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Gestion des migrations : les propositions radicales de l'Autriche ne font pas consensus

Revue de presse 13.07.2018

Jeudi 12 juillet se tenait à Innsbruck, en Autriche, une réunion informelle des ministres de l'Intérieur de l'UE. Son objectif : trouver un moyen pour réduire l'arrivée de migrants irréguliers. Mais les méthodes radicales prônées par l'Autriche ne font pas l'unanimité.

Herbert Kickl, ministre de l'Intérieur autrichien et Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien.

Herbert Kickl, ministre de l'Intérieur autrichien et Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien. Photo : profil Facebook officiel.

"Nous voulons que l'Europe protège les frontières extérieures"

Jeudi 12 juillet, "les ministres de l'Intérieur des 28 pays de l'Union européenne se sont entendus sur le fait de réduire encore les arrivées de migrants irréguliers" [France 24]. Le ministre autrichien, Herbert Kickl, s'est félicité qu'un "consensus très large pour mettre l'accent sur la protection des frontières extérieures" ait été trouvé.

Mais Le Monde s'interroge : "qu’espère la présidence autrichienne de l’Union, alors que, comme l’a souligné le ministre français Gérard Collomb, 'jamais l’UE n’avait connu aussi peu de flux migratoires'" ? En effet, La Libre (Belgique) rappelle que "les arrivées sur les côtes européennes ont massivement chuté par rapport au pic enregistré à l'automne 2015". Même si "la question migratoire continue de créer des tensions dans et entre les Etats membres de l'UE". En effet

Le Point relate que Matteo Salvini, ministre italien de l'Intérieur et chef de file de la Ligue, a "demandé à ses partenaires de ne pas diriger vers des ports italiens des navires actuellement en mission internationale", sachant qu'il a interdit il y a un mois "l'accès aux ports italiens aux ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée". D'après La Libre, il a déclaré à ce propos : "avant d'accepter en Italie un seul migrant, nous voulons que l'Europe protège les frontières extérieures. Quand ce sera réalité, nous discuterons de tout le reste".

Faux pas

A Innsbruck, le consensus n'était toutefois pas de mise le 12 juillet. Comme le relate Le Monde, Herbert Kickl, "considéré comme le cerveau du FPÖ", le parti d'extrême-droite autrichien, "multiplie les faux pas, semblant subir l’agenda médiatique". M. Kickl avait déjà évoqué la possibilité de regrouper les demandeurs d’asile de "manière concentrée". "Cette expression plus que malheureuse, rappelant les camps de concentration nazis, lui avait valu un rappel à l’ordre du président de la République, Alexander Van der Bellen". Même les conservateurs du Parti populaire d’Autriche (ÖVP) "ont trouvé insupportable qu’il sorte de sa réserve et ose s’immiscer dans une enquête pour défendre publiquement l’un de ses protégés (…) qui appartenait à une corporation estudiantine dont des livrets de chants nazis ont été retrouvés".

Et c'est ce même Herbert Kickl qui insiste aujourd'hui pour mettre en place des "plateformes de débarquement hors de l'UE pour les migrants secourus dans les eaux internationales" [La Libre]. Le Monde explique que le ministre autrichien a insisté "pour que le droit d’asile soit totalement sous-traité hors de l’UE : plus aucun migrant ne devrait pouvoir demander l’asile sur le sol européen". A cet égard, M. Kickl a déclaré dans le quotidien autrichien Tiroler Tageszeitung que "la seule solidarité qui vaille désormais entre Européens concerne la gestion des frontières extérieures de l’Union".

Le Monde explique que "si l’idée de ces plates-formes exclusivement consacrées aux retours a pour l’instant été repoussée, c’est surtout parce qu’aucun pays tiers ne s’est manifesté pour héberger ces prisons à ciel ouvert".

Fermes oppositions dans l'UE

"Jamais la France n’acceptera les solutions de facilité qui consisteraient à organiser des déportations à travers l’Europe pour aller mettre dans je ne sais quel camp à ses frontières ou ailleurs les étrangers non admis en France", a prévenu lundi 9 juillet le président français Emmanuel Macron [Sud-Ouest]. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn s'est également emporté : "l'idée de ces centres hors d'Europe ne devrait pas être discutée entre des Européens civilisés" [France 24].

Le Monde relaie pour sa part le rappel à l'ordre du commissaire européen aux Affaires intérieures, le Grec Dimitris Avramopoulos : "une de nos priorités est de sauver des vies et de traiter les gens dans la dignité". Les politiques de l'UE sont "basées sur des valeurs et des principes, nous sommes tous liés par la convention de Genève", a-t-il également fait valoir [Le Point].

Médecins sans frontières et SOS Méditerranée dénoncent la détermination "à empêcher les personnes d'atteindre l'Europe (…) tout en connaissant les abus dont elles sont victimes en Libye", rapporte France 24. Les ONG critiquent notamment "les blocages de navires de secours d'ONG alors que plus de 600 migrants, dont des bébés, se sont noyés ces quatre dernières semaines en Méditerranée", selon leurs chiffres.

Pour France 24, la réunion d'Innsbruck "n'est que le début de la réflexion, l'idée est d'avoir des propositions plus concrètes pour le sommet informel du 20 septembre à Salzbourg".