Derniers articles publiés

Mario Draghi, nouvel oracle des marchés?

Revue de presse 04.09.2014

En économie comme en finance, la confiance joue un rôle prépondérant. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) depuis 2011, le sait parfaitement et, à la manière des patrons de la Réserve fédérale américaine (Fed), utilise pleinement le poids du discours. Alors que la reprise se fait attendre en Europe et que pointe le risque de déflation, M. Draghi se déclare partisan d’un assouplissement des mesures d’austérité, voire d’un soutien monétaire à l’activité [L’Express]. Une petite révolution pour l’orthodoxie européenne.

Mario Draghi

C’est à Jackson Hole, ville isolée du Wyoming, que Mario Draghi a de nouveau agité les particules du monde de la finance. Le 22 août dernier, le patron de la BCE a prononcé un discours choc au cours duquel il a expliqué que la zone euro souffre d’une politique budgétaire pas entièrement adaptée à ses besoins et "qu’il serait pertinent qu’elle soit plus souple afin de mieux soutenir la croissance" [Le Monde]. Il n’en fallait pas plus pour provoquer un mini-séisme dans le monde feutré de la politique économique européenne.

Bien entendu, poursuit Marie Charrel du Monde, l’effet d'annonce n’est pas fortuit. Au contraire, Mario Draghi connait le poids des discours. A la manière d’Alan Greenspan, directeur de la Fed de 1987 à 2006, surnommé "l’oracle des marchés" par la presse américaine, le président de la BCE entend user de cet outil afin de communiquer de la confiance aux marchés et lancer une politique économique plus hétérodoxe [L’Express]. Il aura une nouvelle occasion de le faire aujourd'hui, à l'occasion de la réunion mensuelle de la BCE à Francfort.

Cette stratégie, les observateurs l’appellent "Draghinomics", un clin d’œil au terme "Abenomics" inventé pour caractériser la politique économique japonaise sous l’égide du Premier ministre Shinzo Abe. Comme l’explique l’économiste Nouriel Roubini, auteur d’une tribune dans les Echos, Mario Draghi souhaite ne pas s’en tenir aux seules réformes structurelles, par ailleurs nécessaires, mais les coupler à des mesures "destinées à accroître la demande […] consistant à réduire les obstacles à la croissance grâce à une consolidation budgétaire". Enfin, le président de la BCE envisage également de dynamiser la croissance du crédit  afin de lutter contre les perspectives inquiétante de déflation. "La valeur de l’euro pourrait ainsi diminuer, boostant la compétitivité et les exportations nettes".

De fait, le risque de déflation devient de plus en plus préoccupant en Europe. A l’heure actuelle, le niveau général des prix de la zone euro n’augmente en effet que de 0,3 % en moyenne par an, un chiffre bien éloigné des 2 % prévus par la BCE. Pour éviter un scénario à la japonaise – qui a conduit à plusieurs années de croissance atone – La Croix envisage quatre types de mesure, correspondant dans une large mesure aux récentes déclarations de Mario Draghi. Il s’agit d’abord "d’assouplir la politique monétaire", en faisant tourner la planche à billets, de "favoriser le crédit bancaire", pour stimuler l’activité, de "relancer l’investissement", et "d’atténuer la rigueur budgétaire".

Pour mener à bien sa stratégie, soutenue par de nombreux pays en Europe et au premier rang desquels la France, en proie à des performances économiques en deçà des espérances, Mario Draghi pourrait compter sur Jean-Claude Juncker. Selon Karl Aiginger, directeur de l’Institut autrichien de recherche économique, s’exprimant dans Le Figaro, le nouveau président de la Commission européenne, par le biais de son plan d’investissement de 300 milliards d’euros, présenté devant le Parlement européen en juillet dernier, semble enclin à faire bouger les lignes de l’orthodoxie budgétaire européenne.

Bien entendu, la mise en place d’un tel changement économique, supposant le ralentissement des réformes structurelles et d’austérité, ne manquera pas d’alerter et d’inquiéter l’Allemagne. Sabine Lautenschläger, membre allemande du directoire de la BCE s’est en effet empressée de prendre ses distances vis-à-vis de son président. "Sans ces réformes de structure, rien de pourra être atteint à moyen et long terme dans les pays qui souffrent actuellement d’une mauvaise compétitivité", a-t-elle rappelé [Le Figaro]. Un recadrage indiquant que Mario Draghi et ses alliés devront certainement affronter Angela Merkel sur ce dossier.
 

Les autres sujets du jour