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Grèce : un nouvel accord entre l'Eurogroupe et le FMI

Revue de presse 25.05.2016

C'est une nouvelle étape qui vient d'être franchie dans la mise en œuvre du programme d'aide à Athènes mis en place à l'été 2015. Réunis depuis hier après-midi à Bruxelles, les ministres des Finances de la zone euro ont examiné à la loupe les réformes votées par la Grèce ces dernières semaines. Après des pourparlers qui se sont achevés peu après deux heures du matin, les ministres ont donné leur aval au déblocage de 10,3 milliards d'euros de nouveaux fonds destinés à la Grèce.

 

"Nous sommes parvenus à une vraie avancée sur la Grèce, qui nous permet d'ouvrir un nouveau chapitre du programme d'assistance financière", s'est félicité le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem. La presse européenne tempère ce succès et explique que les mesures concrètes sur l'allègement de la dette grecque seront discutées en 2018, après les élections allemandes.

Eurogroupe 24/05/16

Un nouveau versement et un allègement de la dette...

"Les ministres des Finances ont renoué avec leur pratique du plus fort de la crise et des réunions marathon jusqu’au milieu de la nuit mais cet Eurogroupe prolongé a porté ses fruits", commente France info ce matin. "Nous avons fait un gros effort", a admis après la réunion fleuve le président de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem [La Stampa]. Même si la réunion fut "constructive mais difficile", "finalement, tous ont eu ce qu’ils voulaient", "le Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement Tsipras à Athènes et les Européens" [Le Monde].

Les ministres se sont engagés à "alléger à terme la dette grecque si certaines conditions sont réunies, ce qui a convaincu le Fonds monétaire international (FMI) de soutenir un nouveau plan de sauvetage en faveur d'Athènes" [La Tribune].

10,3 milliards d'euros de nouveaux fonds destinés à la Grèce ont été ainsi débloqués. Une mesure qui "récompense notamment les efforts budgétaires consentis par la coalition d'Alexis Tsipras" [Mediapart]. Car comme promis l'été dernier, la Grèce a appliqué une série de réformes depuis plusieurs mois. Après avoir adopté début mai la réforme des retraites, le Parlement grec a voté un projet de loi prévoyant un mécanisme de correction automatique en cas de dérapage budgétaire et des mesures supplémentaires pour accélérer les privatisations et augmenter les taxes indirectes. "Les autorités grecques ont fait preuve de responsabilité", a loué le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici [Le Temps].

L'Express explique que "cet argent frais permettra à l'Etat grec de rembourser les factures impayées accumulées et faire face à une échéance de remboursement de quelque 2,2 milliards à la Banque centrale européenne (BCE) le 20 juillet".

Même "s'il est illisible pour les non-initiés", Le Monde salue ce compromis qui va "permettre au troisième plan d’aide au pays, lancé en août 2015, de reprendre son cours (...). Il était à l’arrêt après un premier versement de plus de 20 milliards d’euros à l’automne 2015".

Précisément, le Frankfurter Allgemeine Zeitung note que "le chef du Mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling, a annoncé que 7,5 milliards d'euros pourraient circuler dès la seconde moitié de Juin. Le reste (…) doit être ensuite transféré plus tard, après la pause estivale. Ainsi, la menace d'un défaut souverain sera évitée cet été". Il s'agit du troisième programme d'aide à la Grèce depuis 2010.

... conditionnés au calendrier électoral allemand

Toute la presse européenne tempère néanmoins le succès de cet accord, fruit d'un compromis entre le FMI et l'Allemagne. "Les négociations avec la Grèce, depuis des lustres, suivent une routine épuisante et usante", commente El Mundo. "Au final, le FMI a un peu cédé et a accepté que la remise de dette n'intervienne pas immédiatement, comme il l'a toujours souhaité, mais en 2018. Quand doit normalement se terminer le troisième programme d'aide et quand les élections dans les grands pays de la zone euro seront passées", explique le journal espagnol.

"Le FMI voulait une remise de dette immédiate", rappelle The Guardian. La veille de la réunion, l'institution basée à Washington avait ainsi déclaré que "la Grèce n'[avait] aucune chance de respecter les termes de l'actuel plan d'assistance sans remise de dette". Si désormais le consensus sur l'insoutenabilité de la dette grecque semble acquis, le FMI a néanmoins dû faire des "concessions", comme son directeur pour l'Europe, Poul Thomsen, l'a lui-même reconnu [FAZ].

En effet, "le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, [a] averti avant le début de l'Eurogroupe qu'il ne pourrait prendre une décision qui s'imposerait au futur gouvernement allemand, après les élections de 2017" [Cincodias]. 2018 n'est pas une "date anodine", renchérit le journal italien Il Sole 24 Ore.

Outre-Rhin, les médias allemands commentent largement ce compromis. Pour Handelsblatt, "Schäuble et Dijsselbloem ont maintenant la paix : la Grèce obtient 10,3 milliards d'euros versés en plusieurs tranches - et est donc entièrement financée, en principe, pendant un an". Un compromis qui permet à la zone euro d'être "libérée de la Grèce", mais, avertit le journal, "à un moment donné l'année prochaine, le sujet grec reviendra à nouveau sur la table - les problèmes du pays sont donc loin d'être résolus".

Dans ce contexte, La Repubblica se veut tout de même optimiste : "il est vrai que le danger de Grexit est aujourd'hui un peu plus loin et que le gouvernement Syriza, après un an et demi difficile, est de retour au Parthénon avec un réel espoir d'avoir presque fermé six noires années d'austérité et de crise".