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L’économie européenne en bonne santé mais soumise à de nouveaux risques

Revue de presse 04.05.2018

La Commission européenne a dévoilé jeudi 3 mai ses prévisions économiques de printemps. Le document met en avant la bonne santé de l'économie européenne, malgré le ralentissement du début d'année. Les risques du protectionnisme américain et la fin de la procédure pour déficit excessif pour la France sont également évoqués.

Pierre Moscovici

Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, présente les prévisions de printemps de la Commission européenne, le 3 mai 2018. Photo : Jennifer Jacquemart © Union Européenne

Après avoir dévoilé son projet de budget 2021-2027 cette semaine, la Commission européenne a publié hier ses prévisions de printemps pour la croissance intérieure. Sous-titré "L’expansion devrait se poursuivre malgré l’apparition de nouveaux risques", le document a été présenté jeudi 3 mai par le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici.

L'économie européenne "en bonne santé"

M. Moscovici s'est félicité d'une "économie européenne en bonne santé". "Grâce aux efforts des gouvernements, des citoyens et des entreprises, tous les indicateurs clignotent actuellement au vert. L'Europe a finalement tourné la page sur l'ère de la crise et connaît des taux de croissance et de chômage comparables à ceux d'il y a dix ans", a-t-il ainsi déclaré [Euronews].

Plus précisément, la Commission table sur une croissance de 2,3% dans la zone euro en 2018, puis 2% en 2019, rapporte Le Monde. Mais pour le quotidien, ce sont les annonces sur l'emploi qui constituent la "meilleure nouvelle" : "le taux de chômage de l’UE devrait tomber de 7,6% en 2017 à 7,1% cette année, puis à 6,7% en 2019". Au sein de la zone euro, "il devrait passer de 9,1% en 2017 à 8,4% en 2018 puis 7,9% en 2019". La Tribune apporte toutefois quelques nuances : "pour l'ensemble de l'UE, le sous-emploi persiste". Ainsi, dans des pays "où le chômage est relativement faible, 'certains postes vacants sont déjà plus difficiles à pourvoir". L'hebdomadaire économique français souligne également que "'les écarts de chômage au sein du Vieux continent sont encore très visibles". D'après les chiffres donnés par Le Monde, les taux de chômage enregistrés peuvent en effet s'élever jusqu'à 20,1% en Grèce, contre 3,6% en Allemagne ou 2,3% en République tchèque.

Concernant l'inflation, La Tribune indique que "les prix à la consommation devraient légèrement accélérer au cours de l'année sous l'effet de la remontée des prix du pétrole". L'inflation dans la zone euro "devrait se maintenir en 2018 au même niveau qu'en 2017, soit 1,5% et passer à 1,6% en 2019". Quant aux finances publiques, elles ont considérablement été assainies. "Cette année devrait être la première, depuis la création de l’Union économique et monétaire, où aucun gouvernement n’aura à gérer de déficit budgétaire supérieur à 3% du PIB", a ainsi souligné la Commission [Le Monde].

Ralentissement de la croissance

En comparaison des prévisions intermédiaires présentées en février, l'optimisme "est [cependant] quelque peu retombé" face au ralentissement de la croissance, note le quotidien Le Monde. Un constat partagé par Les Echos, qui expliquent que "le PIB de la zone euro a progressé de seulement 0,4% au premier trimestre, contre 0,7% sur les trois derniers mois de 2017". Il s'agirait toutefois d'un "trou d'air plus qu'un retournement de conjoncture".

En effet, pour Pierre Moscovisci, "ce premier trimestre ne change pas notre vision des choses", rapporte le EUobserver.  Selon le commissaire, ce ralentissement serait dû à des "facteurs temporaires". Le recul s'expliquerait ainsi par "la hausse du prix du pétrole (…) et l'appréciation de l'euro face au dollar, ce qui pèse sur les exportations", précisent Les Echos. Le quotidien explique également que "le mauvais temps de cet hiver a eu un impact sur la production industrielle" et que, de manière plus générale, "la progression enregistrée à la fin de l'année 2017 était forte et largement supérieure au rythme de croisière, c'est-à-dire à celui que peuvent soutenir à long terme les économies de la zone euro".

