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Grèce-Eurogroupe : la bataille de deux entêtés

Revue de presse 13.05.2015

Toujours pas d’accord entre l’Eurogroupe et la Grèce pour l’octroi d’une aide financière. La presse française estime que les annonces positives lancées par l’UE ne sont que de la poudre aux yeux pour rassurer les marchés financiers. Alors que l’entêtement des créanciers de la Grèce marque pour certains une volonté de saper la politique du gouvernement Syriza.

Yanis Varoufakis et Jeroen Dijsselbloem

La réunion de l’Eurogroupe qui s’est tenue lundi dernier à Bruxelles n’a pas débouché sur un accord entre la Grèce et les autres pays membres de la zone euro.

Le Monde rapporte que cette concertation n’a "accouché que d’une déclaration très diplomatique des 19 ministres des Finances de la zone euro, qui se sont ‘félicités’ des ‘progrès réalisés’ dans la négociation mais ont constaté que ‘davantage de temps et d’efforts sont nécessaires’ pour s’entendre".
Cela signifie donc que la tranche d’aides financières de 7,5 milliards d’euros promise à la Grèce, qui a urgemment besoin de liquidités, ne sera toujours pas débloquée.

L’Humanité précise qu’après de nombreux compromis de la part du gouvernement grec concernant la réforme de la TVA et la création d’une agence indépendante de collecte de l’impôt, celui-ci se déclare "prudemment optimiste quant à la possibilité de parvenir à un accord", même s’il refuse catégoriquement de s’attaquer aux retraites et au marché du travail.

Sur ce sujet, Le Monde est d’accord : "cet Eurogroupe a eu le mérite de montrer qu’un accord entre Athènes et ses créanciers internationaux (UE, BCE, FMI) était désormais envisageable" puisque "les discussions avancent plutôt bien".

Le quotidien estime pour sa part que cela est dû au remaniement de l’équipe de négociation grecque à Bruxelles, à la suite duquel le flamboyant et critiqué ministre des Finances Yanis Varoufakis a été écarté.

Mais les divergences persistent entre les deux parties et une source européenne du Monde a déclaré que "Tsipras n’aura pas d’accord s’il ne transige pas" sur la question des retraites.

Ainsi, la satisfaction affichée lundi par l’Eurogroupe était surtout une volonté de rassurer les marchés pour éviter le danger toujours très présent d’un "Grexit", c’est-à-dire une sortie de la Grèce de l’Union européenne.

Dans cette optique de rassurer le monde de la finance, la Grèce est parvenue à rembourser 750 millions d’euros dus au Fonds monétaire international (FMI) en puisant dans un fonds d’urgence de la Banque de Grèce [Le Point].

L’étau se resserre, le temps presse pour la Grèce, et Le Point s’alarme : "chaque jour qui passe rapproche un peu plus Athènes du défaut de paiement".

M. Varoufakis a en effet admis que la Grèce risquait d’être à court de liquidités d’ici deux semaines et le plan d’aide européen destiné à la Grèce expire le 30 juin.

Dans ce "bras de fer" où personne ne semble "prêt à céder", surgit la possibilité de tenir un référendum en Grèce sur les exigences européennes de réforme. L’idée fait son chemin autant du côté grec que du côté européen. Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a même déclaré : "Si la Grèce estime devoir faire un référendum, qu'elle le fasse ! Ce serait peut-être une bonne chose de laisser décider le peuple grec sur ce qu'il est prêt à accepter parmi les mesures nécessaires ou ce qu'il voudrait changer".

Pour L’Humanité, le constat est sans appel : "la BCE et les créanciers veulent faire échouer l’expérience Syriza". Le but serait de ralentir l’obtention d’un accord pour mieux diviser le parti au pouvoir en Grèce et le diviser de ses partenaires de coalition. Fragilisé, Syriza serait alors contraint de se rapprocher des libéraux pour conserver une majorité au Parlement.

Romaric Godin de La Tribune partage cet avis. Il considère en effet que Yanis Varoufakis est victime d’une campagne de discrédit dans les médias en raison de son style déplaisant pour mieux masquer ce que les dirigeants européens reprochent réellement au gouvernement du Premier ministre Alexis Tsipras : son idéologie d’extrême-gauche ainsi que sa critique de la politique économique de l’UE.

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