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La Hongrie prévoit la détention de tous les demandeurs d'asile

Revue de presse 09.03.2017

Mardi 7 mars, le Parlement hongrois a voté à une majorité écrasante un projet de loi rétablissant la détention systématique de tous les demandeurs d'asile présents sur le territoire. Une décision contraire au droit européen, qui alerte Bruxelles et les ONG.

Parlement hongrois

Le rétablissement d'une mesure jugée profondément préoccupante

"Enfermés d'office. C'est ce qui attend désormais tous les migrants qui vont passer par la Hongrie", annonce France info. Le Parlement hongrois a voté avant-hier, par 138 voix contre 6 et 22 abstentions, un projet de loi visant à détenir dans "des conteneurs aménagés" tous les demandeurs d'asile, "y compris les mineurs isolés de plus de 14 ans" [RFI]. Une mesure que la Hongrie avait déjà prise auparavant, mais qu'elle avait abrogée en 2013 sous "la pression notamment de l’UE, du Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) et de la Cour européenne des droits de l’homme", rappelle Le Monde.

Le texte prévoit "des zones de transit", dans lesquelles seront placés les migrants aux frontières avec la Croatie et la Serbie, dans l'attente d'une décision définitive concernant leur demande d'asile, explique le journal. "Il leur sera possible de quitter les lieux s’ils retournent dans le pays par lequel ils sont arrivés".

Le sort des migrants inquiète Bruxelles et les ONG

A Bruxelles, les députés ont exprimé leur désaccord et "réclament un débat lors de la prochaine session plénière" [Euronews]. Le groupe des Verts demande également à la Commission européenne de "lancer une procédure d'infraction", poursuit la chaîne d'information. Les socialistes et démocrates européens appellent quant à eux le Parti populaire européen "à exclure de ses rangs le Fidesz, le parti du Premier ministre Viktor Orban" [RFI]. Selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), "placer en détention une personne dans le but de lui refuser l’entrée sur le territoire ou de la renvoyer (dans son pays d’origine) doit être une mesure de dernier recours, uniquement si des alternatives moins coercitives ne peuvent être utilisées", rappelle Nils Muiznieks, commissaire aux  droits de l'homme interrogé par Le Monde.

Une décision qui reflète néanmoins la dureté des conditions de vie des migrants en Hongrie. "Les migrants qui tentent d'entrer en Hongrie sont systématiquement molestés par des policiers hongrois et témoignent de coups, d'usage de gaz lacrymogène, de chiens ou de chaussures confisquées en plein hiver", déclare Christophe Stokes, directeur général de Médecin Sans Frontières [L'Express]. Des accusations auxquelles le porte-parole du gouvernement hongrois a répondu : "Les policiers et les soldats hongrois protègent en toute légalité les frontières de l'espace Schengen et respectent les réglementations européenne et hongroise". En effet, Viktor Orban a justifié sa décision par le danger que représente à ses yeux l'immigration [France info]. The Guardian, cité par Libération, affirme que M. Orban "considère les migrants, dont la plupart sont de confession musulmane, comme un péril mortel pour l’identité et la culture chrétiennes de l’Europe".

Une décision qui va à l'encontre du droit européen

L'adoption de cette loi qui viole toutes les conventions internationales a mené le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, à se rendre à Budapest pour une "discussion sérieuse" [Le Monde]. Une visite qui pourrait avoir lieu en fin de semaine prochaine, avant de "réexaminer le sujet à la lumière d’une évaluation juridique" [Libération].

RFI souligne cependant le "poids politique réduit" de la Commission européenne en Europe centrale et orientale, rappelant les difficultés de l'exécutif à "faire revenir la Pologne sur des décisions très controversées en matière entre autres d’indépendance de la justice".

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