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Les premiers migrants renvoyés de Grèce suite à l'accord UE-Turquie

Revue de presse 04.04.2016

Conséquence concrète de l'accord UE-Turquie signé le 18 mars dernier, les premiers bateaux ont quitté aujourd'hui la Grèce vers la Turquie avec à leur bord une centaine de migrants. D'autres opérations du même type se poursuivront en début de semaine, alors que la situation sur les îles grecques est extrêmement chaotique. Toujours dans le cadre de l'accord, l'Europe se prépare elle à recevoir les premiers migrants bénéficiaires du programme d'accueil de réfugiés.

Migrants bateau

Trois bateaux turcs ont quitté Lesbos et Chios

"L’accord UE-Turquie est définitivement en route" annoncent Les Echos. "Le premier ferry turc avec à son bord des dizaines de migrants a quitté le port de Mytilène à Lesbos, dans les îles grecques, ce lundi matin, direction la Turquie. Dans le même temps, un premier groupe de 35 Syriens doit arriver à Hanovre, dans le nord de l’Allemagne".

"Angela Merkel reste à la manœuvre" rappelle Le Figaro, puisqu'après avoir "pactisé avec le régime du président Recep Tayyip Erdogan à la surprise de ses partenaires européens" c'est elle qui a fixé la date des premiers renvois au 4 avril. Le Monde indique également que "selon une nouvelle loi réorganisant l’asile en Grèce et votée vendredi 1er avril au Parlement, les migrants susceptibles d’être renvoyés en Turquie sont ceux qui ont soit renoncé à leur droit de demander l’asile en Grèce, soit été déboutés de leur demande en première instance."

Alors que ce sont 131 personnes qui ont embarqué à Lesbos, les renvois devraient se répéter mardi et mercredi d'après l'agence grecque ANA. "Il s'agirait surtout de Syriens, d'Afghans et de Pakistanais qui n'ont pas demandé l'asile en Grèce" [Le Figaro]. Côté turc, le pays s'est engagé à enregistrer les migrants de retour sur son sol, en accordant "une protection temporaire" aux Syriens.

Des propos qui font bondir Amnesty International, qui estime que la Turquie ne peut pas être considérée comme un pays sûr pour les réfugiés. D'après l'ONG, Ankara force chaque jour une "centaine de réfugiés syriens à retourner dans leur pays ravagé par la guerre." Et selon elle,"une partie des réfugiés renvoyés de Grèce vers la Turquie risquent de subir le même sort" [Les Echos].

Le porte-parole de l'ONG en Grèce Giorgos Kosmopoulos est également cité dans La Stampa : "C'est le premier jour d'un nouvelle ère très difficile pour les droits des réfugiés. En dépit des lacunes juridiques graves et du manque de protection adéquate en Turquie, l'UE persiste à appliquer cet accord dangereux".

Il sera effectivement du ressort de la Turquie d'organiser l'envoi de migrants vers les pays d'accueil européens. Toutefois, précise Le Figaro, "ceux qui persisteraient à franchir clandestinement la mer Égée perdront leur droit à la réinstallation légale en Europe" pour assécher le trafic des passeurs et promouvoir une immigration organisée.

Difficile de savoir si la Turquie a effectivement mis en place les infrastructures nécessaires au traitement des dossiers de chaque migrant. Pour France Info, "les autorités turques communiquent très peu sur la suite du parcours de ces réfugiés lorsqu'ils mettront le pied en Turquie". Les camps qui doivent recevoir les migrants après leur enregistrement "ne semblent pas prêts à recevoir des centaines, voire des milliers de personnes". Des doutes également partagés par le quotidien espagnol El Pais.

La situation en Grèce : détention des migrants et sous capacité

La capacité de la Grèce à accueillir les migrants et à les héberger dans des conditions décentes est mise en doute par la voix du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : "ce que l’on voit, pas seulement à Chios mais partout en Grèce, ce sont des failles sérieuses dans la procédure d’asile. Nous demandons à l’Etat de garantir que chaque demande sera évaluée individuellement et que le droit à l’appel sera respecté. Et puis il faut aussi prévoir des conditions décentes d’hébergement, en privilégiant toutes les solutions en dehors de la détention le temps de l’examen du dossier".

Or, observe Le Monde, "les camps d’enregistrement, qui étaient jusqu’ici des camps ouverts, se sont transformés en centre de détention. Tous les nouveaux arrivants, jusqu’à 1 700 sur l’île de Chios (alors que la capacité du camp de Vial n’excède pas 1 200 places), sont enfermés, jusqu’à ce que le service d’asile ait statué sur leur sort. A condition qu’ils aient pu déposer une demande d’asile".

En plus des tensions qui commencent à éclater entre les migrants dans des camps sous dimensionnés, les autorités grecques font face à un manque cruel d'effectifs. D'autant plus que les camps d'enregistrements grecs ne servaient jusqu'au 20 mars que de point de passage sur la "route des Balkans", fermée depuis. "D’un coup les services d’asile de ces centres se sont retrouvés débordés de demandes sans le personnel nécessaire, car l’Europe n’a toujours pas envoyé les 4 000 agents promis au lendemain de l’accord du 18 mars" [Le Monde].

Le Figaro indique lui que "vendredi, aucun des 2 500 Européens attendus en renfort n'était à pied d'œuvre. Comme d'autres, la France a attendu le dernier moment pour envoyer samedi 50 CRS à Lesbos, avant-garde d'un détachement qui doit atteindre 200 policiers et gendarmes"

En Allemagne, on réfléchit déjà à d'autres accords

Alors que le Tagesschau rapporte que les premiers réfugiés Syriens en provenance de Turquie ont atterri en avion à Hanovre ce matin, le site suisse 24 Heures indique que l'Allemagne serait prête à envisager de nouveaux accords du même type que celui passé avec les Turcs, cette fois-ci en Afrique du Nord. Le ministre allemand de l'Intérieur Thomas de Maizière a ainsi déclaré : "il y a encore des questions auxquelles nous devons apporter des réponses. Cela concerne l'application de l'accord négocié avec la Turquie mais aussi la recherche de solutions face à de possibles routes de rechange, passant par exemple par la Libye ou l'Italie". Dans cette réflexion, l'Italie pourrait renvoyer des réfugiés vers des centres installés en Afrique du Nord, comme ce qui est mis en place avec plus ou moins d'efficacité aujourd'hui entre la Grèce et la Turquie.

Dans ce contexte, la chancelière allemande Angela Merkel a par ailleurs regagné en popularité dans les sondages, indique La Vanguardia, avec 52% d'opinions favorables. Un niveau qui retrouve celui dont bénéficiait la chancelière avant la crise des migrants.