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Le Royaume-Uni vote en faveur de la sortie de l'Union européenne, Cameron démissionne

Revue de presse 24.06.2016

C'est un séisme qui secoue l'Europe depuis les premières heures du jour. Les Britanniques se sont prononcés en faveur de la sortie de leur pays de l'Union européenne, clôturant ainsi plusieurs mois de campagne virulente. Alors qu'en début de soirée le camp du "remain" semblait en avance, les résultats qui sont tombés progressivement au cours de la nuit ont confirmé heure après heure une avance considérable du vote "out" en Angleterre et au Pays de Galles. En revanche l'Ecosse et l'Irlande du Nord ont voté pour rester dans l'UE, entrainant une forte division nationale. David Cameron a annoncé à 9h30 qu'il quitterait son poste de Premier ministre à l'automne.

David Cameron

Participation record et plébiscite pour le Brexit en Angleterre et au Pays de Galles

"Les Britanniques ont voté à 51,9% pour une sortie de l'Union européenne, selon les résultats définitifs publiés vendredi matin 24 juin à 8h00 (heure française)" annonce L'Obs. Un résultat qui s'est rapidement confirmé "après dépouillement de 300 des 382 centres du pays" peu après quatre heures du matin en heure locale. Plus précisément, "263 circonscriptions ont voté pour la sortie et 119 en faveur du maintien" [Le Monde]. La participation a été forte, précise France Inter, "avec 72,2% selon le chiffre officiel".

Le Monde donne les résultats par régions : en Angleterre, 53,4% des électeurs se sont prononcés pour la sortie. Des neuf circonscriptions anglaises, seule Londres a voté pour le maintien – avec un score sans appel de 59,9%. Le Pays de Galles, qu'on attendait plutôt favorable à l'UE, a également voté pour le Brexit, à 52,5%. On observe une fracture Nord-Sud, puisque l'Ecosse et l'Irlande du Nord ont plébiscité un maintien, à 62% et 55,8% respectivement.

Faut-il dès lors, en plus du divorce avec l'UE, s'attendre à une "crise constitutionnelle" entre Westminster et l'Ecosse, comme l'a annoncé Angus Robertson du Parti national écossais ? En effet, "l'ensemble des 32 circonscriptions de la région ont choisi le 'in'". En tout cas, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a prévenu aujourd'hui que l'Ecosse voyait "son avenir au sein de l'Union européenne". Pourtant les Ecossais ne sont pas forcément enthousiastes à l'idée d'une troisième campagne pour un référendum. "Si on sort de l’Union européenne, avec toute la douleur que ça va causer, vous pensez vraiment qu’on va encore s’ajouter de la douleur en sortant du Royaume-Uni ? " estimait avant le scrutin Willie Rennie, leader du Parti libéral démocrate (pro-UE) en Ecosse [Le Monde].

David Cameron annonce qu'il quittera son poste avant le mois d'octobre

A la suite du résultat, la première déclaration du chef du gouvernement était très attendue. Dès le début de soirée hier, "84 députés conservateurs eurosceptiques ont publié après la fermeture des bureaux de vote une lettre affirmant que David Cameron devait rester Premier ministre quel que soit le résultat du référendum" rappelle L'Obs. Parmi les signataires, un certain Boris Johnson, ex-maire de Londres et fervent défenseur d'un Brexit.

"S'il a un gramme d'honneur, [David Cameron] doit démissionner" a pour sa part déclaré Denis McShane, ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair, sur France Info.

Le Premier ministre s'est exprimé devant son bureau du 10 Downing Street peu après 9 heures (heure française). "Les Britanniques ont pris une décision claire et je pense que le pays a besoin d'un nouveau leader pour prendre cette direction" a annoncé M. Cameron, précisant qu'il resterait en poste jusqu'en octobre en attendant la désignation d'un nouveau leader par le Parti conservateur, qui prendrait automatiquement le poste de Premier ministre. Il ira à Bruxelles la semaine prochaine, a-t-il ajouté, mais, chose très importante, ne déclenchera pas l'article 50 du traité de Lisbonne, qui signifie le début des négociations pour un retrait de l'UE. Cette tâche sera laissée à son successeur. "Je ferai mon possible pour stabiliser le vaisseau mais je ne serai pas le capitaine qui l'emmènera vers sa prochaine destination". Il invoque la nécessité d'une "période de stabilité" avant de lancer ce complexe processus [Le Figaro].