Euractiv note ainsi : "tant la Commission que la Banque centrale européenne estiment que le ralentissement est temporaire". Toutefois, le média européen souligne que les deux institutions, comme certains États membres, "souhaiteraient renforcer l'union économique et monétaire du bloc, en complétant l'union bancaire, et en mettant en place de nouveaux instruments fiscaux pour faire face aux chocs économiques". Les partisans de la réforme font en effet valoir que "la dynamique économique et la situation politique offrent l'occasion d'aller de l'avant".

Le risque américain

 

L'exécutif européen met également en avant, indique Libération, que les "baisses massives d'impôts décidées par les Etats-Unis" et le "protectionnisme" représentent un "danger supplémentaire". D'après Euractiv, ces baisses d'impôts "devraient stimuler la croissance à court terme, mais aussi augmenter le risque d'une surchauffe de l'économie américaine et d'une hausse des taux d'intérêt plus rapide que prévu". Ce qui pourrait à terme refroidir les investisseurs, et déstabiliser les marchés.

Quant au protectionnisme, il ne doit pas "devenir la nouvelle norme : cela ne ferait du mal qu'à ceux de nos citoyens qui ont le plus besoin d'être protégés", a déclaré la Commission, faisant référence aux menaces d'augmentation des droits de douanes de Donald Trump [Euronews]. Libération rappelle en effet que "l’UE est toujours sous la menace d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis, après avoir été lundi une nouvelle fois exemptée provisoirement, pour un mois seulement, des droits de douanes sur l’acier et l’aluminium par la Maison Blanche".

Fin de la procédure de budget excessif pour la France

Autre annonce de taille, la France devrait sortir de la procédure de déficit excessif. Officiellement, la décision ne sera présentée que le 23 mai. Pierre Moscovici l'a toutefois annoncée dès hier, "trop heureux de porter la bonne nouvelle, laquelle crédibilise le pays", écrit Franceinfo. La procédure peut être lancée contre un État membre lorsque son déficit public dépasse 3,0% de son PIB. Challenges explique qu'elle vise avant tout à garantir la stabilité de la zone euro, et "peut aboutir à des sanctions et des amendes, même si cela ne s'est encore jamais produit". Avec l'Espagne, la France est le seul pays de l'UE encore sous le coup de cette procédure. "Les pays de l'UE ont été jusqu'à 24, en 2011, à être simultanément" concernés par le mécanisme, rappelle ainsi Challenges.

"Mais [le] soulagement risque de n'être que de courte durée", écrivent Les Echos. Car en quittant cette procédure, "Paris va rentrer dans la catégorie des Etats membres tenus de converger vers une véritable normalisation budgétaire". En pratique, la Commission européenne exige une diminution du déficit structurel – c’est-à-dire calculé sans les effets de la croissance – de 0,5% du PIB par an. Or "le gouvernement ne semble prévoir qu’une réduction annuelle de 0,2 point", indique La Croix

Interrogé par le quotidien, François Ecalle, spécialiste des finances publiques et animateur du site Fipeco, estime que "les économies de dépenses annoncées par le gouvernement ne suffiront pas" pour parvenir aux objectifs de la Commission. D'autant plus "que la disparition de certaines recettes est déjà programmée" et que "la reprise de la dette de la SNCF, qui culmine à 47 milliards d’euros, pourrait porter un coup fatal à tout espoir gouvernemental de conserver un déficit inférieur à 3%". Or, pour François Ecalle, l'enjeu est politique : les Allemands sont très à cheval sur les règles budgétaires. "La France devra [ainsi] se plier aux contraintes de la Commission si elle veut aller plus loin dans sa coopération avec l’Allemagne", conclut-il.