droite s'insurge contre la relocalisation des migrants contenue dans ce plan, qui ne satisfait pas non plus les associations humanitaires.

Frontière Calais accords du Touquet

"Inexplicable" traité du Touquet

Conclu en 2003 pour contenir l'immigration clandestine vers le Royaume-Uni, le traité du Touquet impose à la France d'effectuer les contrôles frontaliers sur son propre territoire, notamment à Calais.

Sa dénonciation ne date pas d'hier, mais elle "a gagné en poids politique après le Brexit", rappelle L'Express. Sur son site, le média relève les nombreuses critiques formulées par les auteurs du rapport paru avant-hier, Gaëtan Gorce (sénateur PS de la Nièvre) et Jacques Legendre (sénateur Les Républicains du Nord).

Des accusations qui, souligne La Voix du Nord, "se concentrent moins sur l’Europe que sur les États, divisés dans la mise en œuvre des décisions prises à Bruxelles". Ainsi, les sénateurs recommandent entre autres "d'accélérer le rythme" du programme européen de relocalisations, de "renforcer les frontières extérieures, de soutenir les réfugiés dans les pays de premier accueil, ainsi que d'élaborer une véritable politique migratoire nationale" [L'Express].

Mais surtout, ils jugent le maintien du traité du Touquet "inexplicable". "La Grande-Bretagne ne prend pas sa part du fardeau", a ainsi déclaré Jacques Legendre devant la presse. "On ne peut que se réjouir de la décision de démanteler le camp, mais ça ne suffira pas", a ajouté Gaëtan Gorce, estimant que les migrants qui souhaitent se rendre en Grande-Bretagne continueront à affluer à Calais [L'Express].

Car, comme l'a révélé mardi Le Figaro, le ministre de l'Intérieur a en effet prévu de répartir près de 10 000 migrants bloqués face aux côtes anglaises dans des centres d’accueil ouverts dans toutes les régions de France.

Doutes et accusations de l'opposition... 

Bernard Cazeneuve a ainsi fixé des chiffres pour chaque région, par exemple 580 pour le nombre de migrants supplémentaires que la région Centre-Val de Loire devra accueillir dans les prochaines semaines [France Bleu], et 600 pour la Bretagne [France info].

Un plan qui suscite des interrogations, notamment à la commission des Lois du Sénat. Son président Philippe Bas (LR) et le rapporteur sur le dispositif d'accueil des réfugiés, François-Noël Buffet (LR), ont ainsi demandé à entendre "dans les plus brefs délais" le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, à propos des instructions qu'il a données aux communes pour accueillir ces migrants [Le Figaro]. Ils veulent ainsi s'assurer de "ne pas faire peser de nouvelles obligations" et "que l'État prendra lui-même en charge l'ensemble des contraintes de sécurité et les conditions d'hygiène, d'hébergement et d'éducation des migrants" [Le Figaro].

Mais une partie de l'opposition dénonce quant à elle ce projet avec les mots les plus durs. Depuis mardi, Christian Estrosi, Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse et Éric Ciotti ont ainsi  attaqué le plan du gouvernement en l'accusant de vouloir implanter des "mini-Calais" en France.

Des affirmations qualifiées de "mensonges" par le patron de la place Beauvau, qui juge l'opposition "irresponsable" sur le sujet et dénonce leurs accusations. "Ils expliquent que nous allons créer des mini-Calais partout en France alors que nous plaçons ceux qui sont à Calais qui relèvent du droit d'asile dans des Cada (Centres d'accueil des demandeurs d'asile, ndlr), ils mentent aux Français", s'agace-t-il [Le Figaro].

Un "double langage" de la droite également décrié par Libération. Le quotidien note ainsi que "contrairement à plusieurs de ses collègues Les Républicains (LR) présidents de région, le patron de Hauts-de-France, Xavier Bertrand, s’est abstenu d’appeler au boycott du plan de démantèlement du gigantesque bidonville de Calais".

... et scepticisme des humanitaires

Cependant, les associations humanitaires elles-mêmes semblent peu convaincues. L'Opinion relève leur "scepticisme", tandis que Franceinfo souligne que "les démantèlements ne sont pas une solution miracle à l'énorme problème que vit Calais depuis près de 20 ans". "Qu'est-ce qui a changé depuis le démantèlement de la zone sud de la 'Jungle' ? Les migrants sont simplement plus serrés", répondent les associations citées par le site de la chaîne publique.

Par ailleurs, si le plan de relocalisation constitue "une avancée pour une moitié de migrants qui souhaite demander l'asile en France", ce n'est pas le cas de "ceux qui veulent toujours rejoindre l'Angleterre". "Le problème de base, c'est que cette frontière est bloquée", affirme ainsi le président d'une association cité par France Info.

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