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Loi travail, investissement, réforme de l'Europe : la visite très politique de Jean-Claude Juncker à Paris

Revue de presse 01.06.2016

Du Congrès des maires de France à la Fondation Schuman, en passant par un déjeuner avec l'Association de la presse présidentielle : Jean-Claude Juncker a eu un emploi du temps chargé lors de sa visite hier à Paris. Fidèle à son style inimitable de franchise mêlée de détachement, le président de la Commission européenne a balayé l'ensemble des sujets européens et n'a pas esquivé la situation française, marquée par les grèves à répétition autour de la loi travail.

Jean-Claude Juncker

Au Congrès des maires de France pour défendre la loi travail

Premier rendez-vous de la visite d'une journée de Jean-Claude Juncker à Paris hier : l'ouverture du Congrès des maires de France. Invité par François Baroin, président de l'Association des maires de France (AMF), le chef de l'exécutif européen a reçu un accueil frileux de la part des édiles, en colère, comme le rappelle Libération (avec l'AFP) contre la baisse des dotations de l'Etat aux collectivités, qui "doit porter sur 11 milliards d'euros de 2015 à 2017".

Pour le Dauphiné, M. Juncker était ainsi "un étrange invité" pour cet événement. Et le quotidien régional de relater une question portant sur une éventuelle "contradiction" entre le plan de relance par l'investissement portant son nom "et la réduction des dépenses publiques" que Bruxelles réclame aux Etats membres. La réponse de l'ancien Premier ministre luxembourgeois fut lapidaire : un simple "non". "Pour les explications, circulez, il n'y a rien à voir", déplore le Dauphiné.

"Le redressement des finances publiques est une nécessité", ajoutera-t-il tout de même, avant de rappeler que "le pacte budgétaire a été adopté par les 28 pays, dont la France" [EurActiv]. "Un discours pas forcément facile à entendre pour les collectivités locales", commente le site d'actualité européen.

Sans concession avec la France, Jean-Claude Juncker n'a pas non plus esquivé les questions relatives à la loi travail. "La loi travail actuellement discutée en France et le minimum de ce qu’il faut faire", a-t-il déclaré. Avant de surenchérir : "Ce n'est tout de même pas une réforme monstre" et "pas un attentat contre le droit du travail français" [Tribune de Genève, avec AFP].

Pour Le Figaro, la Commission aurait même de plus en plus à mal à cacher son "impatience". "Dans la valse-hésitation que la France mène avec les réformes, la Commission européenne s'est montrée jusqu'ici comme un maître de ballet bienveillant, soucieux d'éviter à la fois les faux pas et les remontrances. Au troisième sursis, l'impatience commence à poindre", écrit le quotidien sur son site.

Succès du plan Juncker ; réforme de la zone euro peu prudente

Outre les affaires strictement françaises, le président de la Commission s'est également exprimé, lors d'un déjeuner avec l'Association de la presse présidentielle puis d'une rencontre organisée par la Fondation Robert Schuman, sur l'ensemble des sujets européens du moment. A commencer par le plan d'investissement portant son nom, dont il a vanté les premiers résultats. "La BEI a engagé près de 13 milliards d'euros. Ces financements ont permis de mobiliser 100 milliards d'euros, presqu'un tiers de notre objectif de 315 milliards en 3 ans", a-t-il présenté, repris par Les Echos.

Pour l'heure, rappelle le quotidien économique, 67 projets d'investissements ont été lancés à travers l'Europe et "14 bénéficieront à la France, dont un vaste projet de rénovation énergétique de logements privés", représentant un gain de "30 000 nouveaux emplois". Cela devrait d'ailleurs inciter la Commission à prolonger la durée de la vie du plan Juncker au-delà de 2018, sa date de fin initiale. "Bruxelles a annoncé [hier] que le projet serait prolongé pour au moins deux années additionnelles", informe ainsi El Pais, et qu'il pourrait devenir un programme "permanent".

Sur des points plus sensibles, comme le projet de réforme de la directive relative aux travailleurs détachés, Jean-Claude Juncker a assuré qu'il ne comptait pas faire machine arrière, et ce en dépit du 'carton jaune' adressé à la Commission par onze Etats membres, majoritairement d'Europe orientale.

Quant à un possible approfondissement de l'intégration européenne au lendemain du référendum britannique d'appartenance à l'UE, le président de la Commission a tenu "à mettre en garde ceux qui voudraient prendre une grande initiative" [Les Echos]. "Car les 19 membres de la zone euro ne sont pas d'accord sur la voie à emprunter". Un "activisme non réfléchi" ne mènerait par conséquent l'Europe "nulle part".

L'ingérence et le poids politique réel de Jean-Claude Juncker en question

Régulièrement critiqué pour son "ingérence" dans les débats publics nationaux, au premier rang desquels le Royaume-Uni, M. Juncker, comme souvent imperturbable, a déclaré "s'en foutre intégralement", comme le rapporte Le Vif. "A chaque fois que je m'exprime sur des débats intérieurs, on me dit que je n'aurais pas dû le faire et à chaque fois que je ne m'exprime pas sur les grands sujets européens lorsqu'ils sont devenus nationaux, on me critique de n'avoir rien dit", a-t-il noté. Pour L'Opinion, si Jean-Claude Juncker s'est fixé "un devoir d'ingérence", c'est surtout en réponse aux "provocations à répétition des partisans du Brexit", ou encore au risque populiste en Autriche.

Et au cours des semaines à venir, le franc-parler du président de la Commission européenne devrait avoir de nouvelles occasions de se vérifier. D'abord en ce qui concerne l'accord passé entre Bruxelles et la Turquie sur les réfugiés, qui achoppe actuellement sur la question des visas turcs. "Le président Erdogan doit réfléchir à deux fois avant de dire, comme le disent certains de ses ministres, que l'accord ne serait pas exécutable", a prévenu sans ambages hier Jean-Claude Juncker [BFM TV].

Ensuite au sujet de la Russie et de sa rencontre prochaine avec Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg. Suspecté de s'apprêter à relâcher la pression sur le Kremlin, le chef de l'exécutif européen a d'ores et déjà précisé qu'il n'y aurait "aucun compromis" et que l'UE restait "complètement opposée" à ses actions en Ukraine [EU Observer].

Toutefois, malgré un activisme indéniable, s'interroge Challenges, "le président de la Commission Jean-Claude Juncker est-il encore audible en Europe ?". "Face à une conjonction extraordinaire de défis", pour reprendre les mots de l'économiste Jean Pisani-Ferry, M. Juncker "depuis sa tour d'ivoire de Bruxelles, ne peut parler que de 'polycrise' (…), et répéter encore et encore : 'Je ne me résigne pas, je ne baisse pas les bras'", écrit l'hebdomadaire économique sur son site. Et de juger sévèrement : "ces derniers mois, on a plutôt eu le sentiment qu'il prêchait dans le désert".

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