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Immigration : un nouveau casse-tête pour les relations UE-Suisse

Revue de presse 10.02.2014

Hier, les Suisses ont voté "oui" à l'initiative populaire de l'Union démocratique du centre (UDC), qui vise à limiter l'immigration européenne en revenant à un système de quotas. Avec une forte participation, le résultat est toutefois "très serré" [Libération] puisque 50,3% des citoyens helvétiques se sont prononcés pour cette mesure portée par le parti de la droite populiste. La presse française revient sur ce vote et souligne les conséquences hasardeuses qu'une telle décision va avoir pour le pays. Véritable coup porté à la libre-circulation chère à l'Union européenne, la Suisse va devoir renégocier sa relation bilatérale.

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Les conséquences du référendum "contre l'immigration de masse", tant pour la Suisse que pour l'UE, sont significatives. C'est ce qu'a notamment indiqué Simonetta Sommaruga, ministre de la Justice suisse : "C'est un tournant, un changement de système, avec des conséquences considérables pour la Suisse" [Le Point]. En effet, le gouvernement a désormais trois ans pour édicter une nouvelle loi instaurant des quotas pour les travailleurs européens. Le Monde revient sur le pourquoi et le contenu du texte, ainsi que sur les forces en présence.

Alors que la moitié du pays n'était pas favorable à de telles mesures, les opposants au projet font part de leur inquiétude. Il s'agit notamment du gouvernement, le Parlement ayant rejeté l'initiative avant le résultat de dimanche. Pour Didier Burkhalter, président de la Confédération suisse, "cette initiative ne résout aucun problème. En revanche, elle en créé de nouveaux" [Le Monde]. Le patronat, surtout celui des industries de pointe, a également critiqué la décision, puisque les bons résultats économiques du pays sont en grande partie dus à l'immigration [Libération]. Un état de fait que l'eurodéputé socialiste Hannes Swoboda souligne également [Le Monde]. A ce propos, le chercheur Jean-Yves Camus, spécialiste des populismes, dénonce dans ce choix un "égoïsme économique" [Libération]. L'impact économique est toutefois difficile à envisager précisent Les Echos, même si le directeur de l'Observatoire universitaire de l'emploi Yves Flückiger affirme qu'il va forcément y avoir "un impact négatif sur le marché du travail en Suisse" [La Tribune de Genève].

C'est donc un véritable "replis sur Suisse", tel que titre Libération, même si l'extrême droite suisse assure, par le vice-président de l'UDC, Claude-Alain Voiblet, que "nous ne voulons pas fermer nos frontières, mais nous voulons les contrôler" [Le Monde]. La réaction de Bruxelles est unanime : le résultat "va à l'encontre du principe de libre-circulation des personnes entre l'UE et la Suisse" déplore la Commission européenne [Le Monde]. Le sujet sera discuté au sein de la Commission, puis du Conseil, indique Le Figaro. Outre l'accord sur la libre-circulation des personnes qui avait été conclu en 1999 entre l'UE et la Suisse, ce sont également d'autres accords qui vont devoir être révisés [Le Point], et ainsi la relation bilatérale dans son ensemble.

Le devenir des relations UE-Suisse, à réorganiser, semble donc incertain. C'est ce qu'indique Markus Spillmann, patron du Neue Zürcher Zeitung : "La Suisse autocentrée l’a emporté. Contre l’avis du gouvernement, de la plupart des partis, du patronat et des syndicats, le peuple a choisi de mettre fin à la libre circulation. C’est bien davantage qu’une gifle. L’avenir des relations avec l’Union européenne est désormais un point d’interrogation" [Libération]. Le président du Parti démocrate-chrétien suisse résume également la situation en déclarant que "la seule certitude c'est l'incertitude !" [20 Minutes].

Si la majorité perçoit ce tournant comme inquiétant, l'extrême droite européenne, elle, accueille la nouvelle avec enthousiasme [Libération]. En France par exemple, le Front national compte bien sur ce résultat pour étoffer son discours eurosceptique [L'Express].

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