Derniers articles publiés

Manifestations anti-corruption en Roumanie : démission du ministre de la Justice, le gouvernement résiste

Revue de presse 10.02.2017

C'est une nouvelle victoire pour les manifestants roumains. Quatre jours après le retrait d'un décret allégeant les sanctions pour corruption, qui a provoqué une mobilisation sans précédent depuis la chute de Nicolae Ceausescu en 1989, le ministre de la Justice Florin Iordache a fini par donner sa démission jeudi. Les Roumains descendus dans la rue ne comptent pas en rester là. Ils réclament la démission de l'ensemble du gouvernement. Ce dernier résiste, ayant survécu à une motion de censure mercredi.

Manifestations Bucarest 2017

Une nouvelle victoire de la rue

La colère des Roumains aura eu raison de l'un des principaux artisans du décret allégeant la législation anti-corruption. Adopté le 31 janvier par le gouvernement social-démocrate, au pouvoir depuis le 4 janvier, le texte avait fait descendre, le même jour, un demi-million de personnes dans la rue, relate Le Parisien (avec l'AFP).

Depuis l'adoption du décret, des manifestants se rendent tous les soirs devant le siège du gouvernement, réclamant sa démission [Euronews]. Désavoué par son gouvernement qui, sous la pression populaire, a fait retirer le texte dimanche, le ministre de la Justice Florin Iordache s'est résigné à quitter son poste jeudi. "Toutes mes initiatives ont été légales et constitutionnelles", a-t-il déclaré après sa démission, cite Euronews. "Le ministère de la Justice a organisé des débats publics pour les projets et ils ont été débattus par le Parlement. Malgré cela, pour l’opinion publique, ça n’a pas été suffisant. J’ai donc décidé de présenter ma démission du ministère", a expliqué M. Iordache.

Toutefois les manifestants ne décolèrent pas et entendent bien poursuivre leur mobilisation jusqu'au départ de l'ensemble du gouvernement. Ce dernier a survécu à une motion de censure mercredi, un vote au résultat sans surprise dans un Parlement dominé par les sociaux-démocrates, rapporte Libération. Le Premier ministre roumain, Sorin Grindeanu ayant assuré son maintien à la tête de l'exécutif, le décret devrait réapparaître sous forme de projet de loi, selon Euronews, malgré les manifestations continues depuis le 31 janvier.

Une volonté de changement en Roumanie

"Nous voulons être dignes de notre pays, de notre passé, mais la corruption est une maladie. C'est une honte pour nous", s'indigne Florina Cozigian, manifestante de 82 ans, interrogée par Franceinfo, qui avait manifesté contre Nicolae Ceausescu en 1989. "En 1989, on sentait une délivrance", se souvient Paul, le fils de Florina, également interviewé par Franceinfo. "Là, c'est quelque chose de plus fort. C'est un mélange de révoltes. Plein de gens – des jeunes, des moins jeunes, des personnes qui n'ont pas les mêmes sensibilités politiques – sont unis pour un idéal, pour montrer au monde entier que nous sommes des gens honnêtes et qu'on veut vivre ensemble avec les autres Européens", explique-t-il.

Les Roumains souhaitent mettre un terme définitif à la corruption, qui avait retardé l'entrée de la Roumanie dans l'UE. C'est d'ailleurs sous la pression de l'Europe que le pays s'est doté en 2013 d'un système de lutte contre la corruption comptant parmi les plus puissants du continent, souligne La Croix.

A la tête du Parquet national anti-corruption (DNA), l'emblématique Laura Codruta Kövesi, à qui Le Point consacre un portrait. L'institution qu'elle dirige n'a pas chômé : "plus de 2 000 hommes politiques et hauts fonctionnaires – ministres, députés, sénateurs, maires, secrétaires d'État, généraux – se trouvent derrière les barreaux", relate l'hebdomadaire. Parmi eux : l'ancien Premier ministre Adrian Nastase, condamné à deux ans de prison ferme en 2012 pour corruption. "Dans les rues de Bucarest, les jeunes Roumains qui en ont assez d'une classe politique corrompue n'arrêtent pas de crier : 'Dragnea [le nom du chef du parti social-démocrate, déjà condamné en 2016 pour corruption NDLR], n'oublie pas, c'est Laura qui t'aura'", rapporte également l'hebdomadaire.

Toutefois, la contestation n'est pas partagée par l'ensemble des Roumains, elle est avant tout le fait des grandes villes, explique Franceinfo. La Roumanie est coupée en deux, entre une élite citadine occidentalisée et des "campagnes roumaines, très pauvres", où "la transition vers l’économie de marché ne s’est pas faite". "Le système privé y est toujours quasi inexistant, au profit d'une économie informelle, démonétarisée, une économie d’autosubsistance, de troc... Beaucoup de choses dépendent donc du bon vouloir des personnes qui ont la main sur les services publics", lit-on sur le site du média, ce qui explique notamment la large victoire des sociaux-démocrates aux dernières élections législatives.

L'Union européenne, qui a critiqué le décret allégeant les sanctions pour corruption, reste par ailleurs "davantage prescriptive que contraignante" en matière de lutte contre la corruption en Roumanie, selon Public Sénat, "avec pour seule sanction le refus d’intégrer la Roumanie dans l’espace Schengen".