Nigel Farage exulte, les réactions politiques s'enchaînent

S'il y a une personnalité qui représente le mieux ce vote anti-UE, c'est bien Nigel Farage, le chef du Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni, dit UKIP. La soirée semblait pourtant mal partie, de son propre avis, puisqu'il a déclaré quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote que le pays avait fait le choix de rester dans l’UE, se référant à "certains de ses amis dans les marchés financiers". Au petit matin, alors que les résultats quasi-définitifs tombaient, il s'était pris "à rêver d'un Royaume-Uni indépendant". "Débarrassons-nous du drapeau (européen), de Bruxelles et de tout ce qui a échoué. Faisons de ce 23 juin notre jour d'indépendance", a-t-il ajouté devant une foule en délire [BFMTV].

"C'est la victoire des vrais gens, des gens modestes et dignes" a déclaré M. Farage une fois le résultat définitif annoncé. "L'UE est en train d'échouer, l'UE est en train de mourir" [RFI].

Les réactions à l'étranger, très nombreuses, sont en revanche très différentes. Donald Tusk, président du Conseil européen, a garanti que l'UE est "déterminée à garder son unité à 27" après la décision historique du Royaume-Uni de sortir du bloc européen. "Il s'agit d'un moment historique mais assurément ce n'est pas un moment pour des réactions hystériques" a-t-il ajouté. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier a qualifié ce lendemain de vote de "jour triste pour l'Europe et la Grande-Bretagne" [France Inter].

En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault s'est dit "triste pour le Royaume-Uni" et a appelé l'Europe à "réagir". Le premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a estimé pour sa part que "maintenant que la Grande-Bretagne est sortie de l'Europe, il serait temps que l'Europe sorte de sa torpeur". Même ton chez Alain Juppé : "la plus grosse erreur que nous pourrions faire ce serait de laisser entendre qu'à 27 on peut continuer comme avant. Il faut écrire une nouvelle page, un nouveau chapitre de l'histoire de l'Europe".

Mais la France a également sa part d'eurosceptiques. Pour Jean-Luc Mélenchon, "Le Brexit c'est le début de la fin d'une époque. L'idée d'une Union européenne a été tuée par la caste des eurocrates et la politique d'austérité imposée par le gouvernement allemand avec la complicité active des deux présidents français qui, depuis 2005 ont violé le vote de notre peuple. L'Union européenne, on la change ou on la quitte".

Marine Le Pen est sans surprise la personnalité la plus enthousiaste, proclamant une "victoire de la liberté". Elle appelle à la tenue d'un référendum sur la même question en France et partout dans l'UE [Les Echos].

Les marchés financiers réagissent mal, la livre sterling chute

"Le réveil est brutal" sur les places financières ce matin, expliquent Les Echos. Ouverture après ouverture, le scénario se répète depuis l'annonce des résultats. L'Asie avait déjà plongé : "la bourse de Tokyo cède 7,81%. A Hong Kong, l'indice Hang Seng lâche 4,6%. La valeur en plus forte baisse est celle de la banque britannique HSBC (-9,55 %)". Puis l'Europe : "le CAC 40 plongeait de près 10% vers 10H, plombé par l'effondrement des valeurs bancaires. A 09H32 (07H32 GMT), BNP Paribas chutait de 16%, Crédit Agricole de 17,4% et Société Générale de 17,4%". Francfort a perdu 9,94% et Londres bien sûr affiche une baisse de 8% en milieu de matinée.

S'est ajoutée à celui une "baisse historique de la livre" qui a perdu 8% ce matin face au dollar. "Elle est descendue jusqu’à 1,33, soit un plus bas depuis les accords du Plaza de septembre 1985, lorsque les grandes économies de la planète s’étaient entendues pour affaiblir le dollar" rappelle Le Monde. La Banque d'Angleterre s'est dite prête à injecter 250 milliards de livres pour éteindre la fièvre sur le marché.

"C'est l'un des plus gros chocs sur les marchés de tous les temps", réagissait ainsi Joe Rundle, analyste chez ETX Capital, cité par Le Parisien. Outre les conséquences immédiates pour le pays et au-delà, un Brexit risque d'être dommageable à plus long terme, avaient prévenu avant la tenue du référendum les grandes institutions financières internationales, du FMI à l'OCDE.

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