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Fin des quotas laitiers : la fin du modèle agricole français ?

Revue de presse 31.03.2015

Mesure phare du marché agricole européen, les quotas laitiers vont définitivement être supprimés demain, le 1er avril. Les éleveurs européens pourront désormais produire autant de lait qu’ils veulent sans aucun risque de sanction. Une ouverture du marché du lait à la concurrence qui, si elle fait le bonheur de certains Etats membres, suscite les inquiétudes des autres, comme la France.

Fin des quotas laitiers

Le Monde revient sur la mise en place de ces quotas laitiers en 1984. Ils avaient pour objectif  d’empêcher la surproduction induite par la Politique agricole commune (PAC) car "le système d’aides s’était avéré pervers" : les subventions allouées en fonction du niveau de production étaient versées sans prendre en compte le marché et c’est l’Union européenne qui rachetait les excédents de production de lait et de beurre. Alors que l’UE devait faire ses premières économies budgétaires, il fallait réduire la production de lait. Les quotas laitiers avaient donc permis de rééquilibrer cette production.

Les Echos rappellent que cette mesure n’avait pas ravi tout le monde dans l’UE : "les pays du Nord qui souhaitaient produire davantage étaient mécontents de ce frein à la production, tandis que d'autres, comme la France, y voyaient un outil pour maintenir l'élevage laitier sur l'ensemble du territoire et préserver la richesse de ses productions".

Le but de la suppression des quotas laitiers est donc pour des pays comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne de "produire de façon intensive du lait standard à échelle industrielle, avec un seul objectif : des coûts le plus bas possible pour des fromages industriels […] peu chers, [qui] ne se heurtent à aucune barrière sanitaire et sont suffisamment  ‘neutres’ sur le plan gustatif pour convenir aux palais du monde entier".

Le journal y voit "une nouvelle étape [franchie] dans la libéralisation agricole" et explique qu’"à l'exception du sucre, encore soumis à des quotas jusqu'en 2017, l'agriculture européenne affrontera désormais la concurrence mondiale, sans plus aucune limite de production".

En effet, la Commission européenne estime aujourd’hui que le secteur laitier est prêt à faire face à la compétition mondiale ; elle ne craint en aucun cas un effondrement des prix. C’est surtout, comme le rapporte Europe 1, l’occasion pour l’UE de "donner un coup de fouet à ses exportations" et gagner des parts de marché en Afrique et en Asie, notamment en Chine.

Le Monde précise que cet événement n’arrive pas par surprise : "cette échéance, connue de longue date, a permis à chacun de se préparer".

Pourtant, cela n’empêche pas de susciter certaines inquiétudes.

Tout d’abord, comme le pointe Libération, les quotas laitiers assuraient une certaine stabilité des prix. Cela ne sera plus le cas: les prix seront dès à présent plus vulnérables aux différentes crises (hausse de la production, baisse de la consommation, alerte sanitaire, événement climatique etc.)

Les agriculteurs français déplorent "la fin d’un outil efficace de gestion du marché" puisque selon eux, "personne ne peut croire à une autorégulation vertueuse de la part des producteurs. Seuls les pouvoirs publics pouvaient assumer ce rôle".

Europe 1 s’interroge sur les gagnants et les perdants de ce retrait des quotas laitiers. L’article annonce "la fin du modèle familial" en France avec des élevages peu nombreux, et les petits éleveurs risquent d’en pâtir.

À l’inverse, les fermes industrielles (comme par exemple la ferme des 1 000 vaches en Picardie) vont être fortement favorisées, alors même qu’elles sont très critiquées.

Europe 1 conclut sur l’expérience de la fin des quotas laitiers menée en Suisse et dont le bilan est décevant : "si la production de lait a augmenté, cela a surtout bénéficié aux grandes exploitations situées en plaine. Celles, plus modestes et situées en montagne, ont plutôt eu tendance à faire faillite devant une grande pression exercée sur les prix". En outre, les consommateurs ont vu la qualité des produits baisser.

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