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Glyphosate : l'UE ne trouve pas d'accord sur le renouvellement du désherbant le plus vendu au monde

Revue de presse 20.05.2016

C'est une nouvelle impasse dans l'affaire du "Roundup", nom commercial utilisé par Monsanto pour l'herbicide le plus vendu au monde. Composé principalement de la molécule de glyphosate, le produit divise les Etats membre de l'UE depuis plusieurs mois alors qu'ils doivent se prononcer sur le renouvellement de son homologation. En cause, des études scientifiques contradictoires sur son potentiel risque cancérigène. Les acteurs n'ont toutefois que jusqu'au 30 juin pour se prononcer, avant que le produit ne soit potentiellement interdit à la vente dans l'Union.

pesticides

Deuxième échec des négociations

"Bis repetita", annonce Libération en tête d'article. Le comité technique chargé de se prononcer sur l'homologation du glyphosate a dû ajourner son vote, "car aucune majorité qualifiée ne s'est dégagée parmi les Etats membres", a annoncé la Commission européenne. C'est le même scénario qui s'était produit en mars dernier, quand celle-ci s'est vue contrainte de retirer sa proposition de remise sur le marché pour une période de quinze ans. Abaisser cette durée à neuf ans pour ce second vote n'aura donc rien changé.

"Du coup, la Commission européenne va prendre le temps de la réflexion pour analyser les discussions qui se sont tenues ces deux derniers jours" [Le Figaro]. Il n'y a donc pas plus de précision quant à la date d'une nouvelle réunion, remarque RFI. "Il y a pourtant urgence à trancher", rappellent Les Echos. L'autorisation actuelle s'achève fin juin, et "si rien n'est fait, [le glyphosate] ne pourra plus se retrouver dans les exploitations agricoles après cette date".

La France est en première ligne dans le camp du "non" au glyphosate. "Dès l’annonce du nouveau report du vote, la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, s’en est félicitée dans un tweet" a expliqué Libération. "Très bonne nouvelle. L'autorisation du glyphosate bloquée. De plus en plus de pays ont suivi la France et ont refusé de voter l'autorisation", a annoncé la ministre.

Les pays membres sont en effet divisés sur la question du pesticide. "Dix-neuf Etats ont suivi l’avis de la principale organisation agricole européenne et sont favorables à prolonger l’autorisation. Les indécis – le Luxembourg et la Suède – avaient indiqué qu’ils s’abstiendraient" [Le Temps].

"La Grande-Bretagne est en revanche parfaitement claire sur sa volonté de prolonger le feu vert du glyphosate", indique Le Figaro. En revanche, l'Allemagne ne se prononcera pas, son gouvernement de coalition étant lui-même partagé.

Dans l'hémicycle, les eurodéputés opposés à un renouvellement se félicitent. "C'est le signe que certains pays, et pas des moindres, relaient au plus haut niveau de décision les préoccupations exprimées par les citoyens et les députés européens vis à vis du glyphosate, une substance hautement toxique que l'on retrouve dans l'air, l'eau et le corps humain", a commenté l'eurodéputée belge Frédérique Ries (ADLE). "Beaucoup de gouvernements commencent à hésiter et n'osent plus se prononcer avec autant de franchise en faveur du glyphosate de Monsanto" estime pour sa part Marc Tarabella (S&D) [RTBF].

Le glyphosate, un cancérogène probable ?

Les raisons de ces divisions sont relativement complexes. La décision initiale de l'UE devait intervenir en mars dernier. Le renouvellement du pesticide était alors considéré comme acquis : l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait en effet émis un avis favorable, considérant qu'il était "improbable" que le glyphosate soit cancérogène pour l'homme [Le Figaro].

Problème, les études sur lesquelles l'EFSA s'est basée ont été fortement critiquées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des ONG comme Greepeace et Avaaz sont aussi montées au créneau pour rappeler qu'un rapport du CIRC et de l'OMS datant de mars 2015 qualifiait le glyphosate de "cancérogène probable pour l'homme et pour l'animal".

S'en sont suivies des plaintes d'ONG et des objections de la part de plusieurs groupes parlementaires de gauche au Parlement européen qui ont forcé la Commission –favorable au renouvellement- de reporter le vote aux 18 et 19 mai.

Entre temps, l'OMS a "retourné sa veste", explique Le Figaro. Une nouvelle étude publiée cette semaine par l'organisation, en coopération avec l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime cette fois-ci qu'il est "peu probable que le glyphosate provoque un risque cancérogène chez les humains qui y seraient exposés par l'alimentation". L'OMS s'est défendue de tout changement de position, expliquant que cette seconde publication portait cette fois-ci sur les risques liés à une ingestion limitée de glyphosate.

Les industriels du secteur, réunis dans le groupe de travail européen sur le glyphosate (GTF), se sont évidemment montrés "déçus" de l'ajournement du vote, rapporte Libération. "La situation est discriminatoire, disproportionnée et totalement injustifiée" a déclaré Richard Garnett, président du GTF. Il s'agit pour lui d'un risque de "désavantage compétitif" pour l'agriculture européenne.

Car c'est aussi un problème économique. En 40 ans, l'utilisation du glyphosate a été multipliée par 260, et se trouve désormais dans le domaine public après avoir été l'exclusivité du groupe Monsanto. Il représente 25% du marché des herbicides, généralement utilisé sur les exploitations de céréales, de colza et de maïs. "En Allemagne, le glyphosate est employé sur presque la moitié de la superficie totale cultivée" [Le Figaro].

Dès lors, Les Echos expliquent que plusieurs options sont envisagées. La Commission peut décider de relancer la procédure devant ce qu'on appelle un "comité d'appel" : dans ce cadre, si la situation de blocage devait persister, l'exécutif européen serait alors en droit de décider seul, sans vote des Etats. "Cela paraît peu probable, la Commission n'a pas envie d'endosser seule la responsabilité", estime un diplomate européen. Peut aussi être décidée une prolongation temporaire de courte durée de l'autorisation, le temps que l'Agence européenne sur les produits chimiques (ECHA) produise les résultats de sa propre étude à la fin de l'année. Le dossier n'est donc pas près d'être bouclé.

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