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Les Européens unis face à Donald Trump pour défendre l'accord sur le nucléaire iranien

Revue de presse 12.01.2018

Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, et les ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni se sont réunis à Bruxelles jeudi 11 janvier, avec leur homologue iranien Mohammad Javad Zarif. Les Européens ont réédité leur soutien à l'accord sur le nucléaire iranien, alors que Donald Trump devrait annoncer vendredi 12 janvier s'il décide d'imposer de nouvelles sanctions à l'Iran.

De gauche à droite :  Jean-Yves Le Drian, Sigmar Gabriel, Boris Johnson et Federica Mogherini

De gauche à droite : Jean-Yves Le Drian, Sigmar Gabriel, Boris Johnson et Federica Mogherini, à Bruxelles le 11 janvier 2018 à l'occasion d'une réunion sur l'accord nucléaire iranien - Crédits : Conseil Européen

 "Torpiller l'accord"

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a été reçu à Bruxelles, jeudi 11 janvier, pour rencontrer Federica Mogherini et les chefs des diplomaties allemande, britannique et française afin d'évoquer l'accord sur le nucléaire iranien. A l'issue de la réunion, les Européens "ont lancé (…) un appel commun aux Etats-Unis pour préserver l'accord de 2015" [RFI]. Cette déclaration intervient alors que "le président américain Donald Trump doit rendre publique vendredi sa décision de réimposer ou non des sanctions économiques contre l'Iran, au risque de torpiller l'accord nucléaire conclu en 2015 avec Téhéran" [Le Point].

Ouest-France rappelle que l'accord "encadre les activités nucléaires iraniennes en contrepartie d’une levée progressive de sanctions frappant la République islamique". Le quotidien régional ajoute qu'il a été "conclu entre Téhéran et les puissances du groupe P5 + 1 (États-Unis, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Chine), après d’âpres négociations, sous le second mandat de Barack Obama".

Or en octobre dernier, Donald Trump a refusé de "certifier" le respect de l'accord par l'Iran, "semant la confusion sur le sort du texte" [Le Point]. En effet, les Etats-Unis n'ont levé leurs sanctions que de manière "temporaire", et un renouvellement de cette suspension est effectué "régulièrement (…) par le président qui peut aussi (…) [les] remettre en place s'il estime que Téhéran ne respecte pas ses engagements".

L'Union européenne en ordre serré

Après la réunion avec Mohammad Javad Zarif, les Européens ont réaffirmé leur soutien à l'accord car "non seulement [il] fonctionne, mais rend le monde plus sûr et empêche une course à l'armement nucléaire potentielle dans la région", selon la cheffe de la diplomatie européenne [RFI]. Face à la possibilité d'un retour des sanctions, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a déclaré qu'"il importe donc aujourd'hui que l'ensemble des parties prenantes respecte cet engagement commun et, en conséquence, que nos alliés américains le respectent aussi" [Le Point].

Les Européens ne se sont cependant pas montrés exempts de toute critique envers Téhéran. Boris Johnson, ministre britannique des Affaires étrangères, a souligné que "si l'on veut construire un soutien mondial à cet accord, il faut clairement que l'Iran montre qu'il peut se comporter en bon voisin dans la région" [L'Orient-le Jour, Liban]. La radio RFI indique que "le développement par l'Iran de missiles balistiques et également le rôle de Téhéran jugé néfaste dans plusieurs conflits de la région", inquiètent et ont aussi été discutés avec M. Zarif.

Une source diplomatique, citée par Le Monde, affirme que "le sujet des droits humains aurait bien été évoqué mais 'isolé' du reste de la discussion" et "les journalistes n’ont pu poser aucune question, ni sur ce sujet ni sur d’autres". Pour Jean-Yves Le Drian, qui a rappelé la "vigilance" de la France sur les droits de l'homme en Iran, ces sujets "doivent toutefois être découplés de la question nucléaire et d’un accord qui est 'une forme de préservation de la paix'".

"Troisième voie" européenne

Le journaliste Anthony Samrani, dans L'Orient-le Jour, dresse un parallèle avec la guerre en Irak où l'UE était désunie : "les Européens ont semble-t-il compris l'importance d'avoir une position commune pour éviter une nouvelle guerre d'envergure au Moyen-Orient". Comme l'explique RFI : "là où le président américain, le Premier ministre israélien ou encore le prince héritier saoudien, notamment, y voit un attrape-nigaud, les Européens, eux, sont de l'avis contraire".

Anthony Samrani estime que "la position des Européens est on ne peut plus claire : il faut préserver l'accord nucléaire, vivement critiqué par le président américain, tout en imposant de nouvelles lignes rouges à Téhéran". Le journaliste de conclure : "les Européens cherchent à lui démontrer qu'il existe une troisième voie permettant à la fois de sauver l'accord et d'éviter une confrontation avec l'Iran" [L'Orient-le Jour].

Un accord pour la paix

En parallèle de la réunion des ministres à Bruxelles, Emmanuel Macron s'est entretenu par téléphone avec Donald Trump pour, entre autres, évoquer l'accord. D'après le communiqué de presse, "le président de la République a rappelé la détermination de la France en faveur d'une application stricte de l'accord et l'importance de son respect par l'ensemble de ses signataires" [RTL].

Devant la menace du renouvellement des sanctions américaines, l'Iran "a promis des représailles, se disant 'préparé à tous les scénarios' si Washington réimposait des sanctions économiques" [Le Point]. Ainsi, Mohammad Javad Zarif a mis en garde : "tout acte qui sape l'accord nucléaire est inacceptable".