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Le mariage homosexuel autorisé en Allemagne

Revue de presse 30.06.2017

L'Allemagne n'avait pas encore autorisé le mariage homosexuel. C'est chose faite. Vendredi 30 juin, les députés allemands du Bundestag ont voté en faveur d'une loi permettant aux couples de même sexe de s'unir dans des conditions identiques que les personnes "de sexe différent". L'adoption rapide, sans débats ni manifestations, a été permise par l'infléchissement de la position d'Angela Merkel sur la question, et par la pression de l'opposition depuis plusieurs semaines.

Drapeau LGBT

Vote en faveur du mariage homosexuel

Il y a encore quelque temps, personne "n’aurait parié sur le fait que le mariage entre personnes du même sexe s’inviterait dans l’agenda politique allemand de juin" [La Croix]. Mais les députés du Bundestag allemand ont bel et bien voté vendredi 30 juin en faveur de l'autorisation du mariage homosexuel. Le texte, qui établit que "le mariage est conclu à vie par deux personnes de sexe différent ou de même sexe", a été approuvé à 393 voix. Parmi ces élus, les sociaux-démocrates, les écologistes et la gauche radicale, ainsi que quelques députés de la CDU d'Angela Merkel [Le Monde].

L'Allemagne rejoint ainsi les vingt pays occidentaux et les treize États membres qui ont légalisé le mariage homosexuel. Le texte devrait être maintenant validé par la chambre haute avant la fin de l'année, indique Le Monde.

Pour certains députés, et notamment des membres du CDU, ce vote est un moment historique de leur carrière, comme pour Stefan Kaufmann. Pour lui : "c'est le moment le plus chargé d’émotion depuis que je fais de la politique. Je vais voter avec une grande joie pour l’ouverture du mariage" [RFI].

Alors que son infléchissement sur le sujet a permis à ses opposants de remettre la question très rapidement à l'ordre du jour, Angela Merkel s'est prononcée contre la loi. Pour elle, un mariage reste une union "entre un homme et une femme". Elle a "néanmoins souhaité que la légalisation du 'mariage pour tous' apporte 'davantage de paix sociale' en Allemagne", et c'est pour cela qu'elle n'avait pas donné de consigne de vote à ses députés qui devaient voter "en conscience", rapporte Le Monde.

Une adoption très rapide

De fait, le changement de position d'Angela Merkel a permis au vote d'avoir lieu très rapidement, tout juste avant la clôture de la législature [France Info].

Il y a quelques semaines, en campagne dans sa circonscription électorale de naissance, Angela Merkel a rencontré une militante, qui lui aurait fait changer d'avis. Gundula Zilm lui aurait déclaré : "Je vais vous dire, venez me rendre visite chez moi, où j'habite avec ma partenaire lesbienne et huit enfants adoptés. Ils vivent avec nous depuis longtemps et je pense qu'ils vont bien" [Huffington Post].

Lors d'une interview par le magazine féminin Brigitte, la chancelière a ainsi concédé: "quand les services sociaux font confiance à un couple lesbien pour la garde de huit enfants, je ne peux plus argumenter contre l'adoption au nom du bien-être de l'enfant" [France Info].

Une déclaration qui n'est pas restée sans conséquence. "Martin Schulz et Katrin Göring-Eckardt, la cheffe de file des écologistes, ont tous deux réclamé que le mariage homosexuel soit à l'ordre du jour avant la fin de la session parlementaire vendredi". Pour Thomas Oppermann, président du groupe parlementaire social-démocrate, il ne fallait pas rater une telle occasion : "La balle est au point de pénalty et le gardien de but est absent. C’est le moment de tirer" [Slate].

Mais la chancelière n'est pas du genre à faire des déclarations imprudentes. Elle savait que "la légalisation du mariage homosexuel est populaire parmi les électeurs allemands, y compris dans son propre camp" [France Info].

Reste que la rapidité du vote a surpris tout le monde. A commencer par les militants de la cause homosexuelle, comme Axel Hochrein de la fédération des gays et lesbiennes allemands, cité par RFI : "Cela fait 25 ans que nous nous battons. Cette réforme n’était pas seulement mûre, mais aurait dû avoir lieu depuis longtemps".

Le fait que la loi soit "adoptée à la hussarde à la veille de la pause estivale" permet d'éviter "un débat passionné" qui aurait notamment pu profiter "aux populistes de l'AfD". En outre, le texte pourra "être 'digéré' par les plus radicaux des électeurs conservateurs d’ici au scrutin de septembre", note Libération.

Pression des opposants d'Angela Merkel

Avant cette autorisation du mariage et depuis 2001 "les couples homosexuels peuvent conclure en Allemagne des "partenariats de vie", l'équivalent du pacs français". La seule différence qui subsistait avec le mariage était le droit à l'adoption [France Info].

Le parti de la CDU s'est toujours prononcé contre l'autorisation de ce mariage. Angela Merkel elle-même avouait en 2013 : "Je vais être honnête, j'ai des difficultés avec l'égalité complète. (...) Personnellement, je ne présenterai pas un projet de loi pour une égalité complète dans l'adoption" [France Info]. Mais en pleine campagne pour les élections législatives, bien que donnée favorite, la chancelière cherche à préparer sa future coalition.

Or le SPD, les libéraux (FDP) et les Verts avaient basé leurs campagnes depuis quelques semaine sur l'autorisation du mariage homosexuel. Ils en avaient même fait une condition sine qua none de leur participation à une coalition. Ainsi, "le leader de la SPD Martin Schulz a déclaré dimanche que son parti ne signerait pas de contrat de coalition si celui-ci ne comprenait pas le projet de légalisation du mariage pour tous", rappelle France Info.

Il semblerait donc que "le 'virage élégant' que vient de prendre Merkel, analyse la SZ (Süddeutsche Zeitung), est le fruit d’un 'calcul pur et dur'", rapporte Courrier international. La pression exercée par les Verts, les libéraux du FDP et le SPD ne lui ont pas laissé le choix : "quand Merkel pense que des trains ne peuvent plus être arrêtés, atteste la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), elle ne se met jamais en travers des voies" [Courrier international].

Et elle en profite pour tourner la situation en sa faveur. En infléchissant sa position, "Merkel élimine définitivement la réputation qu’avait la CDU d’être un parti conservateur" [Courrier international].