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Italie : Giuseppe Conte, nouveau président du Conseil sans expérience

Revue de presse 24.05.2018

Mercredi 23 mai, le président de la République italienne Sergio Mattarella a accepté de nommer Giuseppe Conte à la tête du Conseil. Soutenu par les partis populistes M5S et la Ligue, majoritaires aux élections de mars, ce juriste sans expérience politique a désormais pour difficile tâche de former un gouvernement.

Giuseppe Conte

Le nouveau président du Conseil italien, Giuseppe Conte - Crédits : Presidenza della Repubblica

"L’invraisemblable est en train de se réaliser à Rome", juge le journal allemand Der Spiegel, cité par Courrier international. En effet, un gouvernement est "formé avec les populistes de droite de la Ligue et le non moins populiste Mouvement 5 étoiles, sous la direction d’un juriste sans expérience politique". Après des semaines de négociations et de rebondissements, Le Monde explique que "le président Sergio Mattarella a [finalement] convoqué le professeur Giuseppe Conte au palais du Quirinal, pour lui confier la charge de constituer le prochain gouvernement italien".

Le quotidien poursuit en décrivant la joie des vainqueurs des élections législatives de mars : Luigi Di Maio, le chef politique du M5S et Matteo Salvini, le chef de la Ligue. Luigi Di Maio "exultait dans une vidéo postée sur Facebook" en déclarant : "c’est un moment historique et nous devons en profiter, enfin un peu de justice pour notre pays". De son côté, Matteo Salvini "s’offrait un bain de foule aux abords du Parlement" et confiait son espoir "que personne ne mett[e] d’autres obstacles à la naissance du gouvernement que les Italiens attendent".

"Il faut être prudent, il va y avoir des tractations" sur la formation du futur gouvernement, tempère toutefois Hervé Rayner, professeur de sciences politiques à l'université de Lausanne. Le président Mattarella "a pris du temps pour convoquer [Giuseppe Conte] ce qui laisse quand même deviner ses résistances, ses hésitations et ses questions" [Le Figaro]. Selon RFI, "le président a des doutes sur l'autorité de M. Conte, un juriste (…) sans expérience politique, face aux poids-lourds de la Ligue et du M5S qui devraient devenir ses ministres".

Difficultés à venir

Pour Le Monde, "les marges de manœuvre de Giuseppe Conte semblent singulièrement faibles". D'une part "c’est un homme seul, sans véritables appuis politiques". D'autre part, "il sera avant tout chargé de mettre en œuvre le contrat négocié entre la Ligue et le M5S". Un contrat qui "contient de nombreuses incohérences et sur lequel il n’a pas eu d’influence décisive, même s’il a assuré au président Mattarella qu’il avait été associé à son élaboration". Selon Les Echos, le programme se résume au "souverainisme" et marque par son absence de "couvertures financières sérieuses" qui "inquiètent les marchés et les partenaires de l'Italie". C'est pourquoi le président de la République entend obtenir des "garanties sur la formation du gouvernement", notamment sur "les noms des futurs ministres des Affaires étrangères mais surtout de l'Economie" [Les Echos].

Face à la coalition en Italie, l'Union européenne s'inquiète

Or "les opérateurs et les responsables européens sont sur le qui-vive" sachant que "les opérateurs de marché font remonter les coûts d’emprunt de l’Italie", rapporte Franceinfo. Une évolution qui résonne comme "un signal envoyé par les marchés" : "attention, chers Italiens, ne faites pas n’importe quoi, sinon la zone euro risque de connaître une nouvelle crise sérieuse". La situation est préoccupante :  l'Italie "reste confrontée à des problèmes structurels très lourds" et "la dette publique atteint les 2300 milliards d’euros, soit plus de 130% du PIB" quand "le système bancaire italien est très fragile".

Profil d'un inconnu

Le Figaro tente de dresser un portrait de Giuseppe Conte, qui "reste un parfait inconnu pour l'immense majorité des Italiens". Ce professeur de droit privé à l'université de Florence, associé dans un cabinet d'avocats à Rome, "n'a jamais été élu et n'a même jamais eu la moindre fonction politique". Christophe Bouillaud, professeur à Sciences Po Grenoble, le juge pour le moment "sans épaisseur, un homme comme il en existe des milliers en Italie. Il n'a même pas été doyen". Alfio Mastropaolo, politologue de l'université de Turin, déplore qu'on ne connaisse "même pas ses opinions politiques aujourd'hui. Il est sans doute eurosceptique. Mais à quel point ?". A ce propos, M. Conte a tenté de rassurer les partenaires européens après l'annonce de sa nomination, affirmant vouloir "confirmer la place de l’Italie en Europe" et "dialoguer avec les institutions européennes" [Le Monde].

Enfin, "Giuseppe Conte a vu la presse décortiquer son curriculum vitae", relate Ouest France. Et celui-ci a été pris en "flagrant délit de mensonge par plusieurs journalistes qui ont mis en lumière les arrangements avec la vérité" [Le Monde]. Les universités de New York, Pittsburgh (Pennsylvanie) et Malte "ont nié avoir eu connaissance de son passage sur leurs campus" et l'université de la Sorbonne n'en retrouve également "aucune trace" [Ouest France]. Les Echos ajoutent que le "Social Justice Group", où M. Conte prétend avoir travaillé, "n'existe tout simplement pas". Cependant, "s’il n’a ni doctorat ni master, il a contribué à de nombreuses publications juridiques et est estimé par ses confrères en Italie" [Ouest France]. Le journal milanais Libero, repris par Courrier International, ironise en rappelant que même si M. Salvini et M. Di Maio "ne possèdent ni l’un ni l’autre de diplôme universitaire (…) un diplômé comme celui-ci, même l’Italie ne le mérite pas ” !