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Italie : les élections législatives jettent un froid sur l'avenir des réformes européennes

Revue de presse 06.03.2018

Pour l'heure, impossible de prédire quel gouvernement sera formé à l'issue des élections législatives italiennes du 4 mars. Il est pourtant indéniable que sa composition pèsera fortement sur l'avenir de l'Union européenne, et particulièrement sur les réformes monétaires, bancaires et migratoires voulues par une partie des dirigeants européens.

drapeaux-UE-Italie

Crédits : Pava, Wikimedia Commons

Pour Le Monde, c'est "une nouvelle crise politique" que doit affronter l'Europe. Dimanche 4 mars, nombre de dirigeants européens se réjouissaient de la fin de la "paralysie institutionnelle" en Allemagne, grâce à la validation d'un accord de coalition entre les conservateurs (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD). Mais à peine quelques heures plus tard, "les forces anti-système, eurosceptiques et d'extrême droite effectuaient une percée historique" lors des élections législatives en Italie. "Le Mouvement 5 Etoiles" (M5S), qui ne se revendique ni de droite, ni de gauche et souvent qualifié de populiste, "est devenu le premier parti du pays avec 32%" des voix. En parallèle, "la coalition formée par le Forza Italia (FI, droite) de Silvio Berlusconi et la Ligue de Matteo Salvini (extrême droite)" en obtiendrait 37%, selon les dernières estimations [Challenges].

Incertitude européenne

La crise repose en premier lieu dans "l'incertitude politique" dans laquelle se trouve "un pays fondateur de l'Europe" [Le Point]. Car pour l'heure, aucun parti ne dispose de la majorité nécessaire pour gouverner. Ceci "va contraindre les leaders politiques italiens à des tractations qui s'annoncent longues et complexes" pour parvenir à former une coalition [Challenges]. "Nul ne sait [ainsi] qui gouvernera l'Italie dans un mois" [Le Point]. En attendant, comme le rappelle le quotidien britannique The Guardian, l'Italie demeure "la troisième économie de la zone euro" et "ne peut être exclue des débats qui se tiendront sur les réformes structurelles" de l'Union européenne. Or le dialogue s'annonce politiquement complexe "si le pays n'est pas capable de former un gouvernement stable". Encore plus si le gouvernement formé s'avère eurosceptique : une situation qui pourrait grandement "compliquer la tâche à ceux qui, comme le président français, appellent à plus d’intégration européenne" [Libération].

A l'échelle de l'Italie, le directeur de l'institut Jacques Delors Sébastien Maillard prédit qu'on verra naître soit "un gouvernement très à droite qui bloque, soit un gouvernement faible qui du coup ne pèse pas. Mais dans les deux cas, l'Italie ne sera pas dans le train de l'Europe". Or cette situation pourrait se répercuter sur les décisions des autres dirigeants européens : "l'Europe va se diviser entre ceux qui estiment que 'la confusion en Italie' ne permet pas de 'prendre des risques' et d'avancer sur la réforme de l'UE, et ceux pour qui c'est justement à cause du ras-le-bol des électeurs (…) que les choses doivent changer", analyse Janis Emmanouilidis, directeur d'études au Centre de politique européenne (EPC) [Challenges].

Intégration de la zone euro

Si certains dirigeants tentent de se rassurer avec la remise en marche du "moteur franco-allemand", la "paralysie de l'Italie" pourrait néanmoins "compliquer la donne européenne" [Le Monde]. Même si elle "ne la change pas fondamentalement", juge Jean Quatremer dans Libération, pour qui les partenaires de la France ont déjà à d'autres occasions montré leur "peu d’appétence (…) pour un nouvel approfondissement de l’Union".

Emmanuel Macron se voit notamment privé d'un soutien de poids dans sa volonté de "mener les réformes d’ampleur de la zone euro (…) face à des Allemands bien moins enthousiastes à l’idée d’avancer vers davantage d’intégration" [Le Monde]. Plus spécifiquement sur l'union bancaire : les Allemands ont en effet accepté son renforcement à la condition de "nettoyer les situations à risques". Alors que "les banques italiennes sont encore très engorgées des emprunts souverains de l'État italien", aucun progrès supplémentaire ne pourrait être accompli sans action du nouveau gouvernement [Le Point].

Enfin, les analystes redoutent de voir l'Italie "accroître ses dépenses budgétaires au mépris des règles européennes, au fur et à mesure que les nouveaux dirigeants italiens mettront en œuvre leurs promesses de campagne". En parallèle, le pays pourrait "repousser les efforts visant à augmenter les contributions de l'Italie au budget de l'UE" après le départ du Royaume-Uni [Challenges].

Crise migratoire

"L’immigration a été l’un des thèmes principaux de la campagne" pour les élections législatives [Le Temps]. Elle est d'ailleurs "l'une des raisons pour laquelle l'extrême-droite a réalisé ce score", a déclaré Emmanuel Macron à l'annonce des résultats  [Challenges]. L'afflux de migrants sur les côtes italiennes a, selon le directeur du Centre d'histoire de Sciences Po Marc Lazar, largement contribué au "sentiment des Italiens d’avoir été abandonnés par les pays voisins (…) et globalement par l’Union européenne" [Le Monde].

Néanmoins, il est difficile de prédire quelle sera la position du prochain gouvernement sur le sujet. Certes, "l'Italie a tout à gagner d'un renforcement de l'action européenne sur ce plan" alors que d'ici à juin 2018 "le Conseil européen est censé parvenir à mettre au point 'une politique migratoire durable'". Mais Le Monde se demande comment les dirigeants européens pourront se mettre d'accord "sans Rome ou avec un gouvernement dominé par les eurosceptiques". D'autant plus que les "Polonais, [les] Tchèques ou [les] Hongrois refusent toujours le principe de quotas de réfugiés permanents".