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Lancement de satellites Galileo : un "vol historique" pour l'Europe

Revue de presse 18.11.2016

Avec la mise en orbite hier de quatre nouveaux satellites pour le système de navigation Galileo, l'Europe a réussi un coup de maître, estiment de nombreux médias. Un "succès" qui ouvre la voie à de nombreuses innovations et pourrait lui assurer une plus grande indépendance vis-à-vis du concurrent américain GPS. A condition que ce dernier lui laisse le champ libre…

Lancement de la fusée Ariane 5. Photo : ESA

"Coup double ce jeudi 17 novembre pour l’espace européen !", s'exclamait L'Obs hier. Alors que le spationaute français Thomas Pesquet s'envolait depuis Baïkonour (Kazakhstan) vers la Station spatiale internationale à bord d'un vaisseau russe Soyouz, le lanceur européen Ariane 5 mettait en orbite quatre nouveaux satellites pour le système de navigation Galileo.

"Arianespace est ravi de confirmer que les quatre satellites sont dans leur orbite prévue", a ainsi déclaré Stéphane Israël, le PDG d'Arianespace cité par Romandie, depuis le Centre spatial de Kourou, en Guyane. "Les satellites vont rejoindre leurs coéquipiers dans la constellation", a-t-il ajouté.

"Pour son premier lancement destiné à la constellation, la fusée a quitté Kourou, comme prévu à 10H06 heure locale (13H06 heure GMT, 14H06 heure de Paris). Ariane 5 a ensuite voyagé près de quatre heures avant de mettre les satellites en orbite" [Romandie].

Il s'agit d'un "coup d'accélérateur dans le déploiement de ce 'GPS européen'", poursuit Euronews. La "constellation" Galileo sera désormais composée de 18 satellites. A terme, une trentaine de satellites sont prévus à l’horizon 2020, les deux prochains lancements étant fixés pour l'été 2017 et le début de l'année 2018.

"L'avenir de l'indépendance européenne"

Le Figaro qualifie ce lancement de "vol historique", dont le succès "était crucial pour les Européens". "Pour Ariane 5 d'abord : avec ce 75e succès d'affilée, elle bat le record établi par Ariane 4. Elle est la fusée la plus ponctuelle et fiable de la planète. Pour les industriels et le Centre national d'études spatiales (Cnes) ensuite, qui ont réussi à placer quatre satellites au lieu de deux habituellement sous la coiffe d'Ariane 5 (…). Pour l'Europe enfin, qui, avec Galileo, s'affranchit du GPS (Global Positioning System) américain".

Alors que "l'Union européenne est souvent vilipendée ces derniers temps (…), elle n'en obtient pas moins de réelles réussites. Ainsi en va-t-il de l'Europe spatiale, pour qui ce jeudi est une date importante", confirme La Tribune. Comme le notent Les Echos, c'est "l'avenir de l'indépendance européenne dans la navigation" qui est ici en jeu.

Avant d'en arriver là, ce projet lancé par l'UE il y a près de vingt ans aura connu "moult retards et avaries", rappelle BFMTV. "Le dernier gros incident a eu lieu lors du ratage du lancement de deux satellites, placés sur une mauvaise orbite en 2014 par une fusée russe Soyouz. Les lancements n'avaient repris qu'en 2015".

Depuis, Galileo "a fêté son véritable envol : trois tirs de Soyuz réussis, six satellites mis sur la bonne orbite" et enfin "la réussite du lancement par Ariane 5 ES, qui a mis en orbite quatre satellites supplémentaires" [La Tribune].

Des applications multiples

Car ce "projet emblématique de la Commission européenne (…) vise à réduire la dépendance de l'Europe à l'égard du GPS américain, tout en améliorant les services rendus aux utilisateurs grâce à une très grande précision et la datation du signal" [Romandie].

Par rapport à ce dernier, "la constellation Galileo sera plus précise, avec un positionnement au mètre près et une datation de quelques milliardièmes de seconde" [Les Echos]. "A l'heure des objets connectés, cette précision pourrait faire une grande différence, notamment pour la voiture autonome. [Le directeur du Centre national d'études spatiales (Cnes)] Jean-Yves Le Gall a coutume de dire qu'avec le GPS, on sait où est le train, mais qu'avec Galileo, on voit sur quel rail il roule".

Cette précision "améliorera la compréhension du changement climatique, les rendements dans l'agriculture, l'efficacité des opérations de sauvetage, ou l'anticipation des catastrophes naturelles...", note La TribuneAutre atout relevé par BFMTV, le nouveau système de navigation "permettra de dater ce signal, ce qui intéresse les assureurs notamment en cas d'incident à bord d'un véhicule, d'un aéronef ou d'un bateau". Par ailleurs, "un appel de détresse sera 'visible', en temps réel, de n'importe où sur le globe, ce qui n'est pas encore le cas avec les systèmes GPS actuels".

Enfin, continue L'Obs, il serait théoriquement possible "de supprimer dans l’avenir les conducteurs de trains et de tous les guider depuis une station centrale", même si "c’est dans le monde de la voiture intelligente que Galileo sera le plus utile : les autos connectées se déplaceront bien mieux toutes seules si elles savent précisément où sont les obstacles autour d’elles. Le système de guidage complétera les radars qui jouent pour le moment le rôle des yeux".

Une concurrence toujours rude

Bien que Galileo ait pris plus de temps et d'argent qu'initialement prévu, et malgré les vicissitudes économiques de l'Union européenne, celle-ci consacre "un montant de 12 milliards d'euros à l'Europe spatiale sur la période 2014-2020", relève La Tribune. Un investissement qui "a du sens" : selon la Commission européenne, "1 euro investi dans l'espace [rapporterait] 7 euros à l'économie", tandis que pour Jean-Yves Le Gall (Cnes), la part du PIB de l'Union européenne qui "dépend directement des technologies utilisées dans l'industrie spatiale" devrait passer de 6% à 30% d'ici à 2030, cite le journal.

"A condition, bien entendu, que les Américains, piqués au vif, ne continuent pas à améliorer leur GPS et rendent ainsi inutile d’ici 2020 la fameuse promesse de précision qui justifie tout l’édifice de Galileo", met en garde L'Obs. Car à force d'accumuler les retards, le système européen va se développer "dans un monde où existent désormais [outre le GPS] plusieurs concurrents : le Glonass des Russes ou le Beidou des Chinois". De plus, pour que sa précision soit aussi bonne que prévue, "il faudra encore doubler le programme : c’est une constellation de 30 satellites qui est nécessaire, pas une quinzaine comme actuellement" [L'Obs].

Mais d’ici-là, "c’est peut-être l’élection de l’imprédictible Donald Trump qui justifiera le projet initial d’indépendance des Européens", conclut l'hebdomadaire. "Si le président américain décidait de réserver le GPS à ses seuls industriels, alors finalement, le rêve fou et coûteux des Européens deviendrait une des meilleures idées jamais poussées par Bruxelles".

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