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Le décret anti-musulmans de Donald Trump vivement condamné en Europe

Revue de presse 31.01.2017

Moins de deux semaines après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, la défiance à l'égard du nouveau président gagne du terrain. Son décret interdisant aux ressortissants de 7 pays à majorité musulmane de pénétrer sur le territoire américain n'a pas manqué de susciter l'indignation à travers le monde. En Europe, les réactions ne se sont pas fait attendre, de nombreux dirigeants ayant sévèrement condamné cette décision.

Manifestation anti-Trump à San Francisco

Une dénonciation au nom des valeurs européennes

Face à un décret considéré comme discriminatoire, plusieurs responsables politiques européens ont tenu à dénoncer la décision du nouveau président américain, au nom des valeurs européennes. "Federica Mogherini [cheffe de la diplomatie européenne], a saisi l’occasion d’une rencontre avec le ministre norvégien des Affaires étrangères pour rappeler les valeurs défendues par les États membres. 'L’Union européenne croit fermement en un système basé sur les lois et les normes internationales'", a-t-elle déclaré [Euronews].

Du côté de la Commission européenne, la condamnation est on ne peut plus claire. "Ici, c’est l’Union européenne, et dans l’UE nous ne faisons pas de discrimination fondée sur la nationalité, la race ou la religion, non seulement en matière d’asile mais dans n’importe laquelle de nos politiques", a précisé lundi le porte-parole de l'institution, Margaritis Schinas [Le Monde]. "Nos avocats sont en contact avec nos partenaires européens et autres, et nous allons nous assurer qu'aucune discrimination n'est infligée à nos citoyens", a-t-il également affirmé [Les Echos].

Les dirigeants des Etats membres ont aussi fait entendre leur profond désaccord quant au décret anti-musulmans de Donald Trump. Lundi devant la presse, la chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé une décision discriminatoire : "La lutte nécessaire contre le terrorisme ne justifie en aucune manière de généraliser le soupçon contre les personnes en fonction de leur croyance, en l'occurrence ici des personnes de foi musulmane, ou en fonction de leur origine" [Le Point]. François Hollande a quant à lui mis en garde le président américain contre un "repli sur soi", l'exhortant au "respect du principe de l'accueil des réfugiés", qui est un fondement de "nos démocraties", rapporte le média.

Des "brexiters" montent au créneau

Même au Royaume-Uni, dont Donald Trump a applaudi des deux mains le choix de sortir de l'UE et dont la dirigeante – Theresa May – a affirmé vouloir relancer la "relation spéciale" britannico-américaine lors de sa visite à Washington, le décret est vivement désapprouvé, y compris parmi les "brexiters". Si Theresa May, citée par Le Point, a dit n'être "pas d'accord" avec le texte, certains membres de sa majorité sont allés beaucoup plus loin dans leur condamnation, expliquent Les Echos.

Le quotidien rapporte que le leader du Parti conservateur en Ecosse, Ruth Davidson, a signé une pétition lancée sur le site du Parlement britannique demandant d'annuler la visite annoncée avant la fin de l'année du président américain. Cette pétition avait déjà recueilli 1,4 million de signatures lundi en fin d'après-midi, dans un pays où les déclarations outrancières de Donald Trump à l'égard des minorités ont contribué à le rendre particulièrement impopulaire.

Donald Trump, une chance pour l'Europe ?

Les décisions du nouveau président américain témoignent d'une volonté de rupture avec l'Europe et le monde, ce qui conduit plusieurs médias à voir dans cet ennemi de plus en plus affirmé de l'UE, dont il a prédit la dislocation, une chance pour le projet européen de prendre un nouvel essor.

"L'Amérique, qui fut la bonne fée penchée sur le berceau de l'Europe institutionnelle à sa naissance, se comporte désormais avec sa filleule comme la marâtre à l'égard de Cendrillon", analyse Le Figaro. Le média estime que cette volte-face des Etats-Unis est l'occasion pour les Européens de s'unir pour s'affirmer indépendamment de l'Amérique. 

L'Obs considère également que l'arrivée au pouvoir de Donald Trump pourrait être le début du renouveau de l'Europe. "'Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi', avait proclamé en 1989 le conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev ! Donald Trump, en 2017, est-il en train de rendre aux Européens le 'service' inverse : leur offrir un ennemi ?", s'interroge l'hebdomadaire.