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La Grèce toujours face à une double crise

Revue de presse 18.04.2016

La visite du pape François samedi sur l'île de Lesbos a une nouvelle fois rappelé la situation d'urgence qui règne en mer Egée mais également en Grèce continentale à propos de la crise des migrants. Si c'est cette actualité qui fait la une des médias ces derniers mois, la crise économique est toujours là, et les Grecs doivent vivre au rythme des négociations compliquées entre Athènes et ses créanciers.

Athènes

Pas de plan d'aide sans réformes

"Une crise peut en cacher une autre" rappelle l'envoyée spéciale en Grèce de Libération, qui consacre un reportage sur la crise économique et sociale du pays. Ce lundi, Athènes voit le retour des représentants du FMI sur la table des discussions autour des nécessaires réformes du pays.  

Le quotidien propose un rappel des faits : "en juillet, après six mois de bras de fer avec les créanciers du pays, le gouvernement d’Alexis Tsípras, élu en janvier, renonçait à 90 % de son programme électoral et capitulait en acceptant un 'mémorandum' : une nouvelle cure de rigueur pour son pays". Contre cet effort, le gouvernement grec a obtenu un plan d'aide de 86 milliards d'euros sur trois ans, dont la signature est intervenue en août. "Depuis ? Rien". Le premier versement reste en effet conditionné à la validation de nouvelles réformes, rendue complexe par les désaccords constants entre Athènes et ses créanciers.

Toutefois le gouvernement grec a récemment haussé le ton : "le gouvernement est souverain et c’est à lui que revient la décision sur la manière de réaliser les objectifs du mémorandum" a martelé le ministre des Finances Euclide Tsakalotos. Sans attendre le feu vert obligatoire des créanciers, il souhaite présenter au Parlement deux réformes, sur la fiscalité et les retraites. C'est aller contre l'accord passé en août dernier, "qui place de facto le pays sous tutelle, en imposant l’approbation de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du FMI avant d’engager toute action relative à la réalisation des objectifs de réformes économiques".

Le FMI réclame encore plus d'efforts, entre autre de nouvelles coupes dans les retraites ou la baisse du seuil des non-imposables. "Les Grecs sont désabusés et vivent au jour le jour", affirme le serveur d’un bar du centre-ville. "Ce qui est problématique" écrit l'éditorialiste d'un journal local, "ce n’est pas tant que les créanciers nous ont contraints à subir de tels chocs, c’est qu’à chaque nouvelle catastrophe, ils nous ont contraints à prendre des mesures encore plus dures.» Avant de conclure : "finalement, il y a pire que la crise : les tentatives des créanciers pour te sauver".

Les ministres européens optimistes, le FMI et l'UE prudents

Pendant ce temps, les ministres des Finances européens se sont retrouvés lors des réunions de printemps du FMI, relatent Les Echos. Michel Sapin et son homologue Wolfgang Schäuble se sont montrés d'un étonnant optimisme. "Un accord devrait être trouvé  dans les jours qui viennent" a indiqué le Français."Nous avons mis à profit la présence à Washington de beaucoup de responsables politiques et financiers pour avancer dans le bon sens".

De son côté M. Schäuble a estimé qu'un accord pourrait être trouvé avant la réunion informelle de l'Ecofin et de l'Eurogroupe à Amsterdam, les 22 et 23 avril prochains. "Je suis tout à fait sûr que nous ne serons pas confrontés à une crise grecque cette année" a-t-il conclu [Die Presse].

Pour Pierre Moscovici,  "des progrès ont été faits ces derniers jours et nous partageons tous la volonté d’aboutir à une solution équilibrée et positive. Mais il reste du travail à faire sur les réformes pour pouvoir clore la revue du programme grec" [Les Echos]. De son côté Christine Lagarde a admis que tout n'était pas gagné : "Il y a beaucoup de travail à faire, donc ne vous attendez pas à des résultats immédiats parce que ce genre de choses prend du temps".

L'autre crise : le pape François ramène des migrants au Vatican

Loin des négociations de créanciers dans les hôtels d'Athènes, de l'autre côté de la mer Egée, le pape François était samedi sur l'île de Lesbos, symbole de la crise des migrants et de "la porte close" de l'Europe depuis l'accord UE-Turquie, annonce La Croix. François était en visite éclair aux côtés du Patriarche de Constantinople Bartholomée et de l'archevêque d'Athènes. "Nous avons salué environ 300 [migrants], un par un. Il y avait tant d'enfants : quelques-uns de ces enfants ont assisté à la mort de leurs parents, de leurs amis, noyés en mer" [Le Point].

Le souverain pontife s'est également exprimé sur les politiques migratoires européennes. "L’Europe est la patrie des droits humains et quiconque pose le pied en terre européenne devrait pouvoir en faire l’expérience ; ainsi il se rendra plus conscient de devoir à son tour les respecter et les défendre". Peu importe que cette personne soit réfugiée de guerre ou migrant économique, pour le pape ­François. Dans les deux cas, il s’agit de "victimes de l’exploitation", que celle-ci soit "de la terre" ou résulte du "trafic d’armes" [Le Point].

Le pape a joint le geste à la parole, puisqu'il a ramené dans son avion trois familles syriennes musulmanes, soit douze personnes, qui seront confiées à la communauté de Sant’Egidio, qui les hébergera pour l’heure avec d’autres réfugiés syriens".

"Nous allons nous occuper de leur trouver un logement, fournir des cours de langue et une insertion par le travail ", a précisé dimanche le président de Sant’Egidio, Marco Impagliazzo, à La Croix.

"Pour être vraiment solidaire avec celui qui est contraint de fuir sa propre terre, il faut travailler pour supprimer les causes de cette dramatique réalité. Il faut développer des politiques de longue haleine, qui ne soient pas unilatérales" a ajouté le pape François.

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