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L'annulation de la visite de Poutine illustre l'isolement croissant de la Russie sur la scène internationale

Revue de presse 12.10.2016

Evénement prévu de longue date, le président russe Vladimir Poutine devait assister à l'inauguration d'une cathédrale orthodoxe le 19 octobre. Après le véto russe contre la résolution française demandant l'arrêt des bombardements à Alep en Syrie et les hésitations manifestes de François Hollande de recevoir son homologue dans ce contexte particulièrement tendu, Vladimir Poutine a préféré renoncer à ce déplacement. Une annulation révélatrice de la difficulté grandissante pour les Occidentaux et les Russes de maintenir le débat, à l'heure où les dirigeants européens et américains n'hésitent plus à hausser le ton face à la Russie.

Vladimir Poutine

Les relations franco-russes dans l'impasse

La visite avortée du président russe indique le cours tumultueux pris par les relations diplomatiques entre la France et la Russie, d'après la presse ce matin. Le président français s'était déjà demandé publiquement s'il allait finalement recevoir Vladimir Poutine dans l'émission Quotidien, diffusée lundi sur TMC. La France avait également demandé à la Russie que la venue de son président se limite à une "visite de travail centrée sur la Syrie" [Le Monde].

Le quotidien cite le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, expliquant le motif officiel de l'annulation de cette visite : "Certaines activités liées à l’ouverture du centre culturel et spirituel étaient prévues, l’ouverture d’une exposition. Malheureusement ces événements sont sortis du programme de sorte que le président a décidé d’annuler sa visite en République française". Et d'ajouter : "Dès le début dans ses contacts avec son homologue français, le président Poutine avait indiqué qu’il était prêt à venir au moment où ce serait plus aisé pour le président Hollande. Nous attendons donc la venue de ce moment et dans ce cas, le président envisagera de nouveau une telle visite, si cette question est à l’ordre du jour".  

"En manœuvrant de façon à laisser Vladimir Poutine renoncer lui-même à sa visite parisienne, la diplomatie française a joué assez finement. Elle n'a pas pris l'initiative de la rupture tout en faisant respecter ce qu'elle estime être ses 'principes', ses 'valeurs' et ses 'convictions'", estime Isabelle Lasserre dans les colonnes du Figaro. Une analyse en totale contradiction avec celle de l'éditorialiste Jacques Hubert-Rodier pour Les Echos, titrant son éditorial "L'erreur de Hollande". Ce dernier considère que par son attitude la France se prive de relations avec "la puissance incontournable pour régler politiquement la situation" en Syrie. Jean-Dominique Merchet dans L'Opinion rejoint son confrère des Echos, soulignant que "la diplomatie ne consiste pas à dialoguer uniquement avec ses amis : sa raison d’être est de parler avec tous ceux qui comptent, fussent-ils peu aimables".

De son côté, le gouvernement français minimise la portée de cette annulation : "La France reste totalement ouverte au dialogue avec la Russie" a déclaré Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, sur France Info. "Nous sommes toujours disponibles. Le Kremlin a souhaité reporter. Cela ne veut pas dire qu'on ne se reverra pas et que l'on ne doit pas se parler" a-t-il également ajouté.

La position de la France loin d'être isolée dans le concert des diplomaties européennes  

La rupture de plus en plus affirmée entre la France et la Russie n'est pas un cas isolé en Europe. "La Russie est dans une confrontation ouverte, diplomatique, politique et sécuritaire avec les capitales occidentales depuis l’annexion de la Crimée et l’intervention armée dans l’est de l’Ukraine" explique dans La Croix Marie Mendras, chercheuse au CNRS, au CERI et professeur à Sciences Po Paris. Situation aggravée par la crise syrienne selon l'universitaire, puisque "les Russes sont décidés à ne rien négocier sur leur soutien à Bachar Al Assad".

Les Européens se montrent par conséquent beaucoup plus virulents à l'égard de la Russie. L'Allemagne considère l'éventualité d'imposer de nouvelles sanctions à la Russie, ont déclaré des diplomates le 10 octobre [Euractiv.fr]. De même, les Britanniques ont organisé à la Chambre des communes un débat d'urgence sur la question syrienne, "procédure inhabituelle", note Libération. Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson est allé jusqu'à souhaiter l'organisation de "manifestations devant l’ambassade de Russie". Déclarant que "si la Russie poursuit sur ce chemin, elle risque de devenir une nation paria", il a ensuite affirmé que "les réserves d’indignation sont presque épuisées".

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