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Menaces sur les universités et les ONG : la Hongrie poursuit son recul démocratique

Revue de presse 11.04.2017

Justice, médias, associations… le Premier ministre hongrois Viktor Orban (notre photo) réduit successivement les espaces où peuvent s'exercer des contre-pouvoirs dans son pays. Lundi 10 avril, le président hongrois, Janos Ader, membre du même parti que Viktor Orban, a promulgué une loi interdisant aux universités non européennes de délivrer des diplômes hongrois. Une mesure directement dirigée contre l'université d'Europe centrale financée par le milliardaire américain George Soros, qui a suscité une vague d'indignation en Hongrie et à Bruxelles.

Viktor Orban

"Des agents de l'étranger"

"Viktor Orban fait feu de tout bois", lance La Croix. Le Premier ministre hongrois a fait adopter "à la va-vite" [France culture], la semaine dernière, une loi interdisant à des universités non européennes, qui ne disposent pas de campus dans leur pays d’origine, de délivrer des diplômes nationaux sans accord bilatéral négocié au préalable avec la Hongrie [La Croix].

Une décision "dirigée directement contre l'université d'Europe centrale", fondée peu après la chute du communisme en Europe et financée par le milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, explique Le Monde. En effet, l'interdiction de délivrer des diplômes reconnus par les systèmes hongrois et américain "rendrait impossible" une continuation de ses activités dans le pays, juge le milliardaire [Le Monde].

"Pour justifier sa dérive autoritaire, le champion de la démocratie  'illibérale' utilise une tactique familière en agitant l’épouvantail d’ennemis interférant dans les affaires intérieures du pays, au service d’intérêts étrangers", note La Croix. Viktor Orbán a cependant "la mémoire courte", commente Ouest France, puisqu'en tant qu'étudiant dans les années 1980 il fut l'un des leaders des jeunes démocrates. "Une jeune pousse que la fondation Soros avait repérée, lui finançant une bourse d’études de droit à Oxford", poursuit le journal. En vingt-cinq ans, cette prestigieuse université a accueilli 14 000 étudiants, et formé en langue anglaise "une génération d’élites en Europe centrale, parmi lesquelles des membres du gouvernement hongrois", rappelle La Croix.

Poursuivant cette même tactique, le gouvernement hongrois a pris pour deuxième cible les organisations non gouvernementales et notamment celles soutenues par le milliardaire américain. Les médias publics ont en outre "traité leurs employés 'd’esclaves de Soros'", rapporte France culture.  En vertu d'une loi déposée le 7 avril,  les organisations non gouvernementales devront désormais déclarer "toutes leurs ressources étrangères" ainsi que les noms de leurs donateurs "sur une liste rendue publique" [La Croix]. Viktor Orban va-t-il suivre l'exemple de Vladimir Poutine en expulsant les ONGs "indésirables" ? C'est la question posée par France culture.

Forte mobilisation à Budapest et en Europe

Le 9 avril, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale hongroise en soutien à l'Université d'Europe centrale, relate France 24. Une manifestation qui "s’est rapidement transformée en l’un des défilés anti-Orbán les plus massifs depuis sa réélection en 2014" [Courrier international]. Au sein du cortège, des slogans tels que “Traîtres !”, “Démocratie !” et “Nous ne céderons pas !” ont été entendus, cite le journal.

Un nouveau rassemblement aura lieu ce mercredi 12 avril, pour marquer cette fois-ci une opposition contre la loi anti-ONG, "débattue le même jour par la Commission européenne lors de la réunion du collège des commissaires" [La Croix].

Les initiatives successives de la Hongrie ont également déclenché une vague d'indignations au Parlement européen, et notamment au sein du Parti populaire européen dont est membre le parti de Viktor Orban. "Les libertés de pensée, de recherche et d’expression sont fondamentales pour notre identité européenne. Le PPE les défendra à tout prix", a déclaré le président du PPE, Manfred Weber, dont les propos sont rapportés par Euractiv.

Une vague d'indignations qui n'empêche cependant pas Victor Orban de "poursuivre en toute impunité sa campagne anti-européenne", selon La Croix. Le journal rappelle que peu après le Brexit, chaque foyer hongrois a reçu un questionnaire en six questions intitulé "Stoppons Bruxelles !".