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José Manuel Barroso accusé de faire du lobbying auprès de la Commission européenne

Revue de presse 21.02.2018

L'ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso, qui travaille pour la  banque d'investissement controversée Goldman Sachs, est accusé d'effectuer du lobbying auprès de l'exécutif européen. Le 25 octobre dernier, il a discrètement rencontré le vice-président de la Commission européenne Jyrki Katainen, ce que dénoncent les ONG.

Jose Manuel Barroso

L'ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso - Crédits : Union européenne

"A cinquante mètres de son ancien bureau"

José Manuel Barroso, l'ancien président de la Commission européenne (2004-2014), "prétendument interdit de séjour au Berlaymont [siège de la Commission européenne]", a rencontré le 25 octobre 2017 Jyrki Katainen, vice-président de la Commission chargé de l'Emploi, de la Croissance, de l'Investissement et de la Compétitivité [Le Monde]. M. Barroso a retrouvé celui qui fut également commissaire sous sa direction dans un hôtel "sis à cinquante mètres de son ancien bureau". Selon Jyrki Katainen, le sujet de la conversation a été l'"ambitieux agenda [de la Commission] pour le commerce et la défense" [Público, Portugal].

L'ancien chef de la Commission, qui travaille actuellement pour la banque d'investissement Goldman Sachs, est accusé par des ONG d'avoir effectué une activité de lobbying auprès de son ancien commissaire. C'est la raison pour laquelle le réseau d'organisations non-gouvernementales Alter-UE a "décidé d’introduire une plainte au secrétaire général de la Commission, Alexander Italianer", relate Bruxelles 2. Pour le groupement d'ONG, le comité d'éthique de l'exécutif européen "devrait (…) mener une enquête plus approfondie sur le rôle de M. Barroso auprès de Goldman Sachs et évaluer si l'ancien président a induit le président Juncker en erreur" [Challenges].

L'embauche de José Manuel Barroso avait suscité la polémique en 2016, quand ce dernier "était passé (…) juste après la fin de sa période de latence, avec armes et bagages (expérience, connaissances et réseaux), chez le banquier d’affaires Goldman Sachs" [Bruxelles 2]. Challenges rappelle que le comité d'éthique de la Commission, "tout en désapprouvant son choix, avait conclu qu'il n'avait pas violé les règles en vigueur".

Le principal intéressé avait alors, dans un courrier adressé à son successeur Jean-Claude Juncker, déclaré ne pas avoir été "engagé pour faire du lobbying" pour le compte de la controversée banque d'investissement, et ne pas avoir "l'intention" d'en faire [L'Echo].

"Boire une bière"

Lors d'un point presse le 21 février, le porte-parole de la Commission Margaritis Schinas a indiqué que M. Katainen a "respecté toutes les règles en vigueur en consignant, dès le lendemain, son entrevue dans un registre officiel" [Le Monde]. Néanmoins, le quotidien rapporte que même si "le rendez-vous est certes mentionné, ainsi que le nom de la banque américaine", celui de l'ancien chef de l'exécutif européen n'y figure pas. Mediapart ajoute que "le site d’information Politico avait signalé cette entrevue dès octobre" et, "bousculé sur les réseaux sociaux, [M.] Katainen avait été contraint de signaler, après coup, l’existence de cette réunion dans son registre de transparence".

Le vice-président de la Commission a affirmé pour sa défense que les deux hommes sont "amis" et qu'il était question de "boire une bière" [Público]. Et Jyrki Katainen d'affirmer : "si quelqu'un a fait du lobbying, alors ça a été moi".

Dans un communiqué, Goldman Sachs soutient également que José Manuel Barroso, "depuis le début de son mandat, (…) s'est refusé à représenter l'entreprise dans le cadre de tout interaction avec des fonctionnaires ou des représentants officiels de l'UE", et que la rencontre a eu lieu "à titre personnel" [Challenges].

Mélange des genres ?

D'après Myriam Douo de l'ONG Amis de la Terre-Europe, "cette réunion est l’exemple parfait de la manière dont les portes tournantes (…) entre la politique et le monde de l’entreprise servent les intérêts des grands groupes privés" [Mediapart].

Dans Bruxelles 2, Nicolas Gros-Verheyde ajoute que "les circonstances de la rencontre, discrète, (…) sans prise de note, sans témoin, sont pour le moins extraordinaires". Selon lui "la moindre des prudences aurait été d’avoir un tiers présent, d’enregistrer tous les éléments pour dissiper tous les doutes possibles".  Le journaliste juge qu'il s'agit "bel et bien (…) d’une demande d’intérêt privé pour peser sur les affaires publiques".

"Un an et demi après le scandale", les ONG "ne lâchent pas" et "exhortent désormais la présidence de la Commission à réunir, de nouveau, son comité d’éthique interne, pour évaluer l’affaire", indique Mediapart. Pour Ludovic Lamant, auteur de l'article, "la perspective des élections européennes, en mai de l’an prochain, pourrait convaincre M. Juncker de durcir le ton".