Derniers articles publiés

Jean-Claude Juncker à Washington : une visite à hauts risques

Revue de presse 25.07.2018

Mercredi 25 juillet, le président de la Commission européenne est en visite à Washington. Objectif : dissuader Donald Trump d'instaurer des mesures protectionnistes contre les importations de voitures européennes.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et Donald Trump, président des États-Unis

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et Donald Trump, président des États-Unis en 2017. Photo : Commission européenne - Crédits : Etienne Ansotte.

 "Le tête-à-tête dans le Bureau ovale pourrait être tendu", estime ce matin l'AFP. En effet, les déclarations de Donald Trump la veille à Kansas City ne sont pas rassurantes : "ce que nous fait l'Union européenne est incroyable (...). Ils ont l'air gentils, mais ils sont durs", a-t-il déclaré. Le président américain n'a pas manqué de rappeler son hostilité envers l'Union européenne, ayant été jusqu'à qualifier de "tueur brutal" le président de la Commission. Comme l'explique Le Monde, Donald Trump "préférerait négocier des accords d'homme à homme avec les dirigeants des nations européennes pour mieux les affaiblir", mais c'est "le président de la Commission qui dispose des compétences juridiques exclusives en matière commerciale". Une situation qui l'"exaspère".

Une "grande menace"

D'après Le Monde, "les Européens, essentiellement les Allemands", enregistrent un excédent commercial "de 150 milliards de dollars (128 milliards d’euros)" avec les États-Unis. Pour remédier à cette situation, inacceptable selon Donald Trump, celui-ci a imposé des taxes sur "l’aluminium et l’acier au printemps" dernier et "se prépare ainsi à imposer de nouvelles taxes, de l’ordre de 20 %, sur l’ensemble des importations automobiles" [Ouest-France]. "Ce serait un cran supplémentaire dans l’escalade protectionniste. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment évoqué ces tensions commerciales comme la plus grande menace pesant sur la croissance mondiale". Et pour l'UE, l'impact de ces nouvelles mesures serait "nettement plus massif et systémique que sur l'acier et l'aluminium", selon Le Figaro. Car à elles seules, "les exportations européennes d'automobiles aux États-Unis pèsent plus de 50 milliards d'euros, dont 30 milliards pour les constructeurs allemands".

"Jean-Claude Juncker va faire valoir que les Américains ont beaucoup à perdre, à la fois sur le renchérissement des coûts de production et la hausse des prix de vente", poursuit le média. Même s'il n'a "aucun mandat de négociation en poche, [il] devrait présenter deux options d'une sortie de crise",  selon Les Echos. La première consisterait à calmer la situation en concluant "un accord commercial de baisse des droits de douane entre les deux blocs". La seconde "se limiterait à un accord sur le seul secteur automobile". Mais "Washington doit d'abord faire marche arrière en annulant la hausse des droits de douane sur l'acier et l'aluminium".

Unis dans l'adversité

Les Européens veulent se montrer unis. Mardi, le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, a résumé ainsi sa position à la télévision allemande : "Il est bien que Jean-Claude Juncker soit à Washington pour discuter et chercher une solution, mais nous n'allons pas à ces négociations avec un pistolet braqué sur la poitrine". Et d'insister : "nous ne nous laisserons pas menacer et nous ne céderons pas si facilement" [Les Echos].

Comme l'explique Le Figaro, les Européens ne "manqueront pas d'activer des représailles", qui "pourraient toucher quelque 300 milliards d'euros d'exportations américaines". Ainsi, "Bruxelles travaille à une liste de produits industriels et agricoles à taxer, avec toujours la même stratégie de frapper là où ça fait mal tout en veillant à préserver l'industriel et le consommateur européen". Et déjà, l'économie américaine semble touchée par les mesures de ses partenaires : l'administration Trump vient en effet "d'annoncer une aide d'urgence de 12 milliards de dollars destinée aux agriculteurs touchés par les représailles aux tarifs douaniers" [Ouest-France].

Enfin, poursuit le journal, "la guerre commerciale a fait grincer des dents" même dans le camp des Républicains aux États-Unis, traditionnellement favorables au libre-échange. Le président de la Chambre des représentants, le républicain libéral Paul Ryan, a même déclaré : "je ne pense pas que les tarifs douaniers soient la bonne réponse".