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Le Portugais Mário Centeno élu à la présidence de l'Eurogroupe

Revue de presse 05.12.2017

Le ministre des Finances portugais, Mário Centeno, a été élu lundi 4 décembre par ses homologues de la zone euro à la tête de l'Eurogroupe. A partir du 13 janvier, il remplacera le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem pour deux ans et demi renouvelables.

Mário Centeno

Mário Centeno - Crédits : Conseil européen

Un homme de gauche

Mário Centeno, 51 ans, est "presque inconnu à Bruxelles" [Le Monde]. Pourtant, cette élection est un "symbole", pour Libération ou encore une "page" qui "se tourne à Bruxelles", selon Le Monde. Car le nouveau président élu de l'Eurogroupe – la réunion mensuelle des ministres des Finances de la zone euro – n'a pas un profil habituel : il est ministre de gauche et d'un pays de l'Europe du Sud qui était encore en 2014 sous tutelle de la zone euro.

Qu'est-ce que l'Eurogroupe ?

"Parviendra-t-il à réorienter un club jusqu’à présent très attaché à la feuille de route des pays du nord de l’Europe, la réduction des déficits primant sur la relance par l’investissement ?", s'interroge Le Monde. Pour Gianni Pittella, chef des Socialistes au Parlement européen cité par Politico, "c'est une victoire pour le futur de l'Europe et pour tous ceux qui se battent pour se débarrasser de l'austérité aveugle". C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles il a été élu, à bulletins secrets et à l'issue de deux tours de vote, face au Luxembourgeois Pierre Gramegna, au Slovaque Peter Kazimir et à la Lettone Dana Reizniece-Ozola.

Quatre candidats pour prendre la présidence de l'Eurogroupe

Mário Centeno a probablement recueilli le soutien de plusieurs pays de l’Europe du Sud, ces derniers étant particulièrement sensibles à son appartenance à un gouvernement socialiste. "Un argument de taille alors que Commission, Parlement et Conseil européens sont tous présidés par des hommes politiques issus (…) de la droite", observe La Croix. Bien que le candidat slovaque soit aussi issu de la gauche, "l’intransigeance de ses positions pendant la crise grecque aurait joué en sa défaveur", poursuit le quotidien. Au contraire, Mário Centeno a mené dans son pays une politique économique couronnée de succès.

Le Portugal, succès économique

Professeur d'économie titulaire d'un doctorat de Harvard, il est d'abord "passé par la Banque du Portugal" [Le Monde]. Sans "filiation politique partisane" [Le Temps] mais "perçu dans les cercles économiques comme un centriste, plutôt libéral", Mário Centeno est "encore novice en politique", rapportent Les Échos. Sa carrière débute "il y a tout juste deux ans", poursuit le quotidien économique, lorsqu'il accepte d'écrire le programme économique du parti socialiste dirigé par Antonio Costa "en amont des élections de 2015 qui l'ont conduit au pouvoir", complète Politico.

Devenu Premier ministre à la tête d'une coalition gouvernementale avec la gauche radicale, Antonio Costa lui confie alors une équation difficile : "relever le défi d'une politique qui respecterait ses engagements vis-à-vis de Bruxelles tout en satisfaisant les alliés d'extrême gauche qui garantissaient la stabilité du gouvernement", résument Les Échos.

Ministre des Finances, Mário Centeno fait donc partie d'un gouvernement "qui n’a pas hésité à tourner le dos, sans déséquilibrer les comptes publics, à une austérité qui frappait d’abord les plus fragiles", explique Libération. Et c'est un succès. "Sévèrement touché par la crise financière" [Le Temps], le pays était placé sous tutelle de la zone euro entre 2011 et 2014. A présent, les indicateurs économiques remontent la pente : le taux de chômage est à 8,5% soit une "baisse de plus de moitié depuis 2013" [Politico]. La croissance devrait atteindre 2,6% cette année et est actuellement "au plus haut depuis 2000" [Libération], tandis que le déficit est prévu à 1,4% soit "son plus bas niveau depuis (…) 1974" [Politico]. Enfin, cette stratégie aurait également "restitué, du moins partiellement, le pouvoir d’achat perdu durant les années de crise", conclut Le Temps.

Négociateur

Des résultats qui conduisent même Wolfgang Schaüble, chantre de l'austérité européenne et alors ministre allemand des Finances, à qualifier son homologue portugais de "Cristiano Ronaldo de l'Ecofin" [Politico].

Quel est le rôle du Conseil ECOFIN ?

Le succès de cette stratégie est aussi lié à la capacité de l'économiste à obtenir des consensus difficiles. En effet, il a d'abord "réussi à négocier les budgets à Lisbonne avec les partis de gauche (…) anticapitaliste" [Les Échos] avant d'aller, avec Antonio Costa, "affronter la Commission et l’Eurogroupe" à travers une stratégie à l'encontre de leurs recommandations : creuser "temporairement le déficit pour mieux relancer l’économie avant de reprendre l’assainissement budgétaire", rappelle Libération.

Le candidat des grands pays

Une qualité appréciée pour occuper "l'un des cinq postes les plus importants de l'Union" [Le Monde]. Car président de l'Eurogroupe est un travail "non rémunéré", qui "réclame une patience sans faille, beaucoup de sang-froid" et "implique de lourdes responsabilités", relate La Croix. En effet, il va présider les réunions mensuelles des grands argentiers européens, "un pouvoir d'organisation loin d'être anodin", selon un économiste interrogé par le quotidien.

Emmanuel Macron l'a bien compris, et a soutenu le Portugais car "il tenait à un président ouvert à ses propositions de réformes" (budget, ministre et parlement de la zone euro), analyse Le Monde. Mário Centeno est "lui aussi partisan d’une zone euro plus solidaire financièrement et plus démocratique", selon Libération.

L'un des grands défis du nouveau président sera effectivement de réformer le fonctionnement de la zone euro : la Commission européenne devrait annoncer des propositions en ce sens le 6 décembre, en amont du prochain Conseil européen – pour le moment, seules des informations contradictoires quant aux potentielles propositions ont été dévoilées, rapporte Politico. Au-delà des idées avancées par le président français, Mário Centeno devra également se pencher sur l'achèvement de l'union bancaire et la réforme du Mécanisme européen de stabilité [Le Temps].

Les débats sur les raisons qui ont poussé Angela Merkel à choisir le Portugais sont également au cœur des discussions. Mario Draghi devant quitter la tête de la BCE avant 2019, peut-être préfère-t-elle donc "laisser le champ libre à une candidature allemande à la présidence de la BCE" [Le Monde].