Derniers articles publiés

Italie : 177 migrants retenus à quai

Revue de presse 21.08.2018

Après les épopées tragiques de l’Aquarius et du Lifeline, une nouvelle histoire pourrait avoir un goût de déjà-vu en Méditerranée. Le Diciotti, navire des garde-côtes italiens, a accosté en Sicile lundi 20 août avec 190 migrants à son bord. Matteo Salvini, chef de l'extrême droite italienne et ministre de l'Intérieur, était opposé à cette arrivée et attend désormais le soutien des Européens. 

Le Diciotti en juillet 2014

Le Diciotti en juillet 2014 - Crédits : arpatoscana / Flickr

Confusion

Après l'Aquarius et le Lifeline, un autre navire transportant des migrants secourus en Méditerranée défraye la chronique : le Diciotti. Mais contrairement aux autres, celui-ci a été autorisé, lundi 20 août, à rejoindre un port italien. C’est contre l’avis du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini que le ministre italien des Transports Danilo Toninelli aurait accepté que le navire accoste. Traduit par L'Obs, celui-ci a déclaré sur Twitter : "le navire Diciotti accostera à Catane. Les valeureux hommes de la garde côtière ont fait leur devoir en sauvant des vies humaines à 17 milles de Lampedusa. Maintenant l'Europe doit faire sa part rapidement".

La situation semblait pourtant prendre la même direction que pour l’Aquarius de SOS Méditerranée, à la mi-juin dernier. Et selon L'Obs, des sources proches du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini assurent, maintenant que le navire est à quai en Sicile, "que le ministre ‘ne donnera aucune autorisation de débarquer’". Au cœur de l’imbroglio, le sort des migrants toujours à bord. Cité par Le Monde, l’agence de presse italienne ANSA précise que l’autorisation de débarquement ne serait pas possible pour le gouvernement "tant qu’il ne se sera pas assuré que les 177 migrants iront ailleurs". Challenges ajoute que seuls "treize d'entre eux, nécessitant un traitement médical d'urgence, ont été rapidement évacués vers l'Italie".

Au-delà de l’habituel chantage de la coalition entre extrême droite (La Ligue) et populistes (Mouvement 5 Étoiles) au pouvoir en Italie, Le Monde rapporte des conflits internes : "Matteo Salvini a un problème particulier avec le Diciotti". En effet, selon le quotidien, "le navire avait recueilli les migrants dans la nuit du 15 au 16 août entre les côtes maltaises et l’île de Lampedusa sans attendre l’autorisation de Rome, provoquant la colère du ministre". Et ce n’est visiblement pas le premier cas d’insubordination pour ce navire : "en juillet déjà les garde-côtes du même bateau avaient ignoré les consignes du gouvernement et avaient secouru 450 migrants entassés sur une barque de pêche".

Confrontation

À la base de la dispute, "Rome estimait que le bateau devait accoster à Malte, au motif que les migrants avaient traversé le secteur maritime sous la responsabilité maltaise". Loin de se démonter, "La Valette a répondu que les migrants avaient refusé l'assistance maltaise et souhaitaient gagner l'Italie" [L'Obs]. Plus troublant encore, le navire italien aurait, selon les autorités maltaises, "intercepté les migrants à l’intérieur de la SAR [zone de recherche et de secours] maltaise seulement pour les empêcher d’entrer dans les eaux italiennes" [Le Monde].

Matteo Salvini, qui n’a décidément pas peur de froisser ses homologues au sein de l’Union, a "de son côté menacé dimanche [19 août] de renvoyer les migrants vers la Libye si aucune solution européenne n'était trouvée", souligne L'Obs, au mépris de la Convention de Genève dont l’Italie est signataire.

Alors que le ministre de l’Intérieur préfère jouer la carte de la confrontation, "le ministre des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, un technocrate plus discret" comme le décrit Le Monde, "a ainsi écrit à Bruxelles pendant le week-end pour demander une répartition des sauvés du Diciotti". Prenant le problème à cœur depuis l’annonce, le 24 juillet dernier, de son plan sur les "centres contrôlés" et "dispositifs régionaux de débarquement", "la Commission européenne a annoncé qu'elle travaillait sur une solution similaire à celle trouvée la semaine dernière avec Malte pour les passagers de l'Aquarius" [Challenges]. "Des discussions sont en cours", confirme l’Elysée, où l’on affirme "ne pas avoir de raison de refuser à l’Italie ce qu’on fait pour d’autres en répartissant les migrants" [Le Monde].