Derniers articles publiés

La nomination hautement politique de Luis de Guindos à la vice-présidence de la BCE

Revue de presse 20.02.2018

La décision est plus importante qu'elle n'y paraît. Lundi 19 février, les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) ont choisi l'Espagnol Luis de Guindos pour prendre la vice-présidence de la Banque centrale européenne (BCE) en juin prochain. Un choix très politique qui influencera les futures nominations au directoire de la BCE jusque 2020.

Luis de Guindos

Le ministre des Finances espagnol Luis de Guindos, nommé vice-président de la Banque centrale européenne - Crédits : Aron Urb (EU2017EE)

Sa nomination n'est une surprise pour personne. Seul candidat encore en lice, l’Espagnol Luis de Guindos, actuel ministre des Finances du gouvernement Rajoy, a été choisi par ses 18 homologues de la zone euro pour devenir le nouveau vice-président de la Banque centrale européenne (BCE). Le Monde le souligne : "cette nomination aura une influence déterminante" sur la vie des citoyens européens, "comme sur les politiques économiques menées ces prochaines années au sein de l’union monétaire". La BCE, "dont la mission est de maintenir la stabilité des prix dans la zone euro" [RTBF] est en effet devenue "incontournable dans le pilotage de la politique économique et la gestion des crises" [Challenges].

La BCE

L'Irlandais Philip Lane, "gouverneur de la banque d'Irlande" et "seul concurrent de Luis de Guindos", s'était retiré de la course peu "avant la réunion des ministres" de l'Eurogroupe [Le Figaro]. Même s'il bénéficiait du soutien du Parlement européen, ses chances étaient "minces", l'Espagnol étant quant à lui appuyé par la France et par l'Allemagne [RTBF].

Nomination controversée

Luis de Guindos, "ancien patron de Lehman Brothers Espagne" [Le Figaro], "jouit d'une bonne réputation à Bruxelles" [Le Monde]. Il y est considéré comme "le redresseur de l'économie espagnole grâce à une cure d'austérité sans précédent mise en place avec le Premier ministre Mariano Rajoy" [Le Figaro]. Souvent qualifié en Espagne de "ministre le plus compétent du gouvernement", M. de Guindos se félicite notamment de la "réduction du déficit public et [de] la sortie de la récession fin 2013" [Ouest-France]. En 2017, la croissance espagnole a d'ailleurs atteint un niveau de 3,1%.

Malgré ces résultats, la nomination de Luis de Guindos "fait grincer des dents", à la fois dans son pays et au sein du Parlement européen [Le Point]. Le quotidien espagnol El Pais souligne ainsi que si "l'Espagne est souvent utilisée comme exemple par l'Allemagne" pour défendre les politiques d'austérité, c'est oublier que "l'économie espagnole cumule de graves déséquilibres" : "surendettement", "chômage" et "indicateurs sociaux très négatifs". A l'annonce de sa nomination, "le parti de gauche radicale Podemos" a même été jusqu'à qualifier M. de Guindos de "meilleur serviteur des vautours financiers" [Ouest-France].

Au Parlement européen, on regrette surtout "de voir un politique nommé numéro 2" de la BCE [Le Point]. "Jamais un ministre n'est passé directement d'un gouvernement à la direction de la banque européenne", rappelle d'ailleurs El Pais. L'eurodéputée française Pervenche Berès craint ainsi que sa désignation ne crée "un conflit d'intérêt et sape l'indépendance de la gouvernance de la BCE" [Le Point]. C'est justement pour cette raison que les députés européens de la "commission des Affaires économiques et monétaires" avaient soutenu la candidature de l'Irlandais Philip Lane, l'estimant "plus convaincant[e]" [Le Monde].

Choix politique

La nomination de Luis de Guindos marque par ailleurs l'ouverture du "grand mercato qui va secouer Bruxelles et Francfort d'ici à la fin 2019" [Challenges]. En effet, jusque 2020, "pas moins de quatre des six membres du directoire, l’organe exécutif de la BCE, seront remplacés" y compris l'actuel président Mario Draghi. Le seul critère figurant dans les traités pour l'accession des candidats à ces postes clés est leur "autorité et expérience professionnelle dans le domaine monétaire ou bancaire" [Le Monde].

Pourtant, au-delà de la "stricte compétence des candidats", c'est "davantage [leur] nationalité" et  "la sensibilité des États" qui détermine ces choix [Le Figaro]. "Selon une règle non écrite, quand le patron [de la BCE] vient du Nord, son adjoint est issu du Sud", et réciproquement [Challenges]. Cette nomination est donc "cruciale", puisqu'elle "déterminera en partie toutes les autres" [Le Monde].

Le retrait de Philip Lane augmente les chances de voir un Européen du Nord succéder à la présidence de la BCE. C'est pour l'instant le nom "du gouverneur de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann" qui est le plus souvent cité [Challenges]. Bien entendu, "les concurrents ne manquent pas, tel [l'actuel gouverneur de la Banque de France], François Villeroy de Galhau". Mais "pas sûr (…) qu'il ait ses chances" [Challenges], car "la répartition des nationalités pour les autres postes importants à pourvoir en 2019 - la présidence de la Commission européenne, celle du Conseil européen et celle du Parlement européen" [Le Figaro] doit également être équilibrée.

Impossible donc de prédire à l'avance qui sera nommé. D'une part parce que les "'petits pays', qui se sentent laissés pour compte" comptent bien peser dans la balance. En témoigne par exemple cet avertissement d'un ministre des Finances : "entre Baltes et Scandinaves, nous formons un groupe décidé à résister à la bande des quatre : France, Allemagne, Espagne et Italie". D'autre part parce que Parlement européen aimerait voir "des profils qui renforcent la 'démocratisation de l'Europe'", passant notamment par une "féminisation". En effet, le directoire ne compte aujourd'hui qu'une femme, "l'Allemande Sabine Lautenschläger, spécialiste de la supervision" [Challenges].

Mardi 20 février, la décision doit encore être "validée formellement" par les "28 ministres des Finances de l'UE". La recommandation sera ensuite adoptée "par les chefs d'États et de gouvernement", lors d'une réunion informelle les "22 et 23 mars prochains" [La Tribune].