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L'extrême droite européenne réunie à Coblence (Allemagne) autour du rejet de l'Europe

Revue de presse 23.01.2017

Galvanisés par le Brexit et la victoire de Donald Trump, les partis d'extrême-droite européens (dont le Front national de Marine Le Pen) se sont réunis au palais des Congrès de Coblence en Allemagne pour célébrer ce qu'ils estiment être une nouvelle ère, en accord avec leurs idées. En phase sur le rejet de l'UE, de l'immigration et de l'islam, ils espèrent que ces thèmes les conduiront au pouvoir, au cours d'une année électorale particulièrement chargée en Europe.

Marine Le Pen

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C'est à l'initiative de Marcus Pretzell, eurodéputé allemand appartenant à l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) que ce rassemblement des extrêmes droites européennes a eu lieu, samedi 21 janvier, à Coblence en Allemagne [Les Echos].

"2016 a été l'année où le monde anglo-saxon s'est réveillé. 2017 sera, j'en suis sûre, l'année du réveil des peuples de l'Europe continentale", a estimé Marine Le Pen dans son discours devant ses alliés européens. La dirigeante du Front national faisant ainsi référence à la sortie du Royaume-Uni de l'UE, à l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, et à l'année électorale qui se prépare en Europe (législatives aux Pays-Bas et en Allemagne, présidentielle en France, probables législatives anticipées en Italie) [Le Figaro].

"'Nation', 'maîtrise des frontières', 'défense des peuples', 'patriotisme', 'souveraineté', 'défense de l’identité nationale'… 'Ces grandes idées sont portées en Europe et au-delà de l’Europe. (…) C’est au nom de ce pack d’idées que M. Trump a été élu et investi hier'", a également affirmé Marine Le Pen, rapporte Le Monde.

Un tel rassemblement est une première pour ces partis, relate Le Figaro. "Cette rencontre entre Frauke Petry, l'anti-Merkel allemande, et Marine Le Pen augure d'une nouvelle force au sein de l'Europe", considère Edouard Ferrand, eurodéputé FN, interrogé par le quotidien. Pour le député européen, "il s'agit de 'poser les bases d'une autre Europe' et d'une conception 'patriotique' du couple franco-allemand".

Scepticisme quant à l'unité réelle des partis présents

Si à Coblence, "c’était à qui trouverait la formule la plus percutante contre les bêtes noires de l’extrême droite européenne", l'unité des partis europhobes affichée lors de la réunion est loin d'être une évidence, estime Libération. L'immigration et l'islam font partie des positions communes de l'ensemble de ces partis, comme en attestent les déclarations des leaders de chaque formation politique, citées par le quotidien.

Pour Marine Le Pen, "Ce ne sont pas les Allemands qui veulent l’accueil des migrants, c’est le grand patronat allemand ; ce ne sont pas les Français qui veulent supprimer les frontières, c’est le grand patronat français". Même discours anti-immigration de la part de Matteo Salvini, chef de la Ligue du Nord (Italie) : "Des peuples entiers sont remplacés sans scrupule par une immigration qui n’a rien à voir avec la solidarité". Geert Wilders, leader du Parti pour la liberté néerlandais, a dénoncé le danger que représente selon lui l'islam, au diapason des autres participants : "Dix à vingt pour cent des musulmans sont prêts à défendre l’islam par la force [aux Pays-Bas]", a-t-il déclaré [Libération].

Une unité qui peine néanmoins à convaincre, notamment au niveau européen. Elmar Brok, président de la commission des Affaires étrangères au Parlement européen, interviewé par le quotidien britannique The Financial Times, considère ainsi que des dirigeants tels que Marine Le Pen et Geert Wilders "n'ont rien en commun à part leur nationalisme et leur haine de l'Europe et de la démocratie libérale". Et d'ajouter que s'ils parvenaient à détruire l'Europe, "ils se sauteraient à la gorge de nouveau".

Une opinion partagée par le quotidien allemand Deutsche Welle dans sa version anglophone, pour qui la réunion de Coblence peut se résumer à "un groupe de dirigeants nationalistes et eurosceptiques se rencontrant pour discuter de la seule chose qui les unit : l'Union européenne et, plus spécifiquement, leur désir de la quitter".

Les dissensions étaient en effet profondes entre les participants. Notamment en ce qui concerne l'euro. Marine Le Pen a ainsi mis de l'eau dans son vin à propos de la monnaie unique : "Je ne dis pas qu’il faille pour chaque pays quitter la zone euro, c’est un choix souverain. Mais il faut laisser à chacun, s’il le souhaite, la possibilité d’en sortir", a-t-elle affirmé [Le Monde]. "Le mot d’ordre du 'chacun maître chez soi' a permis aux participants, unis dans leur dénonciation de l’immigration, de mettre sous couvert leurs divergences programmatiques", analyse le journal.