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Italie : Giuseppe Conte renonce à former un gouvernement

Revue de presse 28.05.2018

Dimanche 27 mai, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a refusé la nomination de l'eurosceptique Paolo Savona comme ministre des Finances. Le chef du gouvernement issu de la coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, Giuseppe Conte, a présenté sa démission pour manifester son désaccord. Cette crise politique plonge l'Italie dans la confusion et de nouvelles élections semblent inévitables.

Le président italien, Sergio Mattarella

Le président italien, Sergio Mattarella - Crédits : Presidencia de la República Mexicana / CC BY 2.0

Le journal italien Corriere della Sera, cité par Courrier international, rappelle que "quatre-vingt-quatre jours après les élections, l’Italie n’a toujours pas de gouvernement" : "un record dans l’histoire de cette République". Dimanche 27 mai, le président Sergio Mattarella a opposé son veto à la nomination de "Paolo Savona, 81 ans et eurosceptique déclaré" au poste de ministre des Finances [Franceinfo]. Ouest-France rappelle que cet "ancien ministre de l’Industrie à l’époque du gouvernement Ciampi" (1993-1994) est connu "pour ses positions anti-allemandes" et sa volonté de mettre en œuvre un "plan de sortie de l’euro".

Pour Courrier international, Sergio Mattarella, "gardien sourcilleux de la Constitution" a défendu ses "prérogatives de président". En effet, c'est bien le chef de l'Etat en Italie qui "nomme les ministres sur proposition du chef du gouvernement désigné". Le Monde reprend la déclaration de M. Mattarella qui explique son refus : "M. Conte (…) m’a présenté une liste [de ministres] que j’ai acceptée en tous points, à l’exception du choix du ministre de l’Economie". Comme l'indique le journal, il "ne pouvait pas accepter un choix qui aurait pu conduire à la sortie de l’Italie de l’euro et provoquer l'inquiétude des investisseurs italiens et étrangers". "Non à quelqu'un qui professe la sortie de l'euro. Il en va du respect de l'épargne des ménages", a ajouté le chef de l'Etat italien [Le Figaro].

Carlo Cottarelli, nouveau président du Conseil ?

Selon Le Figaro, le président a convoqué l'économiste Carlo Cottarelli pour un rendez-vous dès aujourd'hui lundi 28 mai. Il "devrait [le] charger de constituer un gouvernement neutre" pour "expédier les affaires courantes" avant l'organisation de nouvelles élections législatives.

Les Echos brossent le portrait de cet ancien "haut responsable au Fonds monétaire international (FMI)" qui "s'est vu attribuer le surnom de 'M. Ciseaux' quand il a été chargé de la révision des dépenses publiques par le gouvernement d'Enrico Letta (centre gauche) en 2013". M. Cottarelli est actuellement "directeur de l'Observatoire des comptes publics" et il multiplie "les mises en garde sur le coût économique du programme de gouvernement" du Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue.

Appel à de nouvelles élections

Ouest-France explique que "la date des prochaines élections législatives anticipées, dont le choix revient au président" n'est pas encore connue, mais "une campagne électorale particulièrement envenimée attend les Italiens". Le "vote populaire massif qui s’était exprimé pour les forces populistes (32% pour le M5S et près de 18% pour la Ligue)" et "l’affaiblissement du Parti démocrate de Matteo Renzi et de Forza Italia de Silvio Berlusconi" ne présagent rien de bon pour le président Mattarella qui "se retrouve dans une position très délicate".

En effet, selon Le Figaro, Matteo Salvini, le chef de la Ligue, "a accusé le chef de l'État d'avoir injustement barré la route à un homme qui avait pour seul tort d'avoir trop défendu les intérêts des Italiens". Par conséquent, l'allié de Marine Le Pen au niveau européen exige "le retour aux urnes dès cet automne pour redonner la parole aux citoyens italiens". Selon Les Echos, son slogan pour la prochaine campagne électorale pourrait être : "nous ne nous ferons pas imposer les ministres par Bruxelles". Sachant que, selon des enquêtes d'opinion, "55% des Italiens estiment profondément négatives les ingérences, réelles ou supposées, de la part des partenaires européens et seulement 17% les jugent nécessaires" [Les Echos].

Luigi Di Maio, dirigeant du M5S, a également vivement réagi au rejet de Paolo Savona par Sergio Mattarella. M. Di Maio est allé jusqu'à demander la destitution du président, "invoquant l’article 90 de la Constitution italienne", qui traite les questions de "haute trahison" et d’"atteinte à la Constitution". Dans un message vidéo, posté sur sa page Facebook, le leader du parti antisystème a déclaré : "disons clairement qu’il est inutile d’aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font. Toujours les mêmes" [Le Monde].

Selon Les Echos, la crise politique va continuer de "nourrir les inquiétudes des partenaires européens et des marchés sur lesquels le spread (le différentiel des intérêts entre titres italiens et Bunds allemands) s'est déjà emballé", pour atteindre "son plus haut niveau depuis 2013 en dépassant la barre symbolique des 200 points".