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Le Parlement européen souhaite geler les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE

Revue de presse 23.11.2016

Les eurodéputés entendent sanctionner la Turquie pour sa dérive autoritaire à la suite du putsch manqué de juillet en gelant les négociations d'adhésion du pays à l'Union européenne. C'est le souhait qui a été exprimé le 22 novembre à Strasbourg lors d'un débat au Parlement européen par les deux principaux groupes le composant. De son côté, Ankara poursuit sa répression en affirmant n'avoir que faire des condamnations morales occidentales.

Federica Mogherini, Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

La candidature turque à l'UE davantage compromise

"Avis de tempête sur les négociations d'adhésion de la Turquie" titre Euronews. Les eurodéputés souhaitent dans leur majorité un gel des négociations avec la Turquie, jugeant la dérive autoritaire de Recep Tayyip Erdogan inacceptable et incompatible avec les valeurs européennes.

"Notre message pour la Turquie est très clair : les négociations d'adhésion devraient être gelées immédiatement", a affirmé Manfred Weber, président du Parti populaire européen (centre-droit), groupe parlementaire comptant le plus d'eurodéputés. Gianni Pitella, à la tête du groupe socialiste abonde dans son sens. "Nous voulons geler les discussions d'adhésion", a-t-il déclaré [France 24 avec l'AFP].

"Même si cette proposition n'a aucune valeur légale – ce sont les Etats membres qui peuvent suspendre le processus – certains redoutent déjà que le président Erdogan décide de ne plus appliquer l'accord sur les migrants et de rouvrir les vannes des réfugiés vers la Grèce", explique RFI. Les parlementaires européens se prononceront jeudi 24 novembre en session plénière à propos de la suspension des pourparlers de négociations avec la Turquie.

De son côté, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, désapprouve l'arrêt du processus d'adhésion. "Je crois que tout le monde serait perdant", a-t-elle estimé dans l'hémicycle [Euronews].

"C'est se voiler la face, tromper nos citoyens et les citoyens turcs", a répliqué Guy Vehofstadt, président du groupe des libéraux, qui avait été jusqu'à maintenant un des plus fervents soutiens d'un élargissement de l'UE à la Turquie, rappelle le quotidien suisse La Tribune de Genève.

Erdogan fait fi des critiques de l'UE et poursuit la répression

"Il y aura demain (jeudi) une session au Parlement européen et ils vont voter sur les négociations de l'UE avec la Turquie. Quel que soit le résultat, ce vote n'aura aucune valeur à nos yeux", a déclaré ce matin le président turc au cours d'une conférence de l'Organisation pour la coopération islamique (OCI) à Istanbul. Il a également accusé les Européens de soutenir des organisations terroristes [Ouest France].

15 000 fonctionnaires supplémentaires turcs viennent d'être limogés, selon deux décrets parus au Journal officiel ce mardi, rapporte L'Express. Rappelant que depuis juillet plus de 35 000 personnes ont été arrêtées, dont des députés de l'opposition pro-kurde, l'hebdomadaire cite les chiffres de l'agence Reuters évaluant le nombre total de personnes limogées à 125 000. Recep Tayyip Erdogan estime pour sa part que ces mesures d'exception adoptées dans le cadre de l'état d'urgence sont pleinement justifiées afin de parer à tout risque de nouvelle tentative de coup d'Etat.

"Nous savons que l'Etat n'a pas encore été entièrement nettoyé de ces renégats", a-t-il affirmé mardi, cite L'Express. "Il s'en trouve encore dans notre armée, dans nos forces policières, dans notre système judiciaire, dans différentes institutions de l'Etat", a-t-il ajouté, faisant ainsi savoir que la répression est loin d'être terminée.

L'attitude d'Ankara ne fragilise pas seulement ses rapports avec l'UE, souligne Le Monde. En effet, "l’ampleur de la répression – y compris dans les rangs de l’armée – menée depuis le coup d’Etat raté du 15 juillet suscite un malaise croissant au sein d’une Alliance [atlantique] qui se veut aussi fondée 'sur une communauté de valeurs'". D'autant que "des officiers turcs travaillant dans les structures de commandement de l’OTAN ont demandé l’asile dans les pays dans lesquels ils travaillent", a reconnu le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg.

Si les Etats membres de l'OTAN acceptaient ses requêtes, cela signifierait qu'aucune justice équitable ne peut être espérée par ces militaires en Turquie, analyse le quotidien. Une tension au sein de l'OTAN qui "reste feutrée mais s’avère bien réelle" selon Le Monde, renforcée par la dénonciation constante du président turc de la "complicité" des Occidentaux, notamment des Etats-Unis avec le prédicateur Fethullah Gülen, réfugié dans le pays et accusé par Ankara d'être à l'origine du putsch manqué.

L'OTAN, et non l'UE, sera peut-être celle qui parviendra à convaincre M. Erdogan de se raviser dans sa politique de répression selon l'universitaire Ahmet Insel, auteur de La Nouvelle Turquie d’Erdogan (La Découverte, 2015), interrogé par Le Monde : "Ce que disent ou font les Vingt-Huit n’a guère d’effet sur Ankara, qui n’a plus aucune illusion sur l’avenir de ce processus ; en revanche, l’OTAN dispose de réels moyens de pression en étant la seule vraie garantie de sécurité pour la Turquie", explique-t-il.