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La Grèce, objet de toutes les passions

Revue de presse 30.06.2015

Depuis l’annonce du référendum sur le programme de ses créanciers, la Grèce s'est hissée au summum des préoccupations médiatiques. Sans se contenter de relater les faits, chaque rédaction y va de son opinion et de son analyse sur cette décision d'Alexis Tsipras que certains qualifient de "chantage", d'autres de résistance héroïque.

La Grèce et la zone euro

A propos de la crise grecque, une seule chose est a peu près sûre aujourd’hui : le pays ne paiera pas 1,6 milliard d’euros qu’il doit au Fonds monétaire international (FMI). Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a déclaré : "Demain, nous ne rembourserons pas le FMI, mais le soleil se lèvera comme d’habitude après-demain, nous aurons de l’oxygène, nous survivrons" [Euronews]. La Grèce sera donc ce soir en situation de défaut de paiement.

Depuis l’annonce d’un référendum en Grèce, M. Tsipras a décidé de militer en faveur d’un "non" au programme proposé par les créanciers. Un tel résultat permettrait ainsi selon lui d’être "mieux armé" [Le Monde] pour poursuivre les négociations face à la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI.

De leur côté, Les Echos rapportent la position des créanciers qui "exhortent les Grecs au 'oui'". Le journal cite ainsi plusieurs dirigeants européens, dont le président du Conseil italien Matteo Renzi qui a en effet tweeté : "le réferendum grec n’est pas un match entre la Commission européenne et Tsipras, mais un choix entre l’euro et la drachme", tandis que le président français François Hollande a déclaré que l’enjeu "est de savoir si les Grecs veulent rester dans la zone euro ou s’ils prennent le risque d’en sortir".

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’est lui aussi exprimé en faveur d’un "oui" à ce référendum. Il invite les Grecs à ne "pas se suicider parce qu'on a peur de la mort", ajoutant qu’"un non voudrait dire que la Grèce dit non à l’Europe".

Dans ce conflit, chacun assure que l’autre ment. D’un côté, le Premier ministre grec affirme que "tous les Grecs ont aujourd’hui compris que nous avons fait tout ce qui était humainement possible pour arriver à un accord mais en face, [les créanciers] ne voulaient que nous imposer leurs conditions". De l’autre côté, M. Juncker se dit "déçu au niveau politique et sur le plan personnel", assure avoir "tout fait" et "vraiment remué des montagnes jusqu'à la dernière minute, jusqu'à ce que les Grecs ferment la porte [aux négociations]" [La Tribune]. Il veut convaincre les Grecs que le programme des créanciers "n'est pas un paquet d'austérité stupide" et qu’il ne comporte ni coupes des salaires, ni coupes dans les retraites.

Dans Le Monde, M. Tsipras tente de rassurer ses citoyens en assurant que ce référendum ne porte pas sur l’appartenance de la Grèce à la zone euro et dénonce la campagne "d’intimidation" des créanciers sur un éventuel 'Grexit' : "Je ne pense pas que leur intention soit de pousser la Grèce hors de l'euro mais de mettre fin aux espoirs qu'il puisse y avoir une politique différente en Europe". Il estime qu’une sortie grecque de la zone euro aurait un coût si élevé que l’Union européenne ne laissera jamais cette éventualité se concrétiser.

Le Figaro juge aussi que "les créanciers comptent sur la peur du Grexit, la sortie de l'euro, pour pousser les électeurs à désavouer leur Premier ministre".

L’Humanité partage cette vision des choses et titre que "les créanciers jouent sur la peur" en "[semant] la panique afin de peser sur le vote grec".

Pourtant, force est de constater que le Grexit est de plus en plus envisagé. Un membre du directoire de la BCE a d’ailleurs déclaré aux Echos : "La sortie de la Grèce de la zone euro, qui était un objet théorique, ne peut malheureusement plus être exclue". Et selon Le Monde, "un Grexit ne serait pas forcément une catastrophe [pour Berlin]".

Le Figaro évoque un "avant-goût du Grexit", tandis que Jean Quatremer estime dans Libération que "l’UE indique la sortie à Tsipras" et que "plus rien ne semble pouvoir empêcher un 'Grexit'".

Néanmoins, de nombreuses personnalités européennes ont assuré vouloir continuer les négociations, comme la chancelière allemande Angela Merkel citée par Euronews : "Si le gouvernement grec veut de nouvelles discussions après le référendum nous ne dirons bien sûr pas non à des négociations". Ou encore François Hollande qui appelle à "tout faire" pour parvenir à un "compromis" [Libération]. Mais également le président du Parlement, qui selon Le Point appelle à la relance des négociations dès ce soir, ainsi que le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, qui a décidé de laisser "la porte ouverte".

La presse française est profondément divisée sur le sujet.

Le site Slate reflète les désaccords profonds des différents observateurs avec d’un côté, Jean-Marie Colombani qui dénonce "l’imposture Tsipras" et de l’autre, Philippe Legrain qui voit en la Grèce la "victime d’un chantage".

Une partie des médias est donc intransigeante vis-à-vis du gouvernement grec. Dans L’Opinion, Luc de Barochez dénonce les "maîtres chanteurs [grecs]" face à qui "seule la fermeté paye".

Dans un éditorial pour Le Figaro, Jacques-Olivier Martin écrit : "cette tragédie qui tire en longueur tient au fait que la Grèce n’a jamais eu sa place dans la zone euro".

À l’inverse, certaines voix viennent prendre la défense de la Grèce: Romaric Godin de La Tribune estime que la position de l’UE sur ce référendum "pose problème" car elle constitue "une ingérence dans la vie politique d'un Etat membre" qui risque de radicaliser la population grecque.

Pascal Riché de L’Obs critique fermement l’"acharnement" des créanciers qui, "par dogmatisme ou par lâcheté", "continuent d'exiger toujours plus d’austérité" "au risque de tout faire exploser".

Libération souligne par ailleurs le soutien de deux économistes ayant tous deux reçu le prix Nobel d’économie : Joseph Stiglitz (qui ne manque pas au passage de dénoncer l’illégitimité démocratique de la zone euro) et Paul Krugman ont en effet déclaré qu’ils voteraient "non" à ce référendum s’ils le pouvaient, car ils pensent qu’"un 'oui' signifierait une dépression presque sans fin, peut-être un pays appauvri" par "une politique d’austérité sauvage".

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