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La Commission dévoile ses prévisions économiques pour les pays de la zone euro

Revue de presse 12.05.2017

Jeudi 11 mai, à Bruxelles, la Commission européenne a annoncé ses prévisions économiques du printemps pour les pays membres de la zone euro. Malgré des chiffres encourageants pour l'ensemble de la zone, de grandes disparités entre les pays demeurent. La France, en particulier, est pointée du doigt pour son déficit jugé excessif.

Pierre Moscovici

Des perspectives économiques positives pour la zone euro

"Bonne nouvelle, l’économie de la zone euro rentre dans sa cinquième année de croissance ininterrompue", s’est exclamé le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, au début de sa présentation des prévisions économiques des pays de la zone euro [FranceInfo]. "C’est une première, nous prévoyons que tous les pays de l’UE, sans la moindre exception, connaîtront la croissance, à la fois cette année mais aussi en 2018", a-t-il poursuivi [Ouest France].

En effet, la croissance économique dans la zone euro devrait "rester stable, à un niveau que je qualifierais de relativement satisfaisant [1,7% en 2017 et 1,8% en 2018], sans pour autant accélérer comme on pourrait l’espérer", a annoncé l'ex-ministre de l'Economie et des Finances français. Et cela malgré "la politique économique et commerciale" des États-Unis, "le programme d’ajustement économique de la Chine" ou encore "les négociations à venir avec le Royaume-Uni sur la sortie du pays de l’Union européenne", énumère Ouest France.

Dans les 19 pays de la zone euro, le chômage devrait redescendre à 9,4 % en 2017 et 8,9 % en 2018 après avoir atteint 10 % en 2016. "Enfin, le niveau de l’inflation a été légèrement revu à la baisse, la Commission anticipant un taux de 1,6 % en 2017 et de 1,3 % en 2018" [Ouest France].

"Derrière cette embellie, une dynamique mondiale porteuse et un environnement monétaire accommodant", estiment Les Echos. Les élections néerlandaises puis françaises ont également permis de nouveaux espoirs : "avoir des gouvernements pro-européens est un facteur majeur de confiance", a concédé Pierre Moscovici.  

De grandes disparités entre les pays demeurent

Le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis, connu pour sa ligne plus orthodoxe, a quant à lui rappelé la grande diversité des cas de figure que cachent ces chiffres agrégés, notent Les Echos. Il estime que "les meilleures performances sont enregistrées dans les économies qui ont mis en œuvre des réformes structurelles plus ambitieuses".

Certains pays sont de fait dans une dynamique vertueuse. Les Allemands voient par exemple leurs dettes se résorber, passant de 77% du PIB en 2013 à 66% cette année [Les Echos]. Les prévisions pour l'Espagne, qui a entrepris d'importantes réformes, sont également revues à la hausse pour 2017 (2,8%) et 2018 (2,4%). Le Royaume-Uni, malgré la perspective du Brexit, a vu lui aussi ses prévisions relevées à 1,8 % pour 2017 et 1,3 % pour 2018 [Ouest France].

D'autres pays, au contraire, se retrouvent sur le banc des "mauvais élèves". La Grèce, "après les inquiétudes autour de la poursuite du troisième plan de sauvetage et des doutes soulevés par le FMI sur les réformes budgétaires du pays", a connu une "faible performance économique" pour le dernier trimestre 2016. Ses chiffres ont donc été revus à la baisse. "La Commission table sur une croissance de 2,1% en 2017 et de 2,5% en 2018. Alors que le 13 février, lors de ses précédentes prévisions, la Commission s'attendait à une croissance de 2,7% en 2017 et de 3,1% en 2018", rapporte FranceInfo. Pourtant, fin avril, le pays avait "déclaré avoir pu dégager un excédent budgétaire primaire (hors paiement des intérêts de la dette) de 3,9% pour l’année 2016, soit près de huit fois supérieur à l’objectif qui lui avait été assigné", rappelle la chaîne d'information.  

La France voit ses prévisions revues à la baisse

"Emmanuel Macron, qui s'était auto-proclamé candidat de la bienveillance, peut se féliciter que ce concept ait contaminé la Commission européenne", ironisent Les Echos. En effet, même si la Commission ne voit plus le déficit public français repasser sous la barre fatidique des 3 % de PIB [Le Point], Pierre Moscovici se veut encourageant. "Mon message n'est pas un message de pression, en aucun cas un message de sanction, c'est un message de confiance et de bienvenue", a-t-il insisté [L'Expansion].

Pourtant, Paris avait promis de ramener le déficit à 2,8 % du PIB, "ce qui l'aurait fait sortir de la procédure pour déficit excessif dans laquelle la France est engluée depuis 2009" [Le Point]. La France reste "un des rares membres de la zone euro, avec la Grèce, l’Espagne et le Portugal, à faire l’objet d'une surveillance rapprochée des institutions. L’an prochain, elle risque de se retrouver bonne dernière", analyse Le Monde.

La Commission souhaite cependant échapper à tout alarmisme. "Nous sommes en mai, tout est jouable : le redressement des comptes et la sortie de la procédure de déficit excessif en 2017" a ainsi affirmé Pierre Moscovici. Quant à 2018, "avec un effort minime, il peut y avoir un passage durable sous les 3%, c'est jouable", a-t-il jugé [Les Echos].

Le nouveau président français, Emmanuel Macron, s'est engagé à respecter l'objectif d'un déficit en dessous de 3 % tout au long de son mandat [Le Point]. Il devra pour cela trouver rapidement des économies. "Une gageure, alors que plusieurs mesures annoncées pendant la campagne (suppression d'une partie de l'ISF, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse de l'impôt sur les sociétés, début de la suppression de la taxe d'habitation, prélèvement forfaitaire sur les revenus du capital) vont peser sur les comptes", estiment Les Echos.

"Le nouveau président pourra néanmoins peut-être compter sur un coup de pouce de l'activité". La Commission prévoit ainsi une accélération de la croissance en 2018 à +1,7 %, contre +1,4 % cette année, notent Les Echos. Il pourra également compter sur la bienveillance de l'institution. "Donnons-lui sa chance", a lancé Pierre Moscovici lors de la conférence de presse, estimant qu'Emmanuel Macron "connaissait bien les règles européennes" [L'Expansion]. Cette bienveillance sera-t-elle suffisante pour arracher un nouveau délai à la Commission, comme en 2015 ? "Cela paraît illusoire", tranche Le Monde.