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Formation du gouvernement italien : une succession de coups de théâtre

Revue de presse 16.05.2018

La crise politique en Italie n'en finit pas de s'enliser. Après avoir annoncé leur accord pour former un gouvernement de coalition, la Ligue et le Mouvement 5 étoiles se sont vu contraints de demander un délai supplémentaire pour conclure les négociations. La publication, mardi 15 mai, d'un projet de contrat de coalition par le Huffington Post italien suscite également de nouvelles questions.

Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 étoiles.

Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 étoiles - Photo : Twitter - Luigi Di Maio

Bluff

Le week-end dernier, les leaders du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue ont annoncé leur accord afin de former un gouvernement de coalition. Or pour le quotidien Les Echos, "ils bluffaient". Lundi 14 mai, les deux partis ont en effet demandé au président italien un délai supplémentaire pour conclure les négociations. Ils peinent depuis à s'accorder sur les points sensibles comme l'immigration et surtout sur le nom du futur chef du gouvernement. Le chef du M5S, Luigi Di Maio, s'est justifié : "nous sommes en train d’écrire ce qui sera le programme du gouvernement pour les cinq prochaines années, il est important pour nous de l’achever au mieux" [Euractiv].

Après les élections législatives du 4 mars, aucune majorité claire n'avait émergé. Le M5S, parti antisystème, était "devenu le premier parti d'Italie avec 32% des voix". Face à lui, la coalition formée par la Ligue de Matteo Salvini (extrême-droite, 17% des voix), le parti Forza Italia de Silvio Berlusconi et Frères d'Italie était "arrivée en tête avec 37%", rappelle France 24. Depuis, le président de la République, Sergio Mattarella, joue le rôle de médiateur entre les différentes formations politiques afin que celles-ci s'accordent sur la création d'un gouvernement.

La Ligue et le M5S sont déjà parvenus à s'accorder sur une partie du contrat de coalition : les ministères de l'Economie, de l'Intérieur, du Développement économique auraient été répartis et une révision de la réforme des retraites serait prévue. La Ligue aurait "renoncé à l'introduction d'une flat tax (impôt à taux unique) à 15%", tandis que "le revenu de citoyenneté de 780 euros" défendu par le M5S ferait, lui, "partie du programme commun", d'après Libération. "Selon la presse italienne, le coût total de ces mesures devrait s’élever au moins à 70 milliards d’euros", précise le quotidien. Un montant qui devrait être financé par "une amnistie fiscale partielle et par davantage de déficit budgétaire, en dépit des recommandations de l’Union européenne".

Divergences

Mais "l'accord est difficile à trouver sur des clauses importantes telles que l'immigration, dossier sur lequel la Ligue 'exige d'avoir les mains libres'", expliquent Les Echos. L'allié du Front national au niveau européen "souhaite notamment ouvrir des centres de détention permanents dans chaque région du pays". Or il n'en est pas question pour le M5S, "dont une partie de l’électorat provient de la gauche", note Libération.

Autre point de discorde : la relation avec l'Union européenne. Toujours d'après Libération, la Ligue pencherait "pour une position beaucoup plus ferme vis-à-vis de Bruxelles, tandis que les négociateurs [du M5S] s’emploieraient à modérer les termes de la discussion avec les institutions communautaires". Concernant le développement des infrastructures défendu par la Ligue, "le M5S rechigne [également] à donner son soutien pour le lancement de grands travaux", rapportent Les Echos.

Enfin, selon Le Figaro, "le principal désaccord porte (...) sur le choix du personnage appelé à conduire le futur gouvernement". "Le fait qu'aucun nom n'ait été communiqué lundi au président Mattarella a beaucoup surpris", note le quotidien. Le chef de la Ligue, Matteo Salvini, s'est déjà opposé à ce que Luigi Di Maio occupe ce poste. Ainsi, "les deux hommes se seraient (…) résolus à chercher une tierce personne qui puisse garantir les intérêts des uns et des autres et qui reprenne à son compte le programme gouvernemental" [Libération].

Pour Cécile Kyenge, ancienne ministre de l'Intégration en Italie interrogée par TV5 Monde, "ces deux formations dites anti-système ont du mal à former un gouvernement car elles découvrent une nouvelle culture de gouvernement, faite de compromis". Alors que les deux partis n'ont connu que l'opposition, ils doivent maintenant "affronter des réalités budgétaires, économiques et politiques aux antipodes de ce qu'[ils] avaient annoncé", a-t-elle ajouté.

Un projet de contrat de coalition dévoilé par la presse italienne

Mardi 15 mai, un nouveau rebondissement dans le feuilleton politique italien est venu du  Huffington Post italien, qui a publié une version d'un contrat de coalition, datée du 14 mai à 9h30. Si les deux formations ont reconnu son authenticité, ils assurent qu'il s'agit "d'une vieille version", rapporte Le Monde. Luigi Di Maio a déclaré par la suite : "le texte évolue si vite que [j'ai] renoncé à suivre les changements". Une déclaration qui "semble témoigner de la désinvolture et de l’impréparation des deux grands vainqueurs des élections du 4 mars" [Le Monde].

Dans cette version du texte, figurait une sortie de l'euro, mesure à laquelle les deux partis auraient renoncé depuis. Y sont inscrits également "l’abandon des sanctions contre la Russie (…), la demande d’une 'renégociation des traités européens'", ainsi que l'idée de demander "au président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, l’annulation pure et simple de 250 milliards d’euros de dette italienne détenue par l’institution". D'après La Tribune, un porte-parole de la Ligue a finalement "démenti la présence d'une telle demande dans le projet d'accord de coalition, expliquant que les deux partis souhaitent [en fait] que la dette rachetée par la BCE ne figure pas dans les calculs pour le respect du Pacte de stabilité par les pays de la zone euro". Le texte a été jugé "inquiétant" par le secrétaire par intérim du Parti démocrate, Maurizio Martina, qui "accus[e] la Ligue et le M5S de 'jouer avec la crédibilité du pays'". Pour M. Martina, "l’Italie ne mérite pas ça" [Le Monde].