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Législatives britanniques : Theresa May rencontre des difficultés face à Jeremy Corbyn

Revue de presse 30.05.2017

A deux semaines des élections législatives anticipées au Royaume-Uni, les deux leaders des principaux partis britanniques ont participé lundi 29 juin à un débat télévisé. L'occasion pour eux de préciser, entre autres, leur position sur le Brexit. Confiants sur leur large victoire il y a encore quelques semaines, les conservateurs de Theresa May semblent aujourd'hui plus incertains, face à un parti travailliste qui remonte dans les enquêtes d'opinion.

Jeremy Corbyn - Theresa May

Brexit : Theresa May et Jeremy Corbyn en désaccord sur la voie à suivre

Le 8 juin prochain, les Britanniques se prononceront lors d'élections législatives anticipées. Convoquées avec trois ans d'avance par la Première ministre Theresa May, elles devraient renforcer la majorité parlementaire du parti conservateur à la Chambre des communes. Et donnerait plus de poids au pays dans ses négociations sur le Brexit avec l'UE [Europe 1].

A moins de deux semaines du scrutin, les deux leaders des principaux partis britanniques, Jeremy Corbin pour le Labour et Theresa May pour les Tories, "sont intervenus en direct à la télévision, lundi soir, pour défendre leur programme" [Libération].

Ce débat, "inhabituel", n'en était pas vraiment un : les deux candidats ne se sont ni vu, ni parlé. L'exercice consistait à répondre au public et au journaliste Jeremy Paxman devant des millions de téléspectateurs de Skynews et Channel 4 [Euronews].

Lors de l'émission, les deux candidats ont eu l'occasion de préciser leurs positions sur le Brexit. Si Theresa May se dit prête à accepter l'absence d'accord plutôt qu'un mauvais compromis, c'est qu'elle espère "obtenir un bon accord de l’Union européenne" [Euronews].

Le leader du parti travailliste affirme de son côté accepter le résultat du référendum. Il s'est ainsi voulu rassurant, affirmant que "la priorité doit être de négocier un accord pour accéder au marché de libre-échange européen afin de protéger les emplois dans ce pays. C’est ce que nous ferions. Il faut aussi parler des futures relations avec les pays de l’Union européenne, car ils sont, après tout, nos voisins les plus proches“, cite Euronews. Pour lui, l'absence d'accord n'est pas une option : "il fer[a] en sorte qu'un accord soit trouvé pour une séparation d'avec l'Union européenne" [La Tribune de Genève].

La ligne du gouvernement britannique sur le Brexit devrait encore être précisée ce mardi. "Dans un discours qu’elle doit prononcer mardi et dont des extraits ont été rendus publics lundi, la dirigeante lance un appel à ses concitoyens pour soutenir son action", rapporte Ouest France. Elle y affirme que seul un "gouvernement fort de la Grande-Bretagne" pourra compenser "l'agressivité" des Européens. "Si nous ne réussissons pas les cinq prochaines années, notre prospérité économique va souffrir, l’emploi et le niveau de vie seront menacés, et avec eux la sécurité et la tranquillité d’esprit des familles laborieuses", prévient-elle [Ouest France].

L'issue du scrutin plus incertaine que prévu

"Theresa May va-t-elle regretter d’avoir déclenché des élections législatives anticipées le 8 juin ? Le parcours triomphal qu’elle anticipait tourne à la course d’obstacles", estime Le Monde.

Pourtant, la Première ministre avait convoqué ces élections anticipées "avec la certitude qu’elles lui permettraient d’obtenir une plus large majorité au Parlement" [Libération]. Mais avant même l'attentat de Manchester, la campagne des Tories commençait à subir des revers. "Certains points du nouveau programme ont été mal accueillis, notamment sur les politiques sociales, la baisse du nombre de policiers et les baisses de subventions pour le système de santé déjà en crise", note Libération. Critiqué, le parti de la Première ministre avait dû rétropédaler sur certaines mesures.

A ces mesures controversées s'ajoute une erreur tactique. Theresa May voulait en effet "mettre en avant son leadership 'fort et stable', seul apte à décrocher 'le meilleur accord pour la Grande-Bretagne' lors des négociations sur le Brexit", et décrédibiliser son adversaire en le décrivant comme "un extrémiste prêt à brader le pays". "Or le Brexit, argument central des conservateurs, a totalement disparu du débat électoral alors que la campagne, interrompue par l’attentat de Manchester, a repris ce week-end", souligne Le Monde.

Depuis l'attentat, la Première ministre a choisi de placer le terrorisme au centre de sa campagne, et de s'imposer comme son meilleur rempart. Mais la tournure prise par l'enquête "tend à affaiblir ses arguments, en mettant en lumière les failles des services de renseignement et de sécurité" [Le Monde].

Alors que Theresa May s'enfonce, Jeremy Corbyn semble, lui, sortir son épingle du jeu. Avec sa campagne orientée très à gauche, même sa cote personnelle est "à la hausse" [Le Monde]. Sa réaction à l'attentat semble également "avoir tapé juste en liant le drame aux coupes claires dans le budget de la police et aux interventions militaires en Irak, Afghanistan, Syrie et Libye". Ainsi, "les sondages, qui prévoyaient la large réussite des conservateurs, anticipent désormais une victoire de moyenne, voire de faible amplitude", rapporte Le Monde.

Le Royaume-Uni plus isolé sur la scène internationale

L'attentat de Manchester, qui a entraîné une pause dans la campagne, a "permis de noyer un peu ce cafouillage" du côté de Theresa May. "Mais les sommets de l’Otan et du G7 ont mis en lumière un certain flottement quant à la place du Royaume-Uni post-Brexit sur la scène internationale". Theresa May ne peut plus se fier totalement aux États-Unis de Donald Trump et l'élection d'Emmanuel Macron semble avoir lancé une nouvelle dynamique européenne [Libération].

Un sentiment d'isolement renforcé par les déclarations d’Angela Merkel dimanche à Munich, qui a prévenu que l'Europe ne pouvait plus "s’appuyer complètement sur les États-Unis ou le Royaume-Uni".