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Italie : Paolo Gentiloni succède à Matteo Renzi dans un contexte politique délicat

Revue de presse 12.12.2016

Dimanche 11 décembre, Sergio Mattarella, président de la République italienne, a officialisé le choix de Paolo Gentiloni (notre photo), jusqu'ici ministre des Affaires étrangères, pour succéder à Matteo Renzi au poste de Premier ministre. M. Gentiloni, poids lourd du Parti démocrate et apprécié à l'international, aura pour lourdes tâches d'harmoniser la loi électorale italienne, de "sauver" la banque Monte dei Paschi menacée de faillite, et de représenter son pays lors du prochain sommet du G7 – qui doit se tenir en Sicile en mai – ainsi qu'au Conseil de sécurité de l'ONU.

Paolo Gentiloni

Un gouvernement de continuité

La crise politique italienne aura donc été "éclair". "Après trois jours de consultations avec l'ensemble des partis politiques, Paolo Gentiloni, fidèle soutient de Matteo Renzi et ministre des Affaires étrangères du gouvernement sortant, a été désigné dimanche comme nouveau chef du gouvernement italien", rapportent Les Echos. Dans une large mesure, le nouveau Premier ministre devrait conserver la composition actuelle du gouvernement, "à commencer par Pier Carlo Padoan, ministre de l'Economie, afin d'assurer la continuité de la politique économique".

A la suite du "non" au référendum portant sur la réforme constitutionnelle et de la démission de Matteo Renzi, la nomination d'un nouveau chef de gouvernement était ardemment attendue en Italie. Sergio Mattarella, président de la République, avait d'emblée exclu la possibilité de convoquer d'immédiates élections législatives, comme le réclamait le Mouvement 5 étoiles (M5S), parti contestataire, arguant que le pays "avait au contraire besoin au plus vite d’un gouvernement 'dans la plénitude de ses fonctions'" [Le Monde].

L'autre option, régulièrement évoquée dans la presse ces derniers jours, de la constitution d'un nouveau gouvernement dirigé par Matteo Renzi, a donc également été écartée. "De nos consultations est ressortie la confirmation de la décision de Matteo Renzi de refuser de faire un deuxième mandat, et ce, en cohérence avec l'engagement manifesté à plusieurs reprises lors de la campagne référendaire. Cette cohérence mérite le respect de tous", a déclaré Paolo Gentiloni lors d'une conférence de presse, hier [Le Point].

Un homme diplomate, pondéré et efficace comme Premier ministre

Comme l'explique RFI, le nouveau Premier ministre italien, "est un pilier du Parti démocrate. Proche de Matteo Renzi, il est en revanche très différent de son prédécesseur, dans le style comme au niveau du caractère". A la différence de son prédécesseur, l'ancien chef de la diplomatie est décrit comme "un homme pondéré" et "d'apparence plus nordique que latine".

"Renzi était impétueux et flambloyant. Gentiloni, 62 ans, a jusqu'à présent donné dans la discrétion, sans se départir d'une certaine efficacité", confirme L'Express. "Perfectionniste, il a l'habitude de se montrer modéré dans ses jugements et ses opinions", poursuit l'hebdomadaire sur son site. Ancien journaliste, élu député pour la première fois en 2001, il fut ministre de 2006 à 2008 sous les ordres de Romano Prodi. En 2014, à la suite de la nomination de Federica Mogherini à la tête de la diplomatie européenne, la fidélité de Paolo Gentiloni à l'égard de Matteo Renzi a été récompensée par le portefeuille des Affaires étrangères.

Son expérience en la matière a d'ailleurs très certainement compté dans la décision de Sergio Mattarella de le nommer à la tête du pays dans la mesure où le calendrier international de l'Italie est chargé. En mai, c'est en effet à Taormina en Sicile que doit se tenir le prochain sommet du G7. Tandis que l'Italie doit également faire "son entrée au Conseil de sécurité", en tant que membre temporaire [LCI]. A cet égard, Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères, a rapidement félicité son désormais ancien homologue pour sa "promotion" en twittant : "Félicitations à mon collègue et ami Paolo Gentiloni, désigné chef du gouvernement italien. Plein succès dans sa nouvelle mission !".

Réforme de la loi électorale et sauvetage de la banque Monte dei Paschi

Une nouvelle mission qui s'annonce toutefois délicate dans la mesure où, à la tête du pays, la première tâche de M. Gentiloni sera de préparer les prochaines élections législatives. Pour ce faire, "un accord au Parlement pour 'harmoniser' les lois électorales en vigueur", devra être trouvé, relate Le Monde. "En effet", poursuit le quotidien, "une loi votée en mai 2015, baptisée 'Italicum', prévoit le recours au scrutin majoritaire pour élire la chambre des députés, alors que le Sénat l’est à la proportionnelle, ce qui éloigne la possibilité de former une coalition stable, au risque de rendre le pays ingouvernable". Compte tenu des forces politiques actuelles, une loi tendant vers plus de proportionnalité devrait être l'option retenue.

Mais plusieurs mois de négociations pourraient être nécessaires, retardant par conséquent la perspective des prochaines élections. Ce qui ne devrait pas manquer de susciter la colère du M5S, qui considère d'ores et déjà le gouvernement de Paolo Gentiloni – qui doit recevoir la confiance du Parlement mercredi 14 décembre – "illégitime", note Challenges. "Nous ne voulons même pas légitimer ce gouvernement avec notre non", a ainsi déclaré Giulia Grillo, cheffe du groupe M5S au Sénat.

Avec la réforme de la loi électorale, un autre dossier explosif est appelé à largement occuper Paolo Gentiloni dès son arrivée au palais Chigi. Il s'agit, comme le relate France Culture, de la banque Monte dei Paschi, la plus ancienne d'Europe. Cette dernière doit trouver "5 milliards d'euros pour éviter la banqueroute", relate la chaine de radio sur son site. Une opération délicate dans la mesure où les investisseurs risquent fort d'être peu nombreux en raison de l'actuelle instabilité politique italienne.

Dès lors, analyse la journaliste Marie Viennot, "soit le nouveau premier ministre décide de venir au secours de la banque", en enfreignant "les nouvelles règles européennes qui interdisent depuis la crise de 2008 que l'argent des contribuables ne servent à cela". Soit "Paolo Gentiloni ne sauve pas la banque avec l'argent de l'Etat, (…) et dans ce cas, des milliers de petits épargnants italiens (…) vont tout perdre". Deux solutions aux conséquences politiques potentiellement désastreuses pour le nouveau gouvernement.

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