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Grèce : le FMI divisé à propos de l'allègement de la dette

Revue de presse 08.02.2017

Encore un dossier explosif pour l'Union européenne. Mardi 7 février, le Fonds monétaire international (FMI) a révélé dans un communiqué les profondes divergences entre ses membres quant à un allègement de la dette grecque. L'Allemagne, qui n'est pas explicitement nommée, serait le pays le plus réticent à cette perspective. 25 ans après la signature du traité de Maastricht, certains évoquent même de nouveau la perspective d'une sortie de la Grèce de la zone euro.

Christine Lagarde

Absence de consensus au FMI

"Insoutenable", tel est le diagnostic du FMI à propos de la dette grecque. Une position qui n'est pas partagée par l'ensemble de ses Etats membres, révèle un communiqué de l'institution. "Si 'la plupart' des 24 directeurs qui siègent au Conseil d'administration - et représentent les 189 pays membres du Fonds - ont approuvé le diagnostic du FMI d'une dette 'insoutenable' qui nécessite un allègement rapide, 'quelques-uns', dont la nationalité n'est pas précisée dans le communiqué, ont exprimé une position différente", s'opposant à un effacement significatif des créances de la Grèce, rapportent Les Echos.

Un exercice de transparence "inhabituel", souligne Le Monde, qui "traduit le caractère ultrasensible du soutien à la Grèce au sein du FMI". Ces divergences permettent d'expliquer que le Fonds n'ait toujours pas pris de décision à propos de sa participation au plan d'aide à la Grèce, le troisième, de 86 milliards d'euros, adopté par les Européens en 2015, analysent Les Echos. "Le Fonds ne peut théoriquement participer au financement d'un programme d'aide que si la dette de ce pays est viable", précise le quotidien, ce qui n'est pas le cas de la Grèce pour le FMI.

L'Allemagne, source des divisions au sein du FMI ?

Derrière ces divergences ? L'Allemagne, estiment plusieurs médias. "Entre les lignes, on peut y voir la position allemande qui ne veut pas entendre parler de rééchelonnement de la dette avant 2018, le temps que le gouvernement Tsipras remplisse les engagements pris en 2015 dans le cadre du plan de sauvetage", commente ainsi L'Opinion. Même son de cloche à La Tribune (avec l'AFP), qui considère que les réticences à l'égard d'un allègement de la dette grecque sont probablement "en premier lieu celles de l'Allemagne".

De son côté, l'UE persiste malgré la position défendue par le FMI. "Nous continuons à penser que les engagements pris pour le programme (d'aide à la Grèce conclu à l'été 2015) sont crédibles et ambitieux", a déclaré Annika Breidhardt, une porte-parole de Commission européenne, pendant un point presse de l'institution mardi [Le Parisien avec l'AFP].

Le retour de la perspective d'un "Grexit"

En attendant que les créanciers de la Grèce s'entendent sur le traitement à accorder au pays, "l’heure tourne dangereusement pour la Grèce qui va avoir besoin d’un nouveau prêt dès le printemps pour ne pas sombrer dans une nouvelle crise financière", explique Le Monde. La réunion de l'Eurogroupe prévue le 20 février "promet d'être tendue", selon L'Opinion, qui rapporte en outre que les spéculations sur une sortie de la Grèce de la zone euro ont réapparu sur les marchés financiers, les inquiétudes de ces derniers étant ravivées.

Dans un article d'opinion paru dans Le Figaro, l'essayiste Coralie Delaume, auteure de La Fin de l'Union européenne (2016), estime même qu'après "la toute première sortie de l'Union (celle de la Grande-Bretagne), la toute première sortie de l'euro pourrait elle aussi se produire très bientôt".

Pour Zsolt Darvas, économiste au sein du laboratoire d'idées Bruegel à Bruxelles, interrogé par La Croix, la Grèce peut sortir de la crise sans restructuration massive de sa dette. "Comment ? En laissant du temps au pays pour l’aider à se redresser", explique-t-il, les créanciers devant notamment "se montrer coopératifs à l’égard de la Grèce en reportant une partie de l’ajustement budgétaire". Pour l'économiste, "tout est une question de volonté politique". "Ce qu’a connu la Grèce est trop grave, trop dramatique, pour ne pas y prêter attention. Je ne pense pas que les électeurs européens, même en Allemagne, s’opposeraient à un minimum d’indulgence à son égard", conclut-il.