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Italie : un nouveau gouvernement aux positions clivantes

Revue de presse 05.06.2018

Après seulement une semaine au pouvoir, le nouveau gouvernement italien, dirigé par Giuseppe Conte, exprime déjà des positions clivantes. Matteo Salvini, dirigeant de la Ligue et vice-Premier ministre du gouvernement, s'est ainsi rendu lundi 4 mai en Sicile et a exposé sa vision de l'accueil des migrants.

Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien.

Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien. Photo : profil Facebook officiel.

"Après un ultime tour de négociations, et en tenant compte des demandes de Sergio Mattarella [le président italien] le gouvernement Conte a vu le jour, vendredi 1er juin", résume Le Monde. Ce "gouvernement du changement" a choisi une feuille de route qui tourne résolument le dos à "l'austérité et aux diktats de Bruxelles" en pariant sur "une politique de croissance économique pour réduire la colossale dette publique italienne" [RTBF, Belgique].

Pour ce faire, Giovanni Tria a été nommé ministre de l’Economie et des Finances. La RTBF décrit ce professeur d'économie politique de 70 ans comme "proche des idées de la Ligue en matière fiscale mais favorable au maintien de l'Italie dans l'euro". Paolo Savona avait été pressenti pour ce poste, mais le président Mattarella y avait opposé son veto au vu des "positions ouvertement europhobes" de M. Savona. Ce dernier a néanmoins été promu au poste de "ministre des Affaires européennes".

Matteo Salvini, le nouveau ministre de l’Intérieur, s'est lui aussi emparé d'un sujet européen, en critiquant le manque de moyens européens pour accueillir les migrants. Il compte par conséquent mettre en œuvre un plan d'expulsion.

"L’Italie ne sera plus le camp de réfugiés de l’Union européenne”

"L'Italie est devenue la principale route des migrants économiques et demandeurs d'asile qui tentent de rejoindre l'UE" par laquelle plus "d'un million de personnes ont transité jusqu'en 2016", rappelle ainsi Challenges. Un sujet dont Matteo Salvini, le nouveau ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre, s'est emparé dès la campagne électorale. Connu pour "son franc-parler et sa rhétorique anti-immigration", le leader du parti d'extrême droite s'est rendu, seulement deux jours après sa nomination, "en Sicile, principale terre d'accueil des plus de 600.000 migrants et réfugiés arrivés depuis 2014 en Italie en partant des côtes nord-africaines" [Challenges].

A cette occasion, Matteo Salvini a averti : "Clandestins, préparez-vous à faire vos valises !". Une phrase "choc", accompagnée de plusieurs déclarations, notamment sur le fait que "l’Italie ne sera plus le camp de migrants de l’Union européenne", comme le rapporte le journal italien Il Fatto Quotidiano, cité par Courrier international. Il souhaite avant tout "augmenter les expulsions jugées trop peu nombreuses et trop lentes", expliquent Les Echos. Matteo Salvini promet ainsi de faire cesser le "business des migrants en exigeant notamment que les navires des ONG opérant en Méditerranée pour les secourir ne puissent plus accoster dans les ports italiens".

Pour expulser les clandestins qui continuent d’arriver, le ministre de l'Intérieur prévoit un "bon coup de ciseau dans les cinq milliards d’euros du budget italien consacré à l’accueil des réfugiés".  Il compte redistribuer "une partie de cet argent pour expulser davantage encore et plus rapidement" [Le Parisien]. Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée, s'inquiète face à cette perspective. Pour elle, il faut au contraire "porter secours à des personnes qui se noient, c'est une règle universelle. C'est non seulement une loi mais c'est aussi un impératif moral" [Franceinfo].

Patrick Martin-Génier, enseignant à Sciences-Po cité par Le Parisien, tempère : "M. Salvini ne peut pas renvoyer les réfugiés à la mer, mais il peut faire pression pour demander à l’Union européenne plus de moyens humains ou financiers".

"Les homosexuels veulent nous dominer et effacer notre peuple"

Le nouveau ministre de la Famille, Lorenzo Fontana, "membre de la Ligue, proche du catholicisme intégriste et ardent adversaire du mariage homosexuel et de l’avortement", ne s'est lui non plus pas retenu d'affirmer ses opinions tranchées dès cette première semaine de prise de pouvoir [Le Monde]. Il a ainsi affirmé dans le journal italien Corriere della Sera que "les familles arc-en-ciel [symbole des mouvements homosexuels] n’existent pas dans la loi italienne" en ajoutant "les homosexuels veulent nous dominer et effacer notre peuple".

Le Monde explique que cette position "n'est pas partagée par tous au gouvernement, y compris au sein de son propre parti". Maria Edera Spadoni, avocate et membre de la Ligue, a notamment qualifié "d'inopportunes" les déclarations du ministre. Elle a rappelé que les "sujets clivants ont été délibérément écartés du contrat de gouvernement" entre la Ligue et le M5S, citant par exemple "l’avortement et l’union civile homosexuelle".