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Le Conseil vote pour l'interdiction des pesticides tueurs d'abeilles

Revue de presse 27.04.2018

Vendredi 27 avril, le Conseil de l'UE s'est prononcé pour l'interdiction des insecticides tueurs d'abeilles proposée par la Commission et soutenue par le Parlement européen. La pression de l'opinion publique, les appels des apiculteurs à agir et les réticences des agriculteurs rendaient l'issue du vote incertaine.

Abeille

Photo : Flickr - Crédits : Christian Kothe /CC BY-ND 2.0

Des apiculteurs en colère

La RTBF (Belgique) rappelle que les "trois pesticides concernés sont la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame" qui sont des néonicotinoïdes, soit des "substances neurotoxiques qui s'attaquent au système nerveux des insectes". Leur utilisation avait été partiellement restreinte en 2013. Il s’agisait donc "cette fois non seulement de prolonger ce moratoire, mais aussi de le généraliser à toutes les cultures de plein champ, seul l’usage sous serre restant autorisé", indique Le Monde.

Le quotidien explique que ces pesticides, sur le marché depuis les années 1990, "sont appliqués en enrobage des semences lors du semis", il s'agit donc d'un "usage préventif". Les néonicotinoïdes peuvent dès lors "se disséminer rapidement au-delà des cultures, contaminant l’environnement et les fleurs sauvages".

"Les apiculteurs tirent la sonnette d’alarme". Aujourd’hui, "un tiers des insecticides vendus dans le monde sont des néonicotinoïdes" [Ouest-France]. Or ces pesticides sont "jugés les plus toxiques pour les abeilles" par l'Union nationale de l'apiculture française  [France Inter]. La radio donne la parole à Jean-Marie Camus, apiculteur dans l'Aisne et président de l'association sanitaire apicole de ce département qui s'aperçoit "qu'une grande partie des ruches importantes sont vides [ce printemps], avec des abeilles mortes à l'intérieur, presque à 100 % par endroit". Sven Niel, apiculteur dans le Finistère, a choisi de transmettre un message spontané sur une vidéo publiée le 16 avril dernier et reprise par Ouest-France. "Il y a des pertes massives d’abeilles cette année, et je ne suis pas le seul à le constater !", s'indigne-t-il.

Des preuves scientifiques

De "nombreuses études désignent ces insecticides comme les principaux responsables de l’effondrement des populations d’insectes pollinisateurs" et plus globalement comme portant atteinte à la biodiversité, rapporte Le Monde. Une étude conjointe du Musée national d'Histoire naturelle et du CNRS en date du 20 mars dernier, citée par Ouest-France, indique qu'en "Europe, 37 % des populations d’abeilles, sauvages et domestiques, et 31 % des papillons sont déjà en déclin et 9 % [sont] menacées de disparaître".

D'autre part, dans une interview accordée au Figaro, Vytenis Andriukaitis, commissaire européen chargé de la Santé et de la Sécurité alimentaire, met en avant les conclusions de l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) qui "sont sans appel". En effet, l'Efsa "juge ces pesticides néfastes pour les abeilles" mellifères (domestiques), les abeilles solitaires et sauvages ainsi que les bourdons.

Un vote incertain au Conseil

"L'incertitude planait encore jeudi [26 avril] quant à la possibilité d’atteindre la majorité qualifiée requise" au Conseil en faveur de l'interdiction, rapporte Le Monde. Finalement la Roumanie, la République tchèque, la Hongrie et le Danemark ont voté contre. Comme attendu, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont voté en faveur de l'interdiction.

Pour Vytenis Andriukaitis, cette division provient des différents intérêts en jeu dans les Etats membres : "parfois ils [les gouvernements] écoutent leurs agriculteurs, parfois les défenseurs de l'environnement, parfois ils s'inquiètent des répercussions économiques" [Le Figaro]. Le commissaire s'est montré très ferme sur l'importance du vote, selon lui, il ne s'agissait pas d'un "moment de calculs politiques, l'enjeu pour la santé et la biodiversité [était] trop important".

Inquiétudes des agriculteurs

"Un lobbying intensif du secteur des pesticides et des industriels de la betterave à sucre, une des cultures jusque-là épargnées par le moratoire" de 2013, était à pied d'œuvre pour empêcher l'interdiction [Le Monde]. La Fédération wallonne de l'agriculture protestait par exemple contre l'interdiction arguant qu'il "n'existe pas d'alternatives" pour certaines cultures comme la betterave et la chicorée. Elle prévient : "en absence d'exceptions pour ces cultures, les conséquences seraient catastrophiques pour nos exploitants mais aussi au niveau de l'économie globale de la Belgique, de la perte d'emploi en amont et aval de l'agriculture" [RTBF].

Le ministre de l'Agriculture belge, Denis Ducarme, qui s'est abstenu lors du vote, se fait l'écho de cet avis. Le fait que la proposition de la Commission fasse " fi de l'absence d'alternatives écologiques et du fait que les alternatives existantes telles que les pyréthroïdes sont plus nuisibles pour les insectes pollinisateurs que les néonicotinoïdes" est une erreur selon lui [RTBF].

Ces arguments n'auront finalement pas prévalus. Au grand plaisir de l'eurodéputé socialiste belge Marc Tarabella, qui y voit "une immense victoire pour les abeilles, pour la biodiversité, mais aussi pour les êtres humains".