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Hongrie : un référendum pour défier Bruxelles

Revue de presse 30.09.2016

"Voulez-vous que l'Union européenne ordonne une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie sans l'approbation du Parlement hongrois ?", telle est la question à laquelle les Hongrois sont appelés à répondre dans les urnes ce dimanche 2 octobre. Le référendum porte sur la proposition de la Commission européenne de plans de relocalisation obligatoire de migrants entre les différents Etats membres de l'Union européenne. Trois jours avant le vote, l'attention des observateurs européens se concentre sur ce pays d'Europe centrale qui désire faire entendre coûte que coûte ses arguments en matière de politique migratoire.

Affiches de la campagne pour le "non"

Une campagne pour le "non" basée sur la peur et déjà payante

"'Depuis le début de la vague migratoire, il y a eu en Europe plus de 300 morts dans des attaques terroristes', […] 'Les abus contre les femmes ont augmenté de manière exponentielle depuis le début de la vague migratoire en Europe' ou encore : 'Rien que de Libye, 1 million de réfugiés attendent de venir en Europe'", peut-on lire sur les affiches sponsorisées par le gouvernement de Viktor Orban [Euronews].

Une campagne qui semble avoir porté ses fruits : "D’après une enquête effectuée en juillet par le Pew Research Center, 76% des personnes interrogées pensent que les réfugiés accroissent la probabilité d’actes terroristes. De surcroît, 82% estiment qu’ils représentent une charge pour le pays en prenant les emplois et en bénéficiant des avantages sociaux", nous apprend Le Monde. Rien d'étonnant donc à ce que les sondages annoncent une large victoire du "non", avec des résultats allant de 70 à 85% [Les Echos].

Un dirigeant qui cherche à imposer sa vision de l'Europe

L'issue du référendum va bien au-delà de la question des migrants, pour The Economist. L'hebdomadaire économique britannique estime qu'à travers cette consultation populaire, Viktor Orban entend défendre la position des pays du groupe de Visegrad, souverainiste et désireuse de limiter l'Union européenne avant tout à son caractère économique : "[Celui-ci] veut que l'Union soit une entité commerciale composée de nations souveraines qui laissent de côté les questions de migration ou encore de droits de l'homme. Avec le soutien des gouvernements tchèque, slovaque et polonais, M. Orban pense que sa vision de l'avenir de l'Europe va prévaloir". En somme, "un référendum sur les réfugiés sert principalement à montrer à Bruxelles qui est le patron", résume le journal.

Une position décriée dans un éditorial de la RTBF, qui accuse le dirigeant hongrois de vouloir une Europe à la carte et de manquer cruellement de solidarité à l'égard de ses partenaires : "ceux qui trouvent compliqué d’accueillir chez eux quelques milliers de réfugiés ne comprennent pas du tout pourquoi ce serait compliqué pour la Grèce d’accueillir chez elle quelques dizaines de milliers de réfugiés. C’est sans doute ce que l’on appelle la solidarité flexible, c’est le nouveau concept à la mode dans l’Union européenne". L'article estime que si la "solidarité flexible" (un accueil uniquement volontaire, donc non obligatoire, des réfugiés) était mise en œuvre dans la politique migratoire européenne, la logique voudrait que cela s'applique à d'autres domaines. "On pourrait pourtant imaginer une solidarité flexible avec les Etats qui reçoivent des milliards d'euros pour rattraper leur retard de développement, c'est le cas de la Hongrie. Ou qu’un état décide de la solidarité budgétaire flexible, il pourrait alors envoyer un petit mot aux autres disant que cette année, il a autre chose à faire avec son argent mais que bien entendu ça n'entame pas sa solidarité européenne", conclut le média belge.

Une tentative de plébiscite du gouvernement

Manœuvre pour faire triompher sa vision sur le plan européen, ce référendum est aussi une manière pour Viktor Orban de légitimer son action en termes de politique intérieure. "Selon le politologue Richard Nagy Szentpéteri, les résultats de dimanche seront cruciaux pour Viktor Orban. Il cherche à se conforter politiquement, alors que des critiques sur sa politique économique et sociale se faisaient entendre avant le début de la crise des migrants", lit-on dans Le Monde.

Un défi qui ne pourra être relevé que si au moins 50% de la population participe au scrutin, condition de sa validité, ce qui est loin d'être assuré d'après les derniers sondages [Daily Mail].