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Le programme d'Angela Merkel enfin dévoilé

Revue de presse 04.07.2017

Lundi 3 juillet, Angela Merkel et son allié Horst Seehofer, responsable de la CSU bavaroise, ont présenté à Berlin leur programme commun pour la campagne des élections générales qui se tiendront le 24 septembre prochain. Parmi les propositions, la chancelière a notamment promis le retour au plein emploi d'ici 2025.

Angela Merkel et Horst Seehofer, crédits : CDU/Tobias Koch

Six mois après le SPD, la CSU et la CDU entrent en campagne

"La campagne d’Angela Merkel se sera fait attendre", juge La Croix. En effet, alors que son principal adversaire "le social-démocrate, Martin Schulz, a entamé sa campagne, tambour battant, en début d’année", la CDU de la chancelière et la CSU très conservatrice du Bavarois Horst Seehofer ont présenté lundi 3 juillet leur programme électoral commun pour les élections générales du 24 septembre prochain [RFI].

Au début de sa campagne, l’ancien président du Parlement européen a "semblé représenter une réelle menace pour le leadership d’Angela Merkel", avec un "style plutôt décontracté" qui a participé à une "Schulzmania" et a "contrasté avec la rigueur de la chancelière", relève La Croix. Mais très vite, la chancelière (qui brigue son quatrième mandat et peut, si elle l'emporte, battre le record de 16 ans à la chancellerie détenu par Helmut Kohl) a repris son avance sur le social-démocrate. Les sondages lui donnent aujourd'hui 15 points d'avance sur son rival, dont le parti a par ailleurs enchaîné les défaites électorales depuis le début de l'année [France 24].

"Angela Merkel l’a répété à plusieurs reprises. A ses yeux, la meilleure campagne est l’exercice du pouvoir", note Libération. Sa présence à la chancellerie depuis maintenant douze ans lui apporte de fait un avantage non négligeable. D'autant plus que son bilan est positif. C'est pourquoi "cette année encore, la campagne de la CDU tournera essentiellement autour de la personne d’Angela Merkel et mettra l’accent sur le bilan de ses trois législatures, sous le slogan 'Une Allemagne dans laquelle il fait bon vivre'", poursuit le journal.

La présentation de son programme, ce lundi, a permis de lever le voile sur deux doutes, analyse Le Monde. D'abord, sur son projet : "depuis des semaines, les sociaux-démocrates ne cessent de répéter que Mme Merkel brigue un quatrième mandat dans le seul but de se maintenir au pouvoir alors qu’elle n’a rien de précis à proposer à ses concitoyens". Ensuite sur son autorité : "depuis 2015, un fossé s’est creusé entre la chancelière et l’aile droite de sa majorité, qui a bruyamment exprimé ses désaccords avec sa politique d’accueil des réfugiés".

"Une Allemagne où il fait bon vivre"

Comme un écho à celui des précédentes élections de 2013 'L'avenir de l'Allemagne entre de bonnes mains'", le slogan officiel de la CDU et de la CSU : "L'Allemagne, un pays où il fait bon vivre", mise sur un bilan positif de la chancelière et des perspectives encourageantes [France 24].

La mesure phare du programme concerne le chômage, que la chancelière compte réduire de moitié d'ici 2025. "Nous nous fixons comme objectif d'atteindre le plein-emploi en 2025", a-t-elle ainsi annoncé à la presse. En juin, le taux de chômage en Allemagne s'établissait à 5,8 % [France 24]."Si nous en avions parlé en 2005, les gens nous auraient ri au nez, j'ai eu à l'époque à assumer 5 millions de chômeurs", a-t-elle rappelé [France 24].

"Politiquement, l’engagement est peut-être moins risqué qu’il en a l’air", estime cependant Le Monde. En effet, depuis 2005, le taux de chômage est passé de 11% à 5%, elle a donc "choisi de mettre au cœur de son programme un thème sur lequel elle peut être considérée comme crédible en raison de son propre bilan".

De son côté, le SPD "annonce, lui aussi, vouloir 'veiller au plein-emploi' mais ne fixe pas d'échéance. Le parti a été vacciné par l'ancien chancelier Gerhard Schröder, qui avait promis de réduire le chômage de manière 'significative', sans quoi 'nous ne mériterons pas d'être réélus'." Or, à l'issue de son deuxième mandat, le chômage avait gagné un million de chômeurs, rappellent Les Echos. "Ironie du sort, ce sont ses réformes qui ont permis en grande partie à sa successeuse, au pouvoir depuis 2005, de diviser par deux le nombre de chômeurs, à 2,5 millions", précise le journal.

Parmi les autres mesures proposées dans leur programme commun intitulé "Prospérité et sécurité pour tous", les deux partis conservateurs s'engagent "à construire 1,5 million de logements durant la prochaine mandature". Cette promesse devrait "empêcher le SPD de se poser en seul défenseur des catégories populaires" [Le Monde]. La mesure s'ajoute à "la création de 15 000 emplois dans la police à travers le pays, et (…) 12 milliards d’euros d’investissements, notamment dans le réseau numérique. Le tout sans toucher au sacro-saint équilibre des finances publiques sur lequel veille jalousement le ministre des Finances Wolfgang Schäuble", rapporte Libération.

"Au-delà, la CDU et la CSU veulent alléger de 15 milliards d'euros sur quatre ans les impôts des revenus modestes et moyens", notent Les Echos. Une mesure que les partis peuvent se permettre de proposer, avec un pays qui affiche un excédent budgétaire.

Angela Merkel ratisse large

Jouant sur le terrain du SPD, le programme de la chancelière allemande entend également "damer le pion aux populistes de l’AfD". En effet, chose inédite pour l'Allemagne, "Angela Merkel affiche enfin pour sa campagne 2017 un 'nationalisme éclairé', se traduisant par la présence des couleurs du drapeau national sur chacune de ses affiches électorales" [Libération].

Angela Merkel parvient également à rallier les membres de la CSU, un pari qui n'était pas gagné d'avance. "Les Bavarois ont ferraillé pendant plus d'un an avec Angela Merkel, menaçant de ne pas la soutenir si elle refusait d'inscrire dans sa campagne électorale une 'limite maximale' au nombre de demandeurs d'asile", rappelle Le Figaro. Or, présent lundi à ses côtés, Horst Seehofer, le président de la CSU a "assuré qu’il lui faisait une 'confiance aveugle', et que l’élaboration du programme commun à leurs deux partis n’avait donné lieu à 'aucune dissonance'" [Le Monde]. Pourtant, dans son discours, la chancelière n'a pas abordé la question des réfugiés. "Interrogée, elle se contente de répéter que 'la situation de 2015 ne doit pas se renouveler' mais qu'elle est opposée à toute idée de limite fixe" concernant le nombre de réfugiés arrivant chaque année en Allemagne [Le Monde].