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Jean-Claude Juncker affiche son pessimisme et renonce à un deuxième mandat à la tête de la Commission européenne

Revue de presse 13.02.2017

Jean-Claude Juncker ne sera plus président de la Commission européenne fin 2019. Interviewé par la radio publique allemande Deutschlandfunk dimanche 12 février, il a confirmé qu'il ne briguerait pas un second mandat à la tête de l'exécutif européen. Derrière cette décision, une perception de plus en plus pessimiste de l'état de l'Europe.

Jean-Claude Juncker

Déçu par "la lâcheté institutionnelle" des dirigeants européens

Contrairement à son prédécesseur José Manuel Barroso, "Jean-Claude Juncker ne compte pas passer dix ans à la tête de la Commission européenne" [L'Express]. Ce sera donc "un mandat et un seul pour le président de la Commission européenne". Dimanche 12 février, M Juncker a en effet confirmé qu'il ne se portera pas candidat à sa propre succession*, alors même que son premier mandat "est loin d'être fini" puisqu'il ne s'achèvera qu'en 2019 [France inter].

L'ancien Premier ministre luxembourgeois âgé de 62 ans, était devenu président de la Commission européenne en novembre 2014. Il avait longtemps présidé auparavant l'Eurogroupe, réunion des ministres européens des Finances avant de se porter candidat pour présider la Commission européenne, évoque Le Parisien.

Lors de son interview accordée à la Deutschlandfunk, radio publique allemande, Jean-Claude Juncker a souhaité détailler les raisons qui l'ont poussé à ne pas se représenter. Le président de la Commission européenne avance notamment "la lâcheté institutionnelle de nombreux dirigeants et de nombreux ministres qui décident à Bruxelles, puis rentrent à la maison en critiquant ce qu’ils ont eux-mêmes, conjointement, décidé. (…). Ou pire, ils disent à la Commission : 'Décidez, nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord' et détricotent tout après. Ce spectacle doit cesser", rapporte Ouest France.

"Le coup de blues anglais" de Jean-Claude Juncker

Dans son entretien, Jean-Claude Juncker "étale son pessimisme" et "émet des doutes sur la capacité des Européens à rester unis" [RFI]. Le Président de la Commission s'est particulièrement inquiété des risques de divisions qui planent sur les négociations de sortie de la Grande-Bretagne. "Les Britanniques vont réussir, sans trop de difficultés, à diviser les 27 autres pays de l’UE" a-t-il déclaré. Avant de préciser que "les Britanniques savent déjà très bien comment s’y prendre”. (…). “On promet telle chose à l’Etat A, telle autre à l’Etat B et encore autre chose à l’Etat C et au final il n’y a pas de front uni européen", relate Euronews.

"J’avais imaginé, au début de mon mandat, que je pouvais travailler de manière constructive, afin que les gens reprennent confiance en l’Europe qu’ils avaient perdue. Et à présent me voilà occupé, plusieurs heures par jour, à planifier la sortie d’un État membre, ce n’est pas un travail d’avenir. À mes yeux, c’est une tragédie continentale", rapporte encore Ouest France. "Pas sûr que ses propos vont redonner de l’allant aux pro-Européens qui, à Bruxelles, en manquent singulièrement" réagit Le Monde. Le quotidien tient cependant à rappeler que le président de la Commission européenne est "coutumier de ce type de déclarations brutes", puisque son éviction du gouvernement luxembourgeois en 2013, " l’avait déjà plongé dans une crise de déprime".

La montée des populismes et l'Amérique de Donald Trump

Face à l'élection du président américain Donald Trump, qui s'est félicité du Brexit dès juin dernier, le président de la Commission a aussi exprimé des doutes quant à la capacité des Européens à rester unis. "Est-ce que le moment est venu où l'Union européenne des 27 doit montrer de l'unité, de la cohésion et de la cohérence ?", s'est-il interrogé. "Oui, je dis oui s'agissant du Brexit ou de Trump (...). Mais j'ai quelques doutes justifiés que cela arrive vraiment" [L'Echo]. M Juncker craint notamment des divergences profondes, "difficilement compatibles" entre les désirs des Hongrois et des Polonais d'un côté et ceux du couple franco-allemand de l'autre, rapporte Le Parisien.

Concernant la montée des extrêmes en Europe, Jean-Claude Juncker se dit d'ailleurs déçu par les réactions des dirigeants : "C’est un réflexe très anti-démocratique que de céder aux pressions populistes, à l’approche des élections. Il ne faut pas courir après les populistes, ni accuser les électeurs. Il faut parler aux gens, et on peut mieux le faire quand on peut les regarder dans les yeux" [Ouest France].

Enfin, le président de la Commission européenne a achevé son entrevue en évoquant une ultime menace de division entre Européens : "Confrontée à Vladimir Poutine, l'Union européenne pourrait aussi se diviser quant aux sanctions frappant Moscou pour avoir annexé la Crimée" Le Monde.

 

 

* Interrogé par Libération en décembre 2014, Jean-Claude Juncker avait déjà laissé entendre qu'il ne briguerait pas de second mandat. "Comme Premier ministre, on ne peut pas dire que l’on ne sera plus candidat, sinon on est mort. Pas comme président de Commission : cinq ans, ça suffit !", avait-il affirmé au journaliste Jean Quatremer.


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