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La Grèce gronde contre Tsipras

Revue de presse 24.06.2015

Alors que le gouvernement grec semble avoir trouvé un accord avec ses créanciers, certaines personnalités politiques hellènes s’insurgent contre un compromis axé sur l’austérité. De nombreux médias français se tournent alors vers les citoyens grecs pour les sonder sur la situation économique et politique actuelle.

Manifestation contre anti-austérité à Athènes

Il semblerait bien qu’après des mois d’âpres négociations et quelques sueurs froides sur la capacité de la Grèce à rembourser ses dettes, Athènes ait enfin trouvé un accord avec ses créanciers sur les réformes que le pays devait mener en échange d’une aide financière.

Euronews cite en effet une déclaration  faite hier par le ministre de l’Economie Giorgos Stathakis : "Nous sommes aujourd’hui en mesure de dire que nous sommes parvenus à un accord qui devrait permettre à l‘économie grecque de renouer avec la croissance" même si, pour le moment, "rien n’est officiel", précise le site d’information.

Si le ciel grec semble aujourd’hui radieux, quelques nuages viennent déjà assombrir le paysage : Euronews rappelle en effet qu’il faudra "faire avaler la pilule" de cet accord aux députés du parti au pouvoir Syriza. L’accord conclu entre la Grèce et ses créanciers devra en effet impérativement faire l'objet d'un vote par les députés hellènes.

Comme le note L’Opinion, l’accord auquel est parvenu le Premier ministre grec Alexis Tsipras comporte de nombreuses concessions faites par le gouvernement grec au Fonds monétaire international, à la Banque centrale européenne et à l’Eurogroupe. Le chef du gouvernement grec n’est pas parvenu à imposer totalement sa ligne d’exigences auprès des créanciers européens et internationaux.

Seul L’Humanité nie cette version des faits et dénonce une opération de communication des eurocrates, soucieux de "mettre à genou le peuple hellène", qui voudrait faire croire que Tsipras "a plié" sous leur pression. Le journal considère qu’au contraire, "Alexis Tsipras a tenu ferme sur des exigences qui constituaient autant de lignes rouges à ne pas dépasser, comme le refus d’augmenter la TVA sur les produits de première nécessité ou de l’énergie", ajoutant que le dossier des retraites "reste explosif".

Mais même si le ministre grec de l'Intérieur Georges Katrougalos le nie dans un entretien avec La Tribune, beaucoup voient dans ce compromis un retour à l’austérité.

Les Echos nuancent toutefois ce préjugé et précisent que "les négociateurs grecs ont essayé d’épargner les classes moyennes et les retraités" et "l’effort fiscal devrait peser sur les ménages les plus riches et sur les entreprises". Malgré tout, avec un programme de réformes comprenant essentiellement "des hausses de taxes et de contributions sociales", le journal estime que le programme budgétaire grec semble plutôt récessif et ne devrait pas encourager la croissance.

Et les mécontents ont déjà commencé à se faire entendre : le président adjoint du Parlement grec a déclaré que la Grèce a "échoué dans ces négociations".

Pour Le Figaro, la classe politique grecque "se déchire". Des frondeurs s’organisent au Parlement grec et menacent de voter contre cet accord qui, selon eux, "ne fera qu’affaiblir la population". Par ailleurs, certains observateurs grecs craignent que les créanciers ne se contentent pas de cet accord et "en veulent toujours plus et en demandent encore plus".

Or, toute la presse prévient que si l’accord est rejeté par le Parlement grec, cela marquera la chute d’Alexis Tsipras et probablement de son parti.

Pourtant, le politologue Vassilis Daskalopoulos interrogé par Le Figaro ne croit pas à cette possibilité : "Il n'y a pas de parti assez fort qui puisse prendre le pouvoir à la place de Tsipras à l'heure actuelle. L'accord pourra donc peut-être être adopté".

Du côté des citoyens, La Tribune observe une certaine "morosité" et, plus surprenant, un "grand calme" à Athènes, où, loin de se ruer sur les distributeurs automatiques pour retirer leurs économies, "chacun vaque à ses occupations". Une impassibilité qui s’explique sans doute selon Romaric Godin par l’habitude après cinq années de récession, mais qui n’empêche pas pour autant les Grecs d’être inquiets.

Aline Leclerc, envoyée spéciale à Athènes pour Le Monde, évoque de son côté les "tensions" exacerbées par la crise économique : "le secteur privé critique des fonctionnaires 'privilégiés' les salariés s’opposent aux professions libérales".

Enfin, Libération s’est glissé dans une manifestation pro-européenne aux portes du Parlement grec. Des manifestants visiblement issus de la bourgeoisie qui craignent de "retomber dans le stalinisme" à cause de l’actuel gouvernement et qui disent "non à l’austérité".

Le journal dépeint un peuple grec pétri de contradictions qui soutient l’Europe, mais a les mêmes exigences que leur Premier ministre : "C’est compliqué. On veut l’Europe mais il faut aussi un allégement de la dette. Les gens ont trop souffert dans ce pays".

Alexis Tsipras n’est vraisemblablement pas au bout de ses peines, puisque – et c’est un Grec qui le dit – : "Gouverner la Grèce, c’est comme gérer un asile de fous".

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