Derniers articles publiés

Glyphosate : une controverse européenne

Revue de presse 05.10.2017

Mercredi 4 octobre, contrairement à ce qui était initialement prévu, les Etats européens ne se sont pas prononcés sur le prolongement de la licence du glyphosate. Alors que les controverses se multiplient sur les pratiques de l'entreprise Monsanto, qui utilise la substance dans la production de son herbicide le Roundup, une décision doit être prise avant le 29 décembre.

monsanto papers glyphosate roundup parlement européen

Bidons de Roundup, herbicide commercialisé par Monsanto, contenant la molécule glyphosate.

Les Etats restent flous

Hier, mercredi 4 octobre, les Etats membres de l'UE ne se sont pas prononcés au sujet du renouvellement de la licence du glyphosate, "l'un des herbicides les plus utilisés dans le monde" [Europe 1]. Celle-ci arrive à échéance fin décembre et la Commission propose une reconduction de l'autorisation pour 10 ans.

RFI ajoute qu'"un comité d'experts chargé du dossier, où siègent des représentants des Etats membres, se réunit le 5 et 6 octobre à Bruxelles". Mais les opinions divergent en Europe sur le sujet. En effet, la radio explique que "les positions des Etats membres restent très floues". Seules la France, l'Autriche et l'Italie ont affiché une position claire contre la proposition de renouvellement. Avant la date d'expiration de la licence le 29 décembre, qui verrait l'interdiction automatique de l'herbicide, une nouvelle réunion est prévue le 23 octobre au cours de laquelle un vote pourrait avoir lieu [FranceInfo].

Europe 1 rappelle qu'"au printemps 2016, pour […] éviter un vide juridique, la Commission [européenne] avait temporairement prolongé de 18 mois la licence du glyphosate qui arrivait à expiration". En effet, deux études publiées en 2015, conduites par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) d'un côté et l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de l'autre, donnaient des résultats contradictoires. La dernière citée estimant que le glyphosate ne présente pas de risque pour la santé.

Mobilisée à son tour en 2016 pour trancher le litige, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) écarte "le risque cancérogène du glyphosate" [Sciences et Avenir]. La Commission propose alors un renouvellement de la licence pour 10 ans. Pour Bruxelles, il s'agissait de mettre "un terme à la controverse scientifique", explique Europe 1. Mais les révélations se sont multipliées ces derniers mois au sujet de la nocivité de l'herbicide ainsi que sur les pratiques de l'entreprise Monsanto qui le commercialise. L'étude de l'ECHA n'a donc pas éteint la polémique.  

"Ghostwriting"

Dans un dossier spécial, Le Monde révèle ainsi les pratiques de l'entreprise américaine pour faire maintenir l'autorisation du glyphosate. On apprend que "les agences [européennes] se sont largement fondées sur des données confidentielles fournies par… Monsanto", pour considérer le glyphosate comme non-cancérogène. Et dans un autre article du Monde, il est expliqué que la firme de St Louis utilise la technique du "ghostwriting". Ainsi, "alors que ses propres employés rédigent textes et études, ce sont des scientifiques sans lien de subordination avec elle qui les endossent en les signant, apportant ainsi le prestige de leur réputation à la publication". C'est pour cela qu'"en quatre décennies, la version officielle n’a jamais changé : le glyphosate n’est pas cancérogène", analyse le quotidien.

Or, Le Monde souligne qu'en "mars 2015 […] le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) des Nations unies (ONU), parvien[t] à la conclusion inverse". Pour dénoncer les résultats erronés des agences européennes Christopher Portier, un toxicologue de renom, va obtenir grâce à "des eurodéputés écologistes et une ONG" les données sur lesquelles se sont basées les agences. Il conclut que "celles-ci manquaient de fiabilité" et que "l’expertise des agences européennes, menée essentiellement sur la base des éléments transmis par Monsanto, est 'scientifiquement erronée'"[Le Monde].

Une question qui mobilise la société civile

Monsanto a en outre développé au fil des ans un réseau conséquent de lobbying à Bruxelles. L'Obs explique qu'auprès des institutions européennes on retrouve "associations, cabinets de consultants, d'avocats …". L'hebdomadaire rapporte même que "des députés et fonctionnaires européens dénoncent des pressions, voire des menaces".

Alors que le Parlement européen voulait entendre l'entreprise le 11 octobre au sujet des révélations faites sur ses pratiques, celle-ci "a opposé un refus catégorique" de comparaitre [RFI]. Face à cela les "les chefs des groupes politiques du Parlement européen ont demandé d'interdire l'accès de l'institution aux cadres et lobbyistes" de Monsanto.

Quant à la question du vote pour le renouvellement, le commissaire européen à la Santé Vytenis Andriukaitis estime que les Etats "cherchent à amener la Commission à prendre une décision à leur place" [Europe 1]. M. Andriukaitis fait également valoir que même en cas de renouvellement, les pays membres de l'UE garderaient "la possibilité d'interdire les produits contenant du glyphosate".

Naturellement, le sujet mobilise aussi la société civile. La directrice de l'ONG Foodwatch Karine Jacquemard, citée par Franceinfo, déplore que l'UE "ne résiste pas suffisamment aux lobbies". Pour elle, le principe de précaution devrait primer, ainsi "la décision ne peut pas être retardée davantage". Au contraire la Copa-Cogeca, principal syndicat agricole en Europe, se prononce en faveur du renouvellement de la licence du glyphosate, estimant "qu'il n'existe aucune alternative 'viable' […] si l'agriculture européenne veut maintenir ses rendements" [Europe 1].