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Le Parlement européen approuve la création d'une agence européenne des gardes-frontières

Revue de presse 07.07.2016

Les eurodéputés ont adopté hier à une large majorité le projet de création d'une agence européenne des garde-côtes et garde-frontières lors de la dernière session plénière avant la pause estivale. Destinée à remplacer l'agence Frontex, elle constitue une réponse de l'UE à la crise des migrants qui se joue encore aujourd'hui en mer Méditerranée et dans les Balkans. La future entité pourra venir en aide à un pays membre dépassé par les flux migratoires à ses frontières, et même prendre l'initiative d'une intervention. L'agence pourrait être opérationnelle dès l'automne.

Embarcation réfugiés

Un nouveau corps européen de 1500 garde-frontières

"Un projet européen qui prend réellement forme en pleine crise identitaire de l'Union européenne : l'annonce est suffisamment rare pour être notée" jugent Les Echos en début d'article. A 483 voix contre 181 (et 48 abstentions), les députés européens ont donc approuvé la création de l'Agence européenne des garde-côtes et garde-frontières.

Un processus décisionnel exceptionnellement court, remarque RFI, puisqu' "il n'aura fallu que sept mois depuis la proposition présentée par la Commission européenne, pour l'approuver". Une efficacité rendue obligatoire afin "d'éviter qu’un nouveau chaos à une frontière extérieure, comme l'a connu la Grèce ces derniers mois, n’ébranle à nouveau l’Union et ne remette en cause la libre circulation dans l’espace Schengen".

Cette décision intervient d'ailleurs un jour après le sauvetage de 4 500 personnes au large de l'Italie, précise la BBC. Les Echos rappellent que le projet n'est pas récent. L'agence, "évoquée depuis le siècle dernier, (...) n'avait jamais pu se concrétiser car elle butait sur les réticences des Etats membres, qui voyaient dans l'éventuelle intervention à leur propres frontières, comme une ingérence extérieure et une remise en question de leur souveraineté". En illustrant l'incapacité de certains pays à faire face aux arrivées massives de migrants, la crise récente aura eu raison de ces arguments.

L'agence "ne disposera pas en propre de ressources humaines" précise L'Obs. Les 1 500 garde-frontières seront fournis par les Etats membres. "Le quota pour la France est de 170 agents". Malta Today indique qu'au moins six agents maltais seront mobilisés. Les membres de l'espace Schengen hors Union européenne seront également mis à contribution. Ainsi, le journal Romandie précise que la Suisse mettra à sa disposition seize "collaborateurs".

"La frontière extérieure d'un Etat membre est la frontière extérieure de tous les Etats membres"

Cette nouvelle agence est destinée à remplacer Frontex, créée en 2005 et qui ne dispose que de 400 personnes, avec un rôle limité de coordination entre les autorités nationales. Elle pourra intervenir dans deux cas de figure. D'abord, "les garde-frontières pourront être déployés à la demande d’un Etat membre dans les cinq jours suivant la définition avec celui-ci d’un plan d’action" [L'Obs].

Deuxième scénario possible, "si un Etat membre est débordé par la situation à ses frontières et ne prend pas les mesures préconisées par l’agence, la Commission européenne elle-même pourrait soumettre un plan d’action au Conseil européen". Toutefois il n'est pas question d'intervenir sans l'accord de l'Etat concerné. Dans le cas d'un refus, les autres membres de l'espace Schengen pourront rétablir temporairement les contrôles aux frontières [L'Obs].

Le rapporteur du texte, le Letton Artis Pabriks, s'est félicité de l'adoption du projet : "la réglementation des garde-côtes et garde-frontières européens assurera que les frontières extérieures sont mieux gérées et de manière plus sûre. Ce n'est pas un remède miracle qui pourra résoudre la crise migratoire à laquelle l'UE fait face aujourd'hui, ou restaurer la confiance dans l'espace Schengen, mais c'est un pas nécessaire dans la bonne direction" [Malta Today].

Un message relayé par le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans et le commissaire à l'Immigration Dimitris Avramopoulos. Dans un communiqué commun, ils ont déclaré que la gestion des frontières extérieures était "une responsabilité partagée entre nous tous". "Il ne devrait plus y avoir de manque de personnel ou de matériel pour les opérations aux frontières extérieures. La frontière extérieure d'un Etat membre est la frontière extérieure de tous les Etats membres". Quant au rôle de la nouvelle agence, il sera "d'apporter son soutien, de surveiller et lorsque c'est nécessaire, de renforcer les garde-frontières nationaux, en se concentrant d'abord sur la détection en amont et la prévention de failles dans la gestion des frontières extérieures" [Malta Today].

Une mission de sauvetage

Le personnel mobilisé pourra aussi participer à des opérations de sauvetage, un élément capital selon l'eurodéputée française Nathalie Griesbeck : "Nous nous sommes vivement battus sur cette référence et nous l’avons obtenue. Rappelons ici que nous avons l’obligation fondamentale de sauver les vies humaines. Près de 10 000 personnes sont mortes en Méditerranée depuis 2014. Et je ne parle pas des milliers de personnes naufragées" [RFI].

Les principaux opposants au projet se situent à la gauche du Parlement européen. L'eurodéputée espagnole Marina Albiol Guzmán estime que la future organisation servira à "renvoyer les réfugiés sous les bombes et les barbelés". Pour Ska Keller, du groupe des Verts, il est regrettable que cette nouvelle patrouille frontalière n'aide pas à lutter contre le manque de solidarité et de volonté politique des États membres [Tagesschau].

Enfin, le site suisse Bilan rappelle qu'avec "plus de 850 000 arrivées par la mer en 2015, la Grèce a été débordée par l'afflux de migrants depuis les côtes turques, avant que le pacte scellé avec Ankara en mars ne fasse chuter les arrivées". L'attention est désormais focalisée sur l'Italie, où les autorités ont recensé l'arrivée de 70 930 migrants sur leurs côtes entre janvier et juin. Le bilan humain global est très lourd : "plus de 10 000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée en tentant de rejoindre l'Europe depuis 2014, dont plus de 2 800 depuis le début de l'année 2016", selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU.

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