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France-Allemagne : du "french-bashing" vers le "german-bashing" ?

Revue de presse 15.10.2014

La France présente aujourd'hui son projet de budget devant la Commission et "Berlin pose ses conditions à Paris contre son soutien". Trop dépensière, elle est accusée de n'en faire qu'à sa tête et de ne pas respecter les règles européennes. L'Allemagne est en première ligne dans ce procès intenté à la France. La tendance est pourtant en train de s'inverser. Le modèle allemand n'est plus aussi solide qu'avant et des critiques s'élèvent même à l'intérieur du pays [Le Figaro].

Angela Merkel

La France est sévèrement critiquée sur sa gestion de la crise. Elle ne réformerait pas assez et son économie en pâtirait. Pourtant, si l'on compare les variations de PIB depuis le début de la crise en 2007, la France s'en sort plutôt bien selon Challenges. Le journal précise que "si on compare la France et l'Allemagne depuis 15 ans, comme l'a fait Xerfi en mars dernier, l'Hexagone devance son principal partenaire commercial sur ce critère (…) les critiques paraissent exagérées, en particulier celles en provenance d'outre-Manche". La Tribune titre même "les économistes français superstars mondiales", faisant référence à Thomas Piketty, peu de temps après la récompense du prix Nobel d'économie au Français Jean Tirole.

Autre critique régulière à l'encontre de la France : son coût du travail, bien trop élevé comparé à celui de son voisin outre-Rhin. Le pays ne ferait pas assez d'efforts pour se réformer et redresser son économie. C'est chose faite avec le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi. Grâce à cette mesure, le coût du travail en France (36,8€ par heure) serait moins élevé qu'en Allemagne (38,5€)  [La Tribune].

Paris n'est pas la seule à se défendre et à pointer les défauts de l'Allemagne. Les critiques viennent de l'intérieur même du pays. Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères allemand, affirme que son pays "sape la solidarité européenne", et ajoute que les critiques allemandes sur Pierre Moscovici montre "l'expression d'un certain dédain : 'nous sommes forts, ils sont faibles en ce moment. Nous pouvons nous le permettre'. Je trouve cela très dangereux", rapportent Les Échos. Le quotidien ajoute que l'ex-vice chancelier de Gerhard Schröder "défend d'ailleurs la décision de son ancien gouvernement d'avoir rompu les règles du Pacte de stabilité et de croissance, en 2003".

Sigmar Gabriel, ministre allemand de l'Économie, reconnaît que "l'économie allemande navigue dans des eaux difficiles" et affirme que l'Allemagne doit investir plus. Le Monde souligne cette opposition avec son "collègue aux finances, le conservateur Wolfang Schäuble, [qui] ne veut pas entendre parler de plus d'investissements publics, pour ne pas mettre en péril l'équilibre du budget fédéral que Berlin vise pour 2015". Pour Les Échos, "l'équilibre budgétaire divise la grande coalition" en Allemagne.

Dans une interview publiée par Euronews, l'économiste Daniel Gros explique qu'"en Allemagne, l’Etat ne veut plus dépenser. Or les consommateurs non plus ne dépensent plus et les entreprises n’investissent plus, ce qui évidemment paralyse l‘économie allemande“. Euronews précise que "le moral des investisseurs allemands est tombé en territoire négatif". La task force franco-allemande pour relancer l'investissement permettra peut-être d'y remédier et de mettre fin à ces échanges accusatoires entre les deux partenaires.

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