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Italie : une nouvelle crise européenne en vue après la défaite de Renzi ?

Revue de presse 05.12.2016

Le résultat est sans appel. Avec plus de 60% de "non" selon les premières projections et une participation de près de 70%, le référendum sur la réforme constitutionnelle signe la fin du gouvernement Renzi. Le Premier ministre italien a reconnu sa défaite dans la nuit du 4 au 5 décembre, annonçant sa démission. L'Italie se retrouve une nouvelle fois plongée dans l'incertitude politique, une situation qui inquiète au niveau européen. Le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) de l'humoriste Beppe Grillo, lui, se réjouit et réclame la tenue d'élections législatives anticipées.

Matteo Renzi

Une défaite écrasante pour Matteo Renzi

"Je voulais éliminer les trop nombreux fauteuils de la politique italienne, ceux du Sénat, des conseils provinciaux etc. Je n’ai pas réussi, en conséquence le premier fauteuil qui saute c’est le mien. Demain après-midi [aujourd’hui, ndlr], je réunirai le conseil des ministres puis je monterai au Quirinal pour remettre ma démission au président de la République", a annoncé Matteo Renzi à 0h25, à peine une heure et demie après la fermeture des bureaux de vote [Libération].

Pour Natalia Mendoza, correspondante de France 24 à Rome, "Le message envoyé par les Italiens est un message de rage. C’est un lourd échec pour Matteo Renzi qui perd son pari". Un Premier ministre qui a péché par arrogance, estime le quotidien espagnol La Vanguardia, Matteo Renzi ayant pris un trop grand risque en promettant de démissionner en cas de victoire du "non".

Le retour de l'instabilité politique en Italie

A la suite du camouflet de Matteo Renzi, un gouvernement technique sera nommé cette semaine. Pier Carlo Padoan, l'actuel ministre des Finances, pourrait prendre sa tête [Le Monde avec l'AFP et Reuters]. Le président de la République Sergio Mattarella, à qui M. Renzi a remis sa démission, aura deux possibilités, explique le quotidien : "confier à M. Renzi, ou à une autre personnalité de la majorité, la charge de former un nouveau gouvernement ou de convoquer des législatives anticipées".

Cette dernière option est réclamée par plusieurs partis, dont le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) et la Ligue du Nord, formations politiques populistes. Le M5S de Beppe Grillo s'est dit prêt à gouverner, annonçant que "dès la semaine prochaine, son mouvement commencerait à rédiger une plate-forme électorale et à former une équipe gouvernementale afin que les Italiens disposent de toutes les informations nécessaires pour le porter au pouvoir", rapportent Les Echos.

Le M5S est au coude-à-coude avec la Parti démocrate (PD) de Matteo Renzi en termes d'intentions de vote, souligne le journal. Une éventuelle accession au pouvoir du mouvement, qui a notamment pour ambition de faire un référendum sur l'appartenance de l'Italie à la zone euro, pourrait néanmoins "être obstruée par une nouvelle réforme électorale envisagée par les autres grands partis. Un éventuel retour sur la prime majoritaire accordée au parti arrivé en tête compliquerait la tâche du M5S, qui rejette toute alliance avec les partis 'installés'", expliquent Les Echos.

L'incertitude inquiète les marchés

"La défaite du Premier ministre italien plonge l'Europe dans la tourmente", titre le quotidien britannique The Times, qui évoque le risque de crise économique que fait peser sur l'Europe la victoire du "non".

Le Huffington Post, se demandant "Pourquoi la victoire du 'non' au référendum en Italie peut relancer la crise de la dette", considère que le résultat du référendum marque la fin de la politique de réformes économiques, ce qui inquiétera les investisseurs et pourrait conduire à une hausse des taux d'intérêt. L'emprunt serait plus difficile pour les entreprises et les banques, déjà en difficulté en Italie, et compromettrait davantage la croissance.

"Sans intervention [de la BCE], si les taux d'intérêt remontent à 3%, l'Italie est morte", s'alarme Daniel Gerino, de la société de conseil en investissement Carlton Selection, interrogé par le média. "La dette publique, supérieure à 130% du PIB, engloutirait très vite l'essentiel de ses ressources budgétaires, au point de devenir insoutenable", prévient le journal, soulignant que le cours de l'euro a chuté après l'annonce de l'échec de Matteo Renzi, s'établissant à 1,05 dollar ce matin, son niveau le plus bas depuis vingt mois.

Un scénario catastrophe que le commissaire européen Pierre Moscovici entend tempérer. Sur France 2 ce matin, ce dernier a déclaré que l'Italie était un "pays solide", qui pourra faire face à l'incertitude politique et économique générée par la démission du Premier ministre. Néanmoins, les responsables européens ont anticipé les risques, rapporte RFI.

"Autant les milieux européens croisaient-ils les doigts en attendant le résultat de l’élection présidentielle en Autriche, autant le référendum en Italie tenait-il pour beaucoup de la défaite annoncée. De sorte qu’on a déjà largement eu le temps de faire l’inventaire des périls", relate le correspondant du média à Bruxelles, Quentin Dickinson. "Un arsenal de garde-fous institutionnels a en effet été mis en place par l’Union européenne, destiné à accompagner toute banque en difficulté, et à éviter la contamination vers d’autres pays de l’UE", rappelle RFI. "Sans être totalement exclu, un effet domino sur la zone euro reste peu probable dans les milieux européens".

